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    apic/Jean Paul II reçoit le corps diplomatique/Bilan de 1994

    Rome: Jean-Paul II reçoit le corps diplomatique (090195)

    "La paix est aussi contagieuse que la guerre"

    Rome, 9janvier(APIC) Recevant lundi les 156 ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège pour les traditionnels voeux de la nouvelle année, le

    pape Jean-Paul II a qualifié la guerre en ex-Yougoslavie de "naufrage de

    l’Europe toute entière", tout en appelant la communauté internationale à ne

    pas récompenser l’agresseur en consacrant par le droit ce qu’il a obtenu

    par la force.

    Evoquant la guerre dans le Caucase, en particulier en Tchétchénie, JeanPaul II a estimé que "la négociation est l’unique voie possible", car la

    paix est "aussi contagieuse" que la guerre et la violence. A la veille du

    50e anniversaire de la fondation de l’ONU, il a aussi souhaité que l’organisation "se dote d’instruments sans cesse plus adaptés et efficaces, capables de soutenir ses ambitions".

    Le corps diplomatique accrédité au Vatican est reçu chaque début janvier

    par le pape pour un échange de voeux. Pour le Saint-Siège, c’est l’un des

    grands rendez-vous de l’année. La cérémonie donne toujours lieu à un discours attendu du pape, qui se livre, en français, la langue de la diplomatie vaticane, à un tour du monde géopolitique, où alternent points chauds

    et lieux d’espérance.

    Europe: risque de naufrage et de déroute de la civilisation

    C’est justement avec l’ex-Yougoslavie que Jean-Paul II a commencé son

    tour d’horizon, en parlant de la guerre "sans pitié" en Bosnie-Herzégovine,

    un drame qualifié de "naufrage de l’Europe toute entière". Le pape a espéré

    que la récente trêve, encore fragile puisse conduire à la reprise de négociations sérieuses.

    Pour Jean-Paul II, personne ne peut rester "indifférent ou neutre", car

    "il y a des agresseurs et il y a des victimes". Il a par conséquent réclamé

    de la part de la communauté internationale "une réaction ferme et concertée", en évitant absolument que "le droit n’en vienne à sanctionner des résultats obtenus par seule force". "Ce serait là, a-t-il ajouté, la déroute

    de la civilisation et un exemple fatal pour d’autres régions du monde".

    Solidarité avec l’Afrique

    La région du monde qui, cette année, a concentré toute l’attention du

    pape est l’Afrique. Demandant pour l’Afrique un "sursaut de solidarité internationale", il a relevé que l’on peut pas laisser aller à la dérive un

    grand continent comme l’Afrique.

    Jean-Paul II a alors évoqué "les brasiers mal éteints" au Liberia, en

    Somalie, dans le Sud-Soudan, en Angola - "où la violence et le dénuement

    tuent encore", au Rwanda, au Burundi voisin, "qui pourrait lui aussi sombrer dans l’aventure absurde d’un autre conflit ethnique". Pour le Zaïre,

    le pape a observé que "la recomposition démocratique espérée" n’est pas encore au rendez-vous. Quant à l’Algérie, il a constaté les "ravages" qu’une

    "force brute" accomplit et qui "n’épargne même pas la petite communauté

    catholique".

    Comment traiter le problème africain ? Le pape a dessiné à l’intention

    des diplomates trois axes d’action: "faire entendre raison à ceux qui s’affrontent"; faire cesser "l’ignoble commerce des armes"; "venir en aide aux

    peuples vivant en dessous du seuil de pauvreté". Le pape s’est inquiété de

    ce que l’aide internationale en faveur de ce continent se soit "considérablement amenuisée" cette année, en rappelant qu’"on a relevé que sur les

    quarante pays les plus pauvres du monde, trente sont africains..."

    La question sociale en Amérique latine

    A un autre continent, l’Amérique latine, le pape assigne deux objectifs.

    Le premier concerne "la démocratie", qui a accompli de "réels progrès" mais

    qui manque encore à ses yeux à deux peuples, "le peuple haïtien et le peuple cubain". Le second touche la question sociale: "de vastes réformes sociales s’imposent encore pour éradiquer ces vrais cancers que sont la misère et l’injustice". Ces plaies sociales sont la cause du "commerce de la

    drogue ou de la criminalité", que le pape juge "aussi subversifs que la

    guérilla d’hier".

    Asie: plaidoyer pour la liberté religieuse en Chine et au Vietnam

    Tournant son regard vers l’Asie et le Pacifique, qu’il s’apprête à visiter, le pape voit comme une bonne chose le développement du potentiel humain et économique de ces pays. Mais il prévient: "pour être facteur de

    paix, la coopération qui se dessine surtout sur le plan économique, devra

    se traduire également en une solidarité qui tienne compte de l’immense diversité des pays, de leurs langues, de leurs ethnies, de leurs cultures et

    de leurs religions".

    Pour l’Asie, le pape a dit fixer toute son attention sur le Sri Lanka et

    sur le Timor oriental, où sévissent "d’épouvantables déchirements". Au sujet de la Chine et du Vietnam, il a constaté un accroissement économique et

    social, mais il attend des "conditions satisfaisantes" pour que "les fils

    de l’Eglise catholique" puissent "pratiquer pleinement leur foi".

    Embargo contre les Etats: à manier avec prudence!

    Ce tour d’horizon géopolitique effectué, le pape a voulu s’arrêter cette

    année sur la notion "d’embargo", "bien définie par le droit", mais qui "est

    un instrument à manier avec grand discernement et doit être soumis à des

    critères juridiques et éthiques stricts". Si l’embargo est un moyen de

    pression, il est aussi, pour Jean-Paul II, "un acte de force" qui inflige

    "de grandes privations aux populations des pays", comme le montrent "quelques faits d’actualité" (que le pape n’a pas précisés).

    Jean-Paul II a par conséquent demandé aux diplomates une plus grande vigilance afin de prévoir de façon "impérative" les "conséquences humanitaires des sanctions" et de mesurer leur "juste proportion" avec "le mal auquel on veut précisément porter remède".

    Les vertus du dialogue

    Jean-Paul II a en profité pour rappeler la grande règle de la diplomatie

    vaticane, toujours répétée lors des conflits: la négociation. "On n’écrit

    pas la paix avec des lettres de sang mais avec l’intelligence et le coeur",

    a-t-il rappelé. Ce qui pourrait paraître à certains comme une "utopie" ne

    l’est pas pour lui qui avance des exemples où "la communauté internationale

    a su se montrer clairvoyante et efficace".

    Au Proche-Orient tout d’abord: "La preuve est faite que, lorsque l’on se

    parle, le cours de l’histoire peut changer". Le pape reconnaît que tous les

    problèmes ne sont pas encore réglés là-bas, en particulier pour le peuple

    palestinien et pour le Liban, mais il pense qu’"il n’y a pas là de fatalité". Il a cité aussi le cas de l’Afrique du Sud, "ce grand pays (qui) a su

    relever avec maturité le défi des élections multiraciales" et qui "donne

    l’exemple à bien d’autres nations d’Afrique". Le cas aussi de l’Irlande du

    Nord, où il encourage les parties concernées à "se consacrer sincèrement à

    la recherche d’une solution politique qui ne peut reposer que sur le pardon

    et le respect mutuel".

    ONU: de nouvelles ambitions

    Et comme la "négociation" est souvent de la responsabilité de l’ONU, qui

    fête cette année le 50e anniversaire de sa fondation - le pape doit s’y

    rendre en novembre pour cette occasion -, Jean Paul II a souhaité "qu’elle

    devienne toujours davantage l’instrument privilégié de la promotion et de

    la sauvegarde de la paix".

    Jean-Paul II a alors établi une sorte de bilan de l’ONU, rappelant

    qu’elle a multiplié les opérations de maintien de la paix, de même que les

    interventions destinées à faciliter la transition démocratique dans les

    Etats qui renonçaient aux régimes du parti unique. Elle a créé des tribunaux pour juger les responsables présumés de crimes de guerre". Ce bilan

    "significatif" incite à souhaiter que l’organisation se dote d’instruments

    sans cesse plus adaptés et efficaces, capables de soutenir ses ambitions".

    Défendre l’homme

    C’est dans le but de défendre l’homme, soutient encore Jean Paul II en

    conclusion, que le Saint-Siège est intervenu à la Conférence du Caire sur

    la population et le développement (septembre 1994), en vue d’éviter que

    "soit imposée à l’humanité entière une vision des choses et un style de vie

    propres à une minorité". Ce faisant, a-t-il indiqué, "le Saint-Siège considère qu’il a défendu l’homme". Sa présence au sein de la communauté internationale n’a pas d’autres raisons que d’"être la voix qu’attend la conscience humaine, sans minimiser pour cela l’apport d’autres traditions religieuses". Finalement, pour Jean Paul II, ce qui est en jeu, c’est la dimension transcendante de l’homme: "elle ne saurait être soumise aux caprices

    des hommes, ou à des idéologies". (apic/cip/jmg/be)

    Encadré

    156 pays représentés auprès du Saint-Siège à Rome

    En plus des 156 pays actuellement représentés, le Saint-siège entretient

    des relations particulières avec trois entités, la Fédération de Russie,

    avec "une mission à caractère spécial", un "Centre d’information des Nations-Unies près le Saint-Siège" et un "bureau de l’OLP près le Saint-Siège". L’année 1994 a été marquée par l’établissement de relations diplomatiques avec dix nouveaux pays dont Israël, la Jordanie, l’Afrique du Sud, le

    Cambodge, et l’ex-République yougoslave de Macédoine. (apic/cip/jmg/be)

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