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    apic/Italie/ Ali Agça

    Italie: Quinze ans après son attentat contre le pape, (111096)

    Ali Agça fournit encore une nouvelle version. Crédible?

    Rome, 11octobre (APIC) Ali Agça, l’auteur de l’attentat du 10 mai 1981

    contre Jean-Paul II, qui ne cesse de demander une grâce présidentielle pour

    ne plus purger sa peine de prison à vie en Italie, revient pour la ènième

    fois sur sa version des faits dans une interview publiée le 9 octobre à

    Milan par le "Corriere della Sera".

    Cette fois, Ali Agça rejette complètement la "piste bulgare", qu’il affirme être une "invention des services secrets italiens", une "machination". Celle-ci aurait commencé "quelques semaines après l’attentat" raconte-t-il. "Deux chefs des services secrets vinrent me trouver en prison. Ils

    me dirent: si tu acceptes notre plan, tu seras libre dans moins de deux

    ans. C’était une bonne offre et je ne me suis pas méfié."

    Après l’attentat, selon la version actuelle de l’agresseur, le plan aurait consisté à dénoncer aux enquêteurs "la piste bulgare et les services

    secrets du bloc soviétique". Or, Ali Agça affirme aujourd’hui n’avoir "jamais rencontré le Bulgare Antonov" : "Toutes les informations me venaient

    par d’autres personnes".

    "Antonov ? Connais pas!"

    Antonov était alors le chef du bureau romain de la Balkan Air et, selon

    la première version d’Ali Agça, c’est dans l’appartement romain d’Antonov,

    rue Nomentana, qu’aurait été montée la préparation immédiate de l’attentat

    de la place Saint Pierre.

    Aujourd’hui, Ali Agça corrige: "D’autres personnages intervenaient en

    coulisses. Je n’étais que la dernière roue du char. Je n’ai aucun remords

    d’avoir impliqué les services secrets bulgares, et il faut bien admettre

    que les agents de Sofia ont, au minimum, une responsabilité morale dans

    l’attentat contre le pape."

    Ali Agça confie encore au quotidien milanais: "En 79, le pape est venu

    en Turquie et tous les journalistes ont écrit j’étais un représentant des

    Loups Gris, que j’avais voulu tuer le pape car je le considérais comme un

    fauteur de guerre, un symbole du capitalisme sauvage et d’autres stupidités. Puis il y eut l’assassinat à Istanbul du journaliste Abdi Ipekci. La

    police m’a immédiatement accusé. Or, ce n’est pas moi qui ai tiré même si,

    honnêtement, j’avais recueilli les informations sur les alliées et venues

    d’Ipekci. J’ai dû chercher refuge en Bulgarie.

    "Je suis resté deux mois à Sofia. Les services secrets me tenaient à

    l’oeil. Ils savaient que j’étais recherché, que j’avais déclaré vouloir tuer le Pape, mais ils ne m’ont pas arrêté. Ils ont même laissé mes amis me

    procurer un faux passeport. Ils savaient bien ce que j’avais l’intention de

    faire. Or, au lieu de m’arrêter, ils m’ont facilité la tâche, parce qu’à

    l’époque, ils espéraient que j’éliminerais vraiment le pape polonais."

    "J’ai agi seul". Avec d’autres...

    C’est alors qu’un projet mûrit dans la tête d’Ali Agça qui, selon sa

    dernière version, se serait lancé seul dans l’entreprise : "J’avais 20 ans

    et je me considérais un raté. Je voyais le pape comme un homme au centre de

    monde et moi j’étais recherché, désespéré, sans famille, sans rien. Je pensais qu’en tirant sur cet homme, moi aussi, l’être le plus misérable, je

    faire parler de moi à la face du monde. Un geste de revanche.". Mais Ali

    Agça était-il vraiment seul? Aurait-il pu aisément passer la frontière avec

    une arme? Sur ce point, il admet désormais la participation d’un complice,

    Omer Bagci, de nationalité turque et travaillant en Suisse.

    "Pauvre Bagci! Il n’y est pour rien!" se désole donc Ali Agça. "Sa seule

    erreur est d’avoir été trop bon pour moi. Je lui ai fait parvenir en Suisse

    un paquet: il y avait un revolver à l’intérieur mais il ne le savait pas.

    Je lui ai simplement demandé de m’apporter ce paquet à Milan, ce qu’il a

    fait.

    On connaît la suite. Aujourd’hui, Ali Agça se repent et demande sa libération: "J’ai dit au pape que je me repentais sincèrement. J’ai déjà payé

    un prix terrible: onze ans passés dans l’isolement. Je n’ai pas de rancune.

    Il est juste que je paie. Mais me garder enfermé dans une cellule ne sert à

    personne. Des mafieux qui ont commis des dizaines de crimes retrouvent la

    liberté. Moi j’ai toujours rejeté la folie terroriste et ça n’a pas de sens

    de s’acharner sur moi par esprit de vengeance. J’ai demandé la grâce au

    président italien Scalfaro, qui est très religieux. Mais j’attends que le

    Vatican fasse un geste pour signifier qu’il n’y est pas opposé."

    Le juge: "pas convaincu"

    Le juge Antonio Marini, qui fut chargé de l’enquête, n’est pas convaincu

    pas la nouvelle version d’Ali Agça. Il réagit dans le "Corriere della Sera"

    du 10 octobre: "Ali Agça ment et on peut le comprendre. Il n’a pas d’autre

    but que de sortir de prison. Il a d’abord pensé qu’il pourrait se servir

    des lois sur les repentis, mais ça n’a pas marché, parce qu’il s’est contredit en révélant des demi-vérités. Il espère aujourd’hui une grâce présidentielle et pense qu’elle sera plus facile à obtenir en faisant croire

    qu’il a agi seul."

    Certes, "la clarté n’a pas encore été faite sur tous les aspects du dossier et bien des points demeurent obscurs", reconnaît le magistrat italien.

    Mais, ajoute-t-il, il y a un fait sur lequel le doute "n’est pas permis":

    "L’attentat contre le pape est le résultat d’un complot international. Nous

    en avons les preuves. Rien à voir avec un acte isolé."

    Le juge n’avance pas le détail des preuves, mais observe: "Les indices

    très clairs de protection dont a pu jouir Ali Agça sont trop long à énumérer. Il est resté deux mois à Sofia sans être inquiété. Il était en contact

    avec les services secrets. Il avait un faux passeport et recevait de l’argent. Puis il a révélé que les Bulgares lui avaient promis de le faire fuir

    d’Italie par camion de transport international. Nous savons qu’une heure

    après l’attentat, un camion de ce genre a quitté l’ambassade de Bulgarie à

    Rome pour se rendre à Sofia. Aucun camion semblable n’était parti de là depuis des mois." (apic/imed/cip/mp)

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