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    apic/interview/ T. Mazowiecki

    APIC - Interview

    Ex-Yougoslavie:Les Croates ont aussi leur part de responsabilité(210995)

    estime l’ancien premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki

    Elections présidentielles en Pologne:craintes pour la démocratie

    Graz, 21septembre(APIC) Même si l’on ne peut parler de guerre de religion

    dans les Balkans, les Eglises ont elles aussi été contaminées par le nationalisme; elles portent une part de responsabilité dans le drame qui déchire

    l’ex-Yougoslavie, a déclaré dans une interview à l’agence APIC l’ancien

    premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki.

    Dénonçant avec vigueur les atrocités commises par les Serbes, Mazowiecki

    n’épargne pas non plus la Croatie, qu’il accuse de discriminer sa minorité

    serbe. Ancien dissident catholique, celui qui fut en 1989 le premier chef

    de gouvernement non communiste en Europe de l’Est, commente également les

    prochaines élections présidentielles en Pologne, et le danger de blocage

    que représenterait le retour au pouvoir de l’ancienne "nomenklatura".

    Les Eglises contaminées par le nationalisme

    L’ex-chargé de mission de l’ONU pour les droits de l’homme en ex-Yougoslavie durant trois ans - qui a démissionné avec fracas après la prise par

    les Serbes de Srebrenica et Zepa, deux enclaves pourtant déclarées "zones

    de sécurité" de l’ONU - a rappelé que dans cette région du monde les religions et les Eglises ont contribué à la haine réciproque, en particulier là

    où elles sont majoritaires.

    Les chefs serbes ont réussi à convaincre leurs coreligionnaires en Bosnie et ailleurs que leur Eglise - l’Eglise serbe orthodoxe - et leur nation

    étaient devenues les cibles d’une "conspiration anti-serbe" au nom du catholicisme occidental et de l’islam. "Cette idée est encore très répandue,

    et l’Eglise serbe orthodoxe ne fait pas beaucoup d’effort pour la combattre".

    L’Eglise catholique, considérée comme leur Eglise nationale par la grande majorité des Croates, n’échappe pas à ce reproche. D’après son expérience sur le terrain, les Eglises ont été souvent manipulées dans un but nationaliste. S’il loue en général la position de l’évêque Franjo Komarica à

    Banja Luka (Bosnie sous contrôle serbe) et celle du cardinal Franjo Kuharic, à Zagreb, il critique certains membres du clergé croate, surtout en

    Herzégovine, "qui ne sont pas restés insensibles aux influences nationalistes". Il considère que les prêtres catholiques se sont souvent davantage

    focalisés sur le mal qui a été fait aux Croates catholiques que sur l’attitude criticable qu’ils ont eux-mêmes adoptée dans le conflit croato-bosniaque.

    APIC:Aujourd’hui, après trois ans de "guerre victorieuse", les Serbes sont

    sur la défensive et la Krajina a été "libérée", pour utiliser la terminologie officielle croate. A Knin, on avait une proportion de Serbes de plus de

    88% installés sur ces terres depuis des siècles; ils formaient également

    une confortable majorité dans le district de Glina...

    T.Mazowiecki:On ne peut nier la tragédie humaine des réfugiés serbes de

    la Krajina. Parmi les causes de leur départ, il y a en premier lieu la propagande serbe. Mais l’on doit aussi voir les fautes commises par la Croatie

    elle-même envers sa minorité serbe, parce que les Serbes en Croatie ne sont

    pas tout à fait traités comme les autres citoyens croates. On peut parler

    d’une certaine discrimination: il y a deux catégories de citoyens.

    Mais d’après le Plan Vance et les instances internationales, les autorités serbes "de facto" de la Krajina auraient dû permettre le retour des réfugiés croates dans la région qu’ils contrôlaient à l’intérieur des frontières de la République de Croatie. Les autorités de Knin n’ont rien fait

    dans ce sens et elles portent une grande responsabilité dans ce qui est

    ensuite arrivé.

    APIC:Vous dénoncez le nationalisme des Eglises dans les Balkans... mais

    l’Eglise catholique en Pologne n’est-elle pas également tentée par la politique? Les évêques polonais ont récemment émis une déclaration incitant à

    ne pas voter pour les anciens membres du parti communiste.

    T.Mazowiecki:Cela n’a rien à voir avec le nationalisme. Il s’agit d’éviter le retour à la situation d’avant 1989. Pour moi, c’est un danger pour

    la démocratie, spécialement au niveau local, en province: les anciennes

    "élites" risquent de conforter leur pouvoir dans les villages. Certes, les

    anciens communistes ont changé, mais pas beaucoup. Il y a le risque qu’ils

    freinent le développement du pays, même s’il n’y a aucun danger de retour à

    une dictature.

    Si l’ex-communiste Aleksander Kwasniewski, candidat aux présidentielles

    de novembre, arrive premier dans les sondages, c’est dû certainement à un

    déficit de la culture politique du peuple polonais. C’est aussi une réaction aux décisions douloureuses que j’ai dû prendre comme premier ministre.

    Ces décisions - combat contre l’inflation, privatisations - étaient nécessaires, mais leur prix est lourd. Dans le système antérieur, tout développement était bloqué, mais il y avait un certain niveau de sécurité sociale

    qui a disparu. Les correctifs sociaux sont nécessaires, mais la priorité

    est le développement économique pour tous.

    APIC:Comment peut-on expliquer que les "post-communistes" aient encore

    tant de poids dans la réalité polonaise, une société qui a pourtant donné

    naissance au syndicat "Solidarnosc" et où l’Eglise catholique joue un rôle

    prépondérant?

    T.Mazowiecki:Pour y répondre, il serait nécessaire d’écrire un livre. Je

    pense que c’est le prix du changement. C’est un problème pour l’Eglise catholique, car sous le régime communiste, elle était dans une situation où

    "l’ennemi" était clairement désigné. Aujourd’hui, dans cette société en

    transition, l’"ennemi" a disparu; elle a donc du mal à se situer. (apic/be)

    Propos recueillis par Jacques Berset lors du Congrès de l’Union catholique

    internationale de la presse (UCIP), qui s’est tenu du 13 au 17 septembre à

    Graz, en Autriche.

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