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    apic/Interview Mgr Puljic/Sarajevo

    APIC - Interview

    L’archevêque de Sarajevo, Mgr Puljic, ne croit plus à l’action de l’ONU

    L’organisation a perdu de sa crédibilité... (230595)

    Propos recueillis par Jean-Claude Noyé, correspondant de l’APIC à Paris

    Paris, 23mai(APIC) L’ONU a perdu de sa crédibilité. Qu’a-t-elle fait pour

    que Sarajevo ne soit pas une prison? s’interroge le cardinal Vinko Puljic,

    archevêque de Sarajevo. Reçu dimanche à Paris par le cardinal Jean-Marie

    Lustiger, archevêque de Paris, il a constaté lors d’un entretien accordé à

    l’APIC qu’en Bosnie, "nous envions les animaux domestiques d’Occident parce

    qu’ils ont plus de droits que nous"... Survol d’une situation déplorable.

    APIC: Quelle est la situation des catholiques aujourd’hui en Bosnie-Herzégovine?

    Mgr Puljic: Dans le diocèse de Sarajevo, deux tiers des 830’000 catholiques

    ont fui depuis le début de la guerre. Celui de Banja Luka ne compte plus

    maintenant que 14’000 fidèles, 55’000 en ont été chassés, une cinquantaine

    d’églises ont été détruites. Son évêque, privé de liberté de mouvement, a

    entamé un jeûne strict car la situation est dramatique: les gens sont

    menacés chez eux et dorment dans les forêts. Le nord de la Bosnie subit un

    nettoyage ethnique très dur. Dans le diocèse de Mostar, entre 22 et 25’000

    catholiques ont été expulsés et de nombreuses paroisses détruites. Quant à

    Sarajevo, c’est depuis 3 ans un immense camp de concentration dont il est

    difficile de s’échapper. Moi-même, pour aller à aéroport, j’ai été

    accompagné par la FORPRONU, puis j’ai dû me rendre à pied sur le mont

    Igman, où on est exposé aux tirs, avant de rejoindre mon avion.

    APIC: Où les catholiques sont-ils réfugiés?

    Mgr Puljic: Une partie dans les territoires libres de Bosnie, d’autres en

    Croatie, en Europe et en Amérique. La plupart veulent revenir, mais à condition que le droit à la vie, à l’identité, au foyer leur soit reconnu. Les

    catholiques représentent la population la plus ancienne de Bosnie.

    APIC: Comment expliquez-vous le conflit entre croates et musulmans?

    Mgr Puljic: Les grands responsables sont les serbes, qui occupent maintenant 70% de la Bosnie et ont chassé les non-serbes. Quant à la politique

    internationale, elle a été inerte. Les musulmans de Bosnie orientale sont

    venus se réfugier chez les Croates et ça a donné lieu à ce conflit. Le peuple a pour sa part compris de longue date que notre intérêt est de vivre

    ensemble. Les politiques tardent à le comprendre à leur tour. Il faut absolument aller vers un Etat où les trois peuples seront égaux en droit, car

    ni l’un ni l’autre n’a choisi d’y vivre. L’Eglise catholique bosniaque est

    restée fidèle à son engagement spirituel et moral. Nous avons condamné toutes les injustices, à la différence des autres communautés spirituelles. Le

    problème de la quête de l’identité ethnique s’est posé à elles alors que

    leur identité religieuse était déjà établie. Les religieux musulmans, par

    exemple, sont très actifs, y compris dans l’armée bosniaque, essentiellement musulmane. Et l’Eglise orthodoxe a hélas une position nationaliste car

    c’est une Eglise nationale.

    APIC: Quels contacts avez-vous avec ces communautés?

    Mgr Puljic: A Sarajevo nous avons maintenu des contacts réguliers avec les

    musulmans comme avec les juifs et les orthodoxes, notamment au cours de

    plusieurs rencontres intercommunautaires. En Croatie et en Suisse le dialogue entre Croates et orthodoxes s’est fait par le biais de rencontres entre

    des dignitaires. A fin mai 1994, nous avons rencontré plusieurs patriarches

    à l’aéroport de Sarajevo. La communauté spirituelle musulmane a déclaré

    qu’elle ne voulait pas rencontrer les Serbes tant qu’ils n’auraient pas reconnu leurs crimes. Les catholiques, eux, ne posent pas de conditions préalables. Nous avons envoyé plusieurs lettres au patriarche Pavle lui demandant des rencontres entre les chefs spirituels de l’ex-Yougoslavie. Mais

    ils n’en veulent pas car ce serait reconnaître de fait ces Etats. Les orthodoxes ont dit non parce qu’ils nient l’existence de la Bosnie-Herzégovine alors que nous la reconnaissons.

    APIC: L’ONU est-elle ou non utile à la paix? Est-elle encore seulement crédible?

    Mgr Puljic: Sans elle cette tragédie aurait été pire encore. Mais la présence aujourd’hui des forces de l’ONU ne donne plus de résultats car elle a

    été beaucoup humiliée par les Serbes et a perdu de sa crédibilité. Aucun

    accord diplomatique de fait n’a abouti. Là où la FORPRONU s’installe, elle

    gèle le statu-quo. Qu’a-t-elle fait pour que Sarajevo ne soit pas une prison? La politique internationale représente des intérêts peu soucieux de la

    personne humaine. En Bosnie nous envions les animaux domestiques d’Occident

    parce qu’ils ont plus de droits que nous. Notre plus grande souffrance est

    d’être oubliés, négligés. Je suis pour ma part convaincu que le monde aurait pu arrêter cette guerre.

    APIC: Avez-vous l’espoir que le pape se rende à Sarajevo?

    Mgr Puljic: Au cours de notre dernière conversation, il m’a assuré qu’il

    s’y rendrait dès que possible. (apic/jcn/pr)

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