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    apic/Interview Mgr Le Bourgeois

    APIC - interview

    Mgr Armand Le Bourgeois: les divorcés remariés font partie de l’Eglise

    Bernard Litzler pour l’agence APIC

    Lausanne, 1er décembre (APIC) La situation des divorcés remariés occupe régulièrement la "une" de l’actualité ecclésiale. Beaucoup de chrétiens comprennent mal que l’Eglise leur refuse l’accès à l’eucharistie. L’Ancien évêque d’Autun, Mgr Armand Le Bourgeois, 85 ans, était de passage à Lausanne,

    mercredi 27 novembre. Auteur de deux livres sur le sujet, le prélat manifeste un grand respect pour la situation des personnes divorcées. Tout en

    restant ferme sur la doctrine, il milite pour un assouplissement de la pratique de L’Eglise latine.

    APIC: Comment en êtes-vous arrivé à vous occuper de la question des divorcés remariés?

    Mgr Le Bourgeois : Evêque d’Autun depuis peu, je me suis retrouvé en 1966

    devant la perplexité d’un curé de paroisse refusant les funérailles religieuses à une dame divorcée et remariée, alors qu’elle avait servi la paroisse pendant vingt ans. Son mari, maire communiste de la localité, est

    intervenu auprès du curé et il y a eu une altercation violente entre les

    deux, le maire ne comprenant pas qu’on refuse la sépulture à sa femme. J’ai

    dit au curé: "Faites l’enterrement. J’en prends la responsabilité". Le

    droit canon d’avant 1983 interdisait ce genre de pratiques. La presse s’est

    emparée de l’histoire: "Voilà un nouvel évêque qui s’intéresse aux divorcés

    remariés".

    Les curés du diocèse étaient contents de ce que j’avais fait, mais au

    conseil presbytéral suivant, ils m’ont interpellé en disant: "Pour les

    morts, d’accord. Mais qu’allez-vous faire pour les vivants?"... J’ai reçu

    beaucoup de lettres et de visites, environ un millier, et ça continue. Devant ce courrier surabondant, on m’a incité à l’exploiter et, poussé par

    l’éditeur Desclée de Brouwer, j’ai écrit mon premier livre qui comporte un

    tiers de témoignages.

    APIC: N’y a-t-il pas une contradiction entre l’affirmation de la participation à l’Eglise pour les personnes divorcées remariées et le refus de la

    communion eucharistique qu’on leur oppose?

    Mgr L.B.: C’est un des grands reproches qu’on fait à l’Eglise. L’argument

    théologique est difficile à comprendre: le mariage est un sacrement, signe

    de l’Alliance entre le Christ et l’Eglise. Vous avez rompu cette alliance,

    vous avez rompu le signe. Moyennant quoi, on vous demande de ne pas vous

    approcher de l’Eucharistie parce qu’elle est le signe par excellence de

    l’alliance entre le Christ et son Peuple. C’est un raisonnement fondé mais

    assez subtil.

    APIC: N’y a-t-il pas un conflit entre la liberté individuelle et la loi de

    l’Eglise?

    Mgr L.B.: Ce qu’on veut de plus en plus affirmer, comme la lettre des évêques allemands de 1994, c’est le primat de la conscience. Mais la conscience éclairée. A vous d’en juger, sans attendre une permission, mais ne le

    faites qu’à la lumière d’une conscience qui a réfléchi. Dans mon livre,

    j’ai indiqué un certain nombre de critéres: la durée du nouveau couple, la

    vie religieuse habituelle, l’éducation des enfants, la maniére de traiter

    le conjoint dont on s’est séparé et éventuellement l’opinion publique de la

    communauté à laquelle vous appartenez.

    APIC: Votre position se rapproche de celle des Eglises d’Orient?

    Mgr L.B. : C’est un peu différent. Pour les Eglises d’Orient, on ne revient

    pas sur l’indissolubilité du mariage en raison du signe unique qu’il porte.

    Mais elles pratiquent l’"économia", c’est-à-dire la miséricorde. Des

    personnes se sont mises hors la loi d’une certaine manière: on constate une

    situation sans lancer les mots de culpabilité. Ces gens-là ont droit à la

    miséricorde du Christ, au lieu d’aller prouver une nullité du mariage,

    pénible la plupart du temps. On leur dit : "Regrettez-vous ce que vous avez

    fait?" et au cours d’une cérémonie de type pénitentiel, on les réintroduit

    dans l’Eglise à 100%. Cette pratique commune pendant les premiers siècles a

    été abandonnée par l’Eglise latine, mais au Synode sur la famille, il y a

    une dizaine d’années, une requète formulée par la plupart des évêques

    présents est de retrouver cette pratique inspirée des Eglises d’Orient. Je

    pense qu’il y aurait là un témoignage oecuménique important.

    APIC: Acceptez-vous de donner la communion à des divorcés remariés?

    Mgr L.B. : Je ne peux pas répondre par oui ou non. Cela dépend de la démarche de la personne elle-même. Un principe général veut qu’un prêtre ou un

    évêque ne doit jamais refuser la communion à quelqu’un qui se présente.

    Mais je ne mets pas cela sur le plan de la permission ou de l’admission. Si

    une personne se présente je lui donnerai la communion. Si elle me le demande avant, je réfléchirai avec elle à la lumiére des critères que je viens

    de rappeler.

    APIC: Qu’est ce qui vous a le plus influencé dans vos prises de position?

    Mgr L.B.: Les témoignages des personnes dans cette situation et l’appui

    ferme de l’ensemble de mon clergé. J’y insiste beaucoup. Par tempérament,

    je suis conservateur, issu d’une vieille famille traditionnelle française,

    où le divorce paraissait quelque chose de monstrueux. J’ai été vraiment

    porté par mon clergé.

    APIC Comment la situation peut-elle évoluer?

    Mgr L.B.: Je souhaite que, d’une part, prévale la thèse du primat de la

    conscience telle que les évêques allemands l’ont expliqué dans leur lettre

    et que, d’autre part, l’Eglise approfondisse la théologie du mariage telle

    qu’elle existe dans les Eglises d’Orient. Cela a été demandé explicitement

    au Synode. J’ai pu m’exprimer devant les auditoires les plus divers, des

    centaines de prêtres, sans jamais avoir de contradiction formelle. Au contraire. Il y donc une sorte de "sensus Ecclesiae". En France , beaucoup de

    synodes diocésains ont abordé la question, dans un esprit d’ouverture.

    (apic/bl/pr)

    Encadré

    Mgr Le Bourgeois: repères

    Agé de 85 ans, Armand Le Bourgeois, eudiste, assista au Concile Vatican II

    comme supérieur général de sa congrégation, charge qu’il occupa de 1953 à

    1966. Evêque d’Autun de 1966 à 1987, Mgr Le Bourgeois est l’auteur de

    "Chrétiens divorcés remariés" (1987) et de "Question des divorcés à l’Eglise" (1995). Depuis son retrait de sa chaire épiscopale, il réside à Paris

    et se déplace fréquemment pour des conférences. Il est également aumônier

    du bureau international de la Vie Montante, mouvement chrétien des retraités. (apic/bl/pr)

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