APIC-INTERVIEW: Jean-Bertrand Aristide, président d’Haïti (180291)
d’autres moments on a pu lire dans l’histoire biblique
Port-au-Prince, 18février(APIC) Le peuple haïtien, connaissant parfaitement sa situation et sa propre réalité politique, a fait lors des élections
de décembre dernier un pas historique qui met en lumière la deuxième indépendance de son pays. Dans une interview accordée à l’Agence APIC peu après
son investiture, le 7 février, le nouveau président des Haïtiens, le Père
Jean-Bertrand Aristide a déclaré ne pas douter de l’importance qu’il convient d’apporter au nouveau processus qu’a mis en marche le gouvernement
populaire. Le sien. "L’histoire d’Haïti, celle aussi de l’Amérique latine
et des Caraïbes expriment aujourd’hui ce qu’en d’autres moments on a pu lire dans l’histoire biblique", affirme ce partisan convaincu de la théologie
de la libération.
pour préciser sa pensée, le président Aristide s’appuie sur l’histoire.
Son point de référence: l’émancipation du pays en 1804 qui devient la première république noire au monde, c’est-à-dire l’origine de l’identité
d’Haïti. Mais il évoque aussi l’écrasement durant des années des racines
communes qui lient l’Amérique latine et les Caraïbes.
Dans la conception du nouveau président, identité nationale, seconde indépendance et volonté du Dieu des pauvres expriment une totale identification avec la théologie de la libération. Mis ensemble, tout cela reflète
les consignes-clés du moment: "les mains de tous qui se rejoignent rendent
la charge moins pesante".
Dans la perspective de la théologie de la libération
Pour Jean-Bertrand Aristide, la victoire du peuple haïtien lors des dernières élections et à travers lui son accession au pouvoir, mais aussi la
mobilisation constante de centaines de milliers de personnes, représentent
une redécouverte de l’identité d’Haïti. Il relève que la situation actuelle
peut être analysée, pour commencer, dans la perspective de la théologie de
la libération: "Lorsqu’il n’y a plus d’espoir, lorsqu’on a l’impression que
l’espérance est en train de mourir, jaillit alors une force qui est celle
des pauvres. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Il suffit de voir comment à
l’époque de Jésus les pauvres ont été une lumière d’espérance. Jésus, un
pauvre aux côtés d’une communauté de pauvres, construisant une communauté
lumineuse".
Le Père Aristide est formel, cette interpétation transparaît à travers
toute l’histoire biblique. Dana l’histoire des pauvres du Nicaragua durant
l’époque de Somoza, par exemple: "Il faudrait passer d’un pays à l’autre
pour se convaincre que les pauvres sont la lumière de l’espérance".
Se présenter debout et non à genoux face à l’avenir
Comment concilier cette interprétation théologique avec la politique?
Pour le nouveau président, lorsque les structures sont à ce point pourries
et que les politiciens choisissent la démagogie, de corrompre et de mentir,
alors la force des humbles surgit avec une énergie capable de transformer
la politique traditionnelle: "C’est ce qui m’a conduit là où je suis aujourd’hui. C’est ce que j’appelle le phénomène de "lavalas" (avalanche en
créole), qui entraîne une possibilité nouvelle de faire de la politique à
partir du vécu et des revendications du peuple. C’est le Mystère de la Nativité qui se vit chaque jour. Nous le vivons à travers la foi de l’homme
et de la femme qui cristallisent la présence d’un Dieu qui ne vit pas dans
le ciel, mais qui marche là oû marchent les hommes et les femmes".
Sa préoccupation actuelle en tant que président?: "Suivre la lumière de
Dieu et du peuple pour que tous participent à la nouvelle étape que nous
nous sommes fixée. Tous? Riches et pauvres, civils et militaires, paysans
et citadins. Jusqu’où? Jusqu’au moment où tout sera clair pour tous. Que
tous se rendent compte de ce qui se réalise pour en terminer avec la corruption. Faire en sorte de devenir une société civilisée, démocratique et
pleinement réalisée. Il faut se mettre à l’écoute des attentes et des revendications populaires. Se présenter debout et non à genoux face à l’avenir, pour travailler à la reconstruction de notre dignité et de notre
pays". (apic/sf/pr)