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    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
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    apic/Interview/ Claverie

    Oran: Mgr Pierre Claverie analyse (020896)

    la situation politique et religieuse en Algérie

    "L’Eglise catholique doit continuer à vivre

    l’amitié et le dialogue avec les musulmans"

    Fribourg, 2août(APIC) Après l’assassinat le 1er août de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, l’APIC redonne quelques extraits de l’interview qu’il

    avait accordé en mai dernier à Paris aux journalistes de l’information religieuse. Mgr Claverie y expliquait le pourquoi des réticences des évêques

    algériens envers les initiatives de paix de la communauté Sant’ Egidio à

    Rome. Il disait aussi comment, en ces moments troublés, la toute petite

    Eglise catholique en Algérie veut continuer à vivre sur place les souffrances et les espérances du peuple algérien.

    Les évêques algériens ont manifesté des réticences par rapport aux initiatives de la communauté San’t Egidio à Rome pour essayer d’arriver à un processus de paix en Algérie. Pourquoi?

    Nous entretenions depuis longtemps de bonnes relations avec la communauté

    de Sant’ Egidio, car cette dernière avait, par notre intermédiaire, des

    contacts avec des leaders musulmans. Mais nous n’avons pas été informés des

    invitations faites pour la première rencontre de Rome. De surcroît, à la

    différence du Mozambique où des négociations s’étaient déroulées dans le

    plus grand secret entre les diverses parties, il y a eu dès le départ, dans

    le camp algérien, des fuites médiatiques. Du coup le pouvoir d’Alger s’est

    raidi et n’est pas allé à la première réunion, craignant une internationalisation de l’événement et de ses retombées. Par ailleurs, part belle a été

    faite au Front islamique du salut (FIS) alors que celui-ci était éclaté en

    tendances opposées par rapport au recours à la violence armée. De plus, en

    Algérie, les musulmans ne font abolument pas la différence entre le Vatican

    et une communauté catholique comme Sant’ Egidio. Cet amalgame a fait croire

    que l’opposition algérienne avait trouvé une tribune sous l’égide du Vatican. Cette fausse interprétation a amené le pouvoir à développer une croisade anti-catholique.

    Quant à la deuxième rencontre de Rome, il faut en minimiser la portée.

    Le mot démocratie n’a été prononcé qu’une fois et l’on doit bien relire la

    plateforme rédigée. Il y est écrit en effet que "priorité est donnée à la

    loi légitime", ce qui ne veut rien dire en français, mais en arabe cela

    renvoie à la sharia, la loi islamique qui s’inspire du Coran, par opposition à la loi civile. Ce verrou a été imposé par un leader du FIS. Aujourd’hui on en parle plus guère des rencontres de Rome, car l’opposition a

    éclaté depuis les dernières élections présidentielles et le paysage politique algérien est en train de se recomposer. Au fond la plateforme de Rome

    n’a fait que retarder les négociations avec le pouvoir. Et très vite le Vatican a désapprouvé l’initiative de la communauté de Sant’ Egidio.

    Comment, à vos yeux, le paysage politique algérien s’est-il recomposé précisément?

    Il se recompose en dehors des leaders en exil. Soyons clairs. Le régime en

    place ne veut pas quitter le pouvoir. Mais il est divisé en deux courants,

    l’un négociateur, l’autre éradicateur. Le premier courant à l’oreille du

    président Zéroual qui, de fait, subit de grosses pressions internationales

    notamment par le Fonds monétaire international (FMI). Quand au FIS, il n’a

    jamais représenté une majorité écrasante de l’opinion algérienne. Précisons

    que la violence islamiste avait commencé avant l’interruption du processus

    électoral par l’ex-président Chadli Benjedid. Aujourd’hui le FIS est complètement éclaté et a perdu beaucoup de son audience antérieure. La preuve:

    aux élections présidentielles, les gens ont massivement voté malgré les

    consignes d’absention. Le FIS ne se fait entendre maintenant que par la

    voix de ses leaders en résidence à l’étranger. Mais attention. Si la population est dégoûtée de la violence armée, par contre la sensibilité "islamique" reste importante et le leader islamiste modéré, légaliste, a fait

    30% aux dernières élections présidentielles.

    Que devient le Groupe islamique armé (GIA)?

    Il faut distinguer les groupes armés des autres mouvements islamistes. Les

    bandes armées sont livrées à eux-mêmes et n’ont plus d’objectifs politiques

    car elles savent maintenant qu’elles ne prendront pas le pouvoir par la

    force. Elles n’ont plus d’état-major unifié. A la place, des émirs locaux

    mènent chacun leur propre statégie visant avant tout à maintenir leur pouvoir sur la population. Les négociations ne seront possibles qu’avec ceux

    qui représentent vraiment un courant politique représentatif. Mais plus

    avec les groupes armés. La population les dénonce de plus en plus aux autorités. Les gens sont désabusés car les groupes armés ne proposent que la

    violence.

    Quelle portée ont les initiatives de dialogue entre musulmans et chrétiens?

    Les vrais contacts des chrétiens avec les Algériens musulmans se nouent à

    partir de relations personnelles amicales. Du reste, actuellement il s’agit

    d’un affrontement islamo-islamique. Et non pas d’une persécution contre les

    chrétiens. La tradition musulmane maghrébine la plus paisible est hélas

    cassée par les influences afghane et wahhabite (mouvement musulman puritain

    en Arabie saoudite). Aujourd’hui l’islam est moins perçu comme un bloc monolithique. Beaucoup s’interrogent sur ce qu’est le véritable islam. Le

    problème est qu’il n’y a pas chez les musulmans de véritable magistère.

    N’importe quel émir de la montagne fait ce qu’il veut. Mais il y a une fermentation à l’intérieur de l’islam dont nous espérons qu’elle est comme une

    promesse de respect de la diversité. Par ailleurs, le courant spirituel, à

    travers le soufisme notamment qui exprime la tradition mystique de l’islam,

    bénéficie d’un net regain d’intérêt en Algérie.

    Vous ne semblez pas avoir peur...? Avez-vous reçu des menaces?

    Oui, je reçois des menaces par écrit et au téléphone, mais ce n’était sans

    doute pas trop sérieux puisque je suis devant vous. Quand à la peur, je ne

    l’ai pas maintenant car je suis à Paris. La peur nous vient quand on y pense. Mais on n’y pense pas à longueur de journée! C’est quand je suis tout

    seul en voiture, sur une route déserte, que je la ressens le plus, car on

    peut à tout moment rencontrer un faux-barrage. Il y a chez moi, mais aussi

    dans le peuple algérien, une formidable résistance à cette violence au quotidien. (apic/jcn/ba)

    Propos recueillis par Jean-Claude Noyé

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