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    Inde: la religion au coeur des tensions (280193)

    APIC - Interview

    Gaston Roberge, jésuite, cinéaste et critique

    Georges Scherrer/ agence APIC

    Fribourg, 27janvier(APIC) Le 7e Festival de Films de Fribourg a organisé

    parallèlement à la compétition, une vaste rétrospective des films du cinéaste indien Satyajit Ray décédé en 1992. Le Père Gaston Roberge, qui vit depuis plus de 30 ans en Inde fut l’un des ses proches amis. Il était à Fribourg pour présenter l’oeuvre très importante de ce réalisateur. L’agence

    APIC l’a rencontré. Il nous parle de l’évolution de la sociéte en Inde du

    rôle d’un cinéaste comme Satyajit Ray mais aussi de l’action missionnaire

    des chrétiens dans le sous-continent.

    Gaston Roberge a quitté le Québec en 1961 pour connaître la spiritualité

    de l’Inde à travers la recherche personnelle et le dialogue et pour découvrir comment des non-chrétiens vivaient leur foi. En 1967, les supérieurs de

    la Compagnie de Jésus à Calcutta le chargent de s’occuper des médias. Aujoud’hui il est directeur de l’Institut des médias "Chitrabani" à Calcutta.

    Du toit de l’Institut, Gaston Roberge a pu observer réglièrement ces

    dernières semaines les combats entre les Hindous, les musulmans et la police. Dès les premières nouvelles de la destruction de la mosquée d’Ayodha au

    nord de l’Inde, les gens sont descendus dans la rue. La situation s’est encore aggravée par la suite. Mais ces problèmes ont été crées de façon plus

    ou moins artificielle par la mafia locale, estime le jésuite. Cette mafia,

    qui se cache derrière certains politiciens, a avantage à provoquer ces antagonismes pour défendre ses intérêts matériels.

    Il est bien connu qu’à Bombay par exemple, on veut par les émeutes

    chasser les plus pauvres de leurs "slums" pour s’emparer des terres dans le

    but de les vendre. Le prix du terrain dans les villes est en effet très

    élevé.

    "Les gens savent que toute émeute est vraiment suicidaire. On s’était

    habitué à vivre dans l’harmonie, dans un certain respect de l’autre. Il y a

    beaucoup d’amitié, mais comme la population est très dense et qu’il y a un

    passé meurtri, il est évidemment très facile de faire naître des conflits

    n’importe quand et n’importe où", déplore le Père Roberge.

    Les courants fondamentalistes sont très forts. En fait ce sont les partis politiques qui en profitent pour renforcer leur pouvoir y compris les

    plus grands.

    Dans cette même mouvance fondamentaliste, des chrétiens indiens désirent

    retourner aux sources, certains en cherchant à créer un monachisme chrétien

    indien, d’autres en s’hindouisant plus ou moins. Mais le jésuite s’inquiète

    de cette attitude des chrétiens qui ne fait que renforcer finalement l’idée

    qu’un Indien c’est un Hindou. Les chrétiens ne sont pas directement touchés

    par les conflits entre les hindous et les musulmans, mais certains partis

    fondamentalismes hindous et musulmans, cultivent un antagonisme contre les

    chrétiens. En effet les institutions chrétiennes ont plus d’influence,

    proportionnellement au nombre des croyants. Les chrétiens ne sont qu’une

    minorité de 4 à 5% dans toute l’Inde, moins d’un pourcent à Calcutta. Mais

    cete minorité est associée au colonialisme, elle a accès à l’argent et au

    pouvoir grâce à l’éducation donnée par les institutions. Développer les

    antagonismes est alors très facile.

    Les racines de l’intégrisme

    L’hindouisme n’a pas d’école théologique, ni de doctrine bien définie,

    de sorte que dans les courants populaires, la superstition se mêle à une

    foi réelle, explique Gaston Roberge. Toute une classe d’intellectuels s’est

    détachée de cette religion qui ne faisait plus le poids face à la science.

    D’où à la fois une perte spirituelle et une certaine purification. Mais

    lorsqu’on rejette ses sources spirituelles, il devient difficile de se

    nourrir car malgré tout l’Indien reste très religieux. Le jésuite constate

    aussi que si la fierté nationale est forte, le sens social est très souvent

    absent. L’engagement pour l’autre manque beaucoup. L’esprit de vengeance

    cultivé et promu par le cinéma est très fort. La perte des valeurs morales

    est frappante dans l’administration qui ne fonctionne pratiquement plus.

    Tout se fait par pots-de-vin. Ceci explique en partie l’intégrisme et de la

    violence croissante en Inde.

    Satyajit Ray, la conscience morale de son époque

    En 1967, dans la foulée du Concile, on désirait des gens qui se spécialisent dans les médias. Calcutta était déjà alors un important centre de

    production cinématographique. La télévision n’était cependant pas encore

    très développée. Il était donc logique de commencer par le cinéma, raconte

    Gaston Roberge. "C’est comme cela que je suis entré en contact avec Satyajit Ray, qui était déjà un cinéaste très important. Nous sommes restés en

    contact jusqu’à sa mort l’an dernier".

    Pour le Père Roberge, les films de Ray apportent surtout un très grand

    respect de l’homme et un effort de promotion de la femme. Sur le plan de

    l’éducation par exemple, il ne fait pas de doute que les filles ont moins

    de chance que les garçons. Dans la maison, la femme a une très grande influence mais cela ne lui confère pas une égalité des droits. Même s’il devient plus courant et plus admis que les femmes travaillent à l’extérieur,

    il reste un très gros travail à faire pour qu’à la naissance, elles soient

    égales aux garçons, explique le jésuite. Ray est comme la conscience morale

    de son époque, il jette un regard impitoyable sur sa société et s’inquiète

    de l’effondrement des valeurs. Son engagement est esthétique dans un milieu

    de corruption assez générale. Sa confiance et son espoir sont des témoignages très précieux, relève Gaston Roberge.

    Une inculturation qui pose des problèmes

    Selon la tradition, la présence des chrétiens en Inde remonte à l’apôtre

    Thomas. Mais les communautés chrétiennes se sont peu développées et ont

    toujours vécu en marge tout en conservant leur identité à travers une relation assez cordiale avec les autres communautés. Mais pour les Indiens cela

    ne compte pas. Ils considèrent le christianisme à partir de saint François

    Xavier au XVIe siècle, des jésuites et de la colonisation. Aujourd’hui les

    chétiens voudraient retrouver les sources proprement indigènes. Une liturgie indianisée, sera presque nécessairement tournée vers les hindous. On va

    faire des gestes rituels, aménagé les locaux de culte à l’image des hindous. Le problème et que par là on rejoint le courant fondamentaliste qui

    affirme que l’Indien est hindou.

    En outre, on se démarque aussi plus fortement des musulmans qui sont là

    depuis plusieurs siècles, et à qui les fondamentalistes hindous nient le

    droit d’exister. Ils sont pourtant une minorité beaucoup plus forte que les

    chrétiens et contribuent de manière essentielle à la vie de la communauté

    notamment dans le commerce mais aussi dans l’art et les sciences.

    On peut ressourcer le christianisme en le greffant sur certaines pratiques et croyances hindoues qui permettent aux chrétiens de redécouvrir leur

    propre valeur. Mais nous ne devrions pas nous couper de nos propres sources

    tels les Pères de l’Eglise et le monachisme grec du Mont Athos par exemple,

    relève le jésuite. "Je suis allé dans un monastère catholique de l’Hymalaya. Comme la région abrit très peu de chrétiens et que le monastère se

    veut ouvert aux hindous, on a placé dans la chapelle des images hindoues.

    Mais un musulman ne peut pas y être à l’aise puisqu’il ne connaît pas le

    culte des images", remarque Gaston Roberge qui avoue cependant ne pas avoir

    de solution. Durant des siècles l’action missionnaire à rejetté tout ce qui

    était hindou, y compris des méthodes de méditation qui étaient des pratiques spirituelles pas nécessairement hindoues. "Maintenant on y retourne en

    donnant l’impression que pour nous aussi l’Inde est aux hindous."

    L’action missionnaires des chrétiens

    A propos de l’action missionnaire, "il faut nous mettre à l’écoute de

    l’Esprit, mais je suis persuadé que l’Esprit ne demande pas à la majorité

    des hindous de devenir chrétiens(...) On n’abandonne pas Dieu pour Dieu,

    cela n’a acucun sens." Mais une certaine plénitude peut s’accomplir dans le

    dialogue sans nécessairement que l’hindou devienne chrétien, il peut s’ouvrir à l’Evangile. Le Christ désire-t-il que cette personne ait la plénitude de la communion sacramentelle? Il leur a donné des sacrements à eux aussi. Toute leur vie est sacramentalisée, la naissance, l’initiation, le mariage, la mort.

    Pour les indigènes non-hindous et non musulmans, qui se comptent encore

    par millions et qui se convertissent en masse encore aujourd’hui, la situation est différente. Pour eux c’est une vraie libération spirituelle parce

    qu’ils sont dominés par toutes sortes d’esprits dont ils ont peur, c’est la

    libération du péché dont parlait déjà saint Paul. De plus il y a une promotion sociale, pour la première fois ils apprennent que tous les hommes sont

    égaux, qu’il n’y a qu’un Dieu Père (ou Mère). Ces gens n’avaient jamais été

    intégrés dans le système hindou et sont donc considérés comme des horscastes ou des intouchables. Ils comprennent et disent qu’ils ne sont pas

    des êtres inférieurs. Ce qui a permis de développer des chrétientés très

    ferventes par exemple dans la région de Ranchi à l’ouest de Calcutta.

    (apic/gs/mp)

    Encadré

    L’Institut "Chitrabani" à Calcutta

    Le mot "Chitrabani" qui en bengali signifie nouvelle et image, qualifie

    bien l’activité de l’institut que dirige le père Gaston Roberge à Calcutta.

    Il s’agit d’un centre de formation aux médias et surtout à la photographie

    documentaire. Ce média a une large audience et de plus il est moins cher

    que le cinéma et la télévision. Le gouvernement a aussi confié à l’institut

    un studio de production avec son équipement professionnel pour faire des

    programmes de télévision. Ces programmes diffusés dans tout le pays par la

    télévision d’Etat (l’Inde n’en conaît pas d’autre) s’adressent aux étudiants des collèges. Actuellement six émissions de vingt minutes sont diffusées chaque mois, la majorité en langue anglaise, une en hindi.

    Le Centre prépare également des programmes radios en bengali pour l’éducation et la formation des femmes iléttrées dans les milieux ruraux. Ces

    programmes sont diffusés à partir de Manille aux Philippines par "Radio

    Veritas", un émetteur catholique, vers le Bengladesh et l’Inde. Les régions

    arrosées comptent près de 150 millions d’auditeurs potentiels. (apic/gs/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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