Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Hans Brügger, aumônier en chef de l’armée (280596)

    APIC - interview

    L’aumônier militaire doit être homme d’ouverture

    Fribourg, 28mai(APIC) A la veille de l’ouverture, le 3 juin, de l’école

    d’aumôniers militaires à Montana, l’agence APIC a rencontré le chanoine

    Hans Brügger, aumônier en chef de l’armée depuis le 1er janvier 95 et curé

    de la cathédrale St-Nicolas, à Fribourg. Fait nouveau, du côté catholique

    les assistants pastoraux sont aussi nombreux que les prêtres à postuler

    pour la charge d’aumônier militaire. Le chanoine Brügger précise le rôle de

    l’aumônerie et son évolution récente.

    APIC: Avec la réforme "Armée 95" qui implique une diminution des effectifs,

    une réduction et un plus grand espacement des périodes de service, l’aumônerie militaire garde-t-elle sa justification?

    Hans Brügger: L’aumônerie militaire est d’abord un appel du spirituel et du

    religieux auprès d’hommes et de femmes dans une situation particulièrement

    difficile comme l’est celle des armes. On peut établir une comparaison avec

    la présence pastorale dans un camp d’entraînement ou une colonie de vacances ou plus spécifiquement avec les aumôneries spécialisées des hôpitaux,

    des prisons, des écoles supérieures... L’efficacité de l’engagement pastoral ne dépend pas de la longueur de la période. Le travail de l’aumônier

    est cette présence humaine qui fait transparaître un message qui est celui

    de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et qui comme tel pose question dans

    tous les états de vie. La réforme de l’armée et du DMF n’ont pas changé cela.

    APIC: L’armée reste un milieu de vie assez particulier. L’approche du travail pastoral est-elle différente?

    H.B.: Dans un milieu comme le service militaire, certains problèmes se dévoilent parce que les conditions de vie sont différentes, spécialement lors

    de périodes plus longues comme les écoles de recrues, de sous-officiers ou

    d’aspirants.

    La première approche est certainement humaine. Nous essayons de témoigner de la sympathie dans les difficultés et de donner des pistes de solutions qui soient un encouragement basé sur un message de foi en JésusChrist. L’interlocuteur, à travers mon être et mon agir, doit comprendre

    qu’il y a quelque chose de plus profond dans son engagement militaire que

    de simple service du pays et les devoirs d’officiers.

    APIC: L’Eglise souffre du manque de prêtres, et l’aumônerie militaire?

    H.B.: Il y a toujours un manque de bons aumôniers militaires. Le nombre des

    unités a cependant beaucoup diminué et les structures sont différentes.

    Avec "Armée 95", on a donné à chacune des grandes unités, aux régiments et

    aux bataillons d’état-major des brigades de char au moins un aumônier, parfois deux. D’autres troupes comme les sanitaires ont moins d’aumôniers

    qu’auparavant. Nous travaillons selon les besoins effectifs et non plus

    simplement en appliquant un schéma fixé il y a 50 ans.

    APIC: L’école d’aumôniers qui commence le 3 juin compte côté catholique, en

    plus de sept prêtres, sept assistants pastoraux. Leur présence pose-t-elle

    des questions spécifiques?

    H.B.: Il n’y a normalement aucune difficulté dans la troupe sauf quelques

    fois de la part de l’un ou l’autre des cadres et de quelques soldats qui

    auraient préféré la présence d’un prêtre. Mais généralement la plupart ne

    savent pas qui est aumônier prêtre et qui est aumônier assistant pastoral.

    Tous ont le même grade et la même fonction.

    Pour un assistant pastoral, comme pour les pasteurs, une des conditions

    pour être aumônier militaire est d’être engagé dans une des deux eglises

    reconnues majoritaires en Suisse. S’il quitte le service de l’Eglise, il

    est mis dans la réserve inactive de l’armée, comme le prêtre qui abandonne

    son ministère sacerdotal, et peut être rappelé en cas de conflit.

    APIC: L’aspect oecuménique de l’aumônerie militaire suisse est fortement

    marqué. Comment le vit-on dans la troupe?

    H.B.: Au niveau liturgique, l’aspect oecuménique pose de moins en moins de

    problèmes surtout parce que les célébrations dominicales avec la troupe

    sont devenues rares. Dans ces cas là, on aura soit la messe, soit le culte.

    Si le prêtre catholique célèbre l’eucharistie, le pasteur y assiste et prononce l’homélie ou vice-versa. Nous préférons éviter le mélange. De plus

    les célébrations eucharistiques et de sainte-cène sont souvent remplacées

    par des liturgies de la parole. Les personnes qui désirent un culte spécifique peuvent toujours se rendre dans la paroisse la plus proche.

    Les unités connaissent de plus en plus un brassage religieux entre protestants et catholiques. Il n’y a plus pour ainsi dire de régiment catholique ou protestant. De plus aujourd’hui la religion est une donnée protégée,

    nous ne connaissons donc pas la composition confessionnelle exacte des

    unités. La confession ne figure plus sur la plaquette d’identité.

    APIC: L’armée suisse compte de plus en plus de membres d’autres religions.

    Qui s’occupe de leur assistance spirituelle?

    H.B.: En principe une troupe doit compter au moins 20% de soldats d’une

    confession spécifique ou d’une religion déterminée pour que la minorité ait

    droit à un aumônier propre. Ce taux n’a encore jamais été atteint. Si un

    juif ou un musulman souhaite s’entretenir avec un représentant de sa religion, il peut s’adresser à l’aumônier incorporé qui s’entremettra. Il est

    aussi possible de discuter certaines dispenses pour la nourriture ou les

    célébrations.

    Un commandant de compagnie qui était rabbin a fait un jour une demande

    pour devenir aumônier. La question a été transmise à la communauté juive

    qui a finalement trouvé que pour l’armée suisse un rabbin ne s’imposait

    pas. Pour les musulmans la question est plus délicate car l’islam n’a pas

    de clergé à proprement parler. Pour les bouddhistes, les hindouistes et autres croyances orientales, cela ne pose pratiquement pas de difficultés

    parce qu’il ne s’agit pas de religions au sens occidental du terme.

    APIC: L’ouverture est une des qualités que vous demandez aux aumôniers...

    H.B.:Une des conditions essentielles pour être aumônier est d’avoir une option oecuménique ouverte. C’est ainsi que l’armée a dit non aux prêtres de

    Mgr Lefebvre ou à des pasteurs de certaines sectes protestantes. Du côté

    catholique l’accord doit être demandé à l’un des évêques de la Conférence

    des évêques suisses et du côté réformé c’est l’appartenance à la Fédération

    des Eglises protestantes de la Suisse qui est déterminante. C’est ainsi

    qu’il y a des aumôniers méthodistes par exemple, mais pas d’aumôniers des

    Eglises libres.

    APIC: L’armée est conçue pour faire la guerre. L’aumônerie militaire n’estelle pas en contradiction avec l’idéal de paix du christianimse?

    H.B.: L’aumônier militaire est confronté à l’existence de la guerre au même

    titre que le soldat ou l’officier chrétien. Dans la formation des aumôniers, le thème est systématiquement abordé avec des théologiens et des historiens. Le débat est très ouvert. L’aumônier sera obligatoirement confronté à cette question au cours de son engagement. On ne peut pas imaginer

    une école de recrues sans qu’on n’en parle.

    L’aumônier est présent aussi lors de la formation des cadres supérieurs

    où des cours sont consacrés aux droits de l’homme et aux lois de la guerre.

    On ne peut pas donner des recettes, mais plutôt des critères et des arguments pour une réponse possible.

    Dans l’ancien réglement de service (RS80) un article disait explicitement que quand un ordre est contraire au droit humanitaire, le soldat est

    tenu de le refuser. Malheureusement il a disparu dans le nouveau RS.

    La discussion de la légitime défense et de l’ingérence humanitaire est

    loin d’être close. Est-ce que la communauté peut et doit se défendre et par

    quels moyens? Il ne suffit pas de dire "la vie est absolue". La vie est la

    valeur la plus haute à défendre et à offrir, ce qui est différent. Ce n’est

    jamais tout noir ou tout blanc.

    APIC: Ce débat est aussi celui de l’objection de conscience. Quel est le

    rôle des aumôniers à ce niveau?

    H.B.: Les aumôniers comme tels n’ont pas de doctrine particulière. Certains

    y sont davantage favorables que d’autres. Les aumôniers sont souvent appelés comme témoins lors de procès d’objecteurs. Plusieurs font partie des

    commissions d’experts service sans armes. Les commandants nous consultent.

    Dans sa réflexion, ses discussions, ses conseils, sa décisio, tout aumônier

    essaie de mettre en premier lieu la personne humaine, sans favoriser les

    fainéants ou les égoïstes. Certains ne veulent rien savoir de la foi, ni de

    la religion, mais trouvent l’aumônier bien utile pour dénicher une planque.

    Il faut trouver une solution qui corresponde le mieux possible aux intérêts

    communautaires et aux intérêts personnels. Accorder la réalisation de la

    vocation personnelle est l’accomplissement des exigences du bien commun,

    c’est l’affaire de toute la vie. (apic/maurice page)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus