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    Mgr Amédée Grab, nouvel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg

    APIC - Interview

    Sous le signe de la collaboration

    dans la confiance

    Jacques Berset, Agence APIC

    Fribourg, 9 novembre(APIC) APIC - Interview, voit la tâche qui l’attend comme évêque diocésain avec

    une grande confiance. Evêque auxiliaire depuis près de neuf ans, il a accumulée une grande expérience pastorale. "J’arrive avec beaucoup de simplicité", a-t-il déclaré jeudi à l’agence APIC.

    APIC:Quels sont les sentiments qui vous habitent après cette nomination

    sur le siège de Lausanne, Genève et Fribourg?

    MgrGrab:Le premier sentiment est celui de la confiance dans tous ceux qui

    vont être mes collaborateurs les plus proches, mais aussi dans toutes les

    personnes qui sont déjà engagées dans ce diocèse et qui y travaillent, prêtres, laïcs, religieux, religieuses... J’ai l’impression de pouvoir assumer

    une responsabilité lourde et difficile parce que toutes ces forces pastorales, la foi des fidèles, leur espérance et leur charité, me portent. S’il

    n’y avait pas cette possibilité de collaboration dans la confiance, je pense que cette responsabilité serait trop lourde.

    APIC:Avez-vous déjà fixé les priorités pastorales qui vont guider ces prochaines années votre activité pastorale comme évêque diocésain?

    MgrGrab:Je ne pense pas avoir la tâche de fixer moi-même, d’une façon autonome, des priorités. Après bientôt neuf ans de service comme évêque auxiliaire, j’ai eu la grâce de vivre toute une réflexion avec le Conseil presbytéral et les milieux pastoraux. Nous avons achevé il n’y a pas si longtemps la vaste enquête "Horizon 2’000". C’est la mise en oeuvre de tout cela que je désire coordonner, tout en sachant parfaitement que le diocèse

    est en marche.

    Il n’y aura certainement pas de rupture. Quant au style, chaque évêque

    ayant son caractère, je ferai évidemment des choses autrement. La façon par

    exemple de se situer face aux médias, où Mgr Mamie est vraiment un maître,

    n’est pas forcément imitable!

    Les grandes lignes sont déjà tracées dans tous les diocèses: le ministère apostolique, continué par le collège des évêques et par chacun d’entre

    eux dans son diocèse, est déjà défini par le chemin de Jésus lui-même, fondement de l’Eglise, qui est notre pasteur. Certes, ce chemin n’est pas répétitif, parce que cette histoire du peuple de Dieu est un développement

    constant. Evidemment, dans l’Evangile, il n’y a pas les normes pastorales

    concrètes pour telle ou telle solution à adopter.

    APIC:Dans plusieurs pays - l’Autriche, l’Allemagne, la France et prochainement la Belgique - des "pétitions du peuple de Dieu" demandant des réformes dans l’Eglise ont été lancées ou sont en cours? Allez-vous vous faire

    l’avocat d’une plus grande participation des femmes dans l’Eglise, par

    exemple par l’accès des femmes au diaconat permanent. Pensez-vous que l’accès au sacerdoce des "viri probati" soit souhaitable dans une situation de

    manque de prêtres?

    MgrGrab:De telles pétitions existent aussi en Suisse. Elles ont été remises aux évêques début septembre. Je respecte l’opinion de toute personne.

    Je suis absolument convaincu que l’Eglise elle-même ne peut pas être un

    peuple d’adultes appelés par Jésus-Christ à la liberté si la libre opinion

    n’y est pas garantie. Par conséquent, je ne crois pas avoir pour tâche de

    m’opposer à la libre circulation des idées et à leur manifestation.

    Les sujets évoqués ne touchent pas un diocèse, mais l’ensemble de

    l’Eglise catholique. Les réponses ne peuvent être données que par l’ensemble des évêques du monde entier, en lien et en communion profonde avec

    l’évêque de Rome, Jean Paul II. Certaines de ces questions ont déjà reçu

    une réponse. Même si la réponse concernant l’ordination des femmes au presbytérat n’a pas convaincu certains et n’est pas acceptée par tous, il faut

    quand même tenir compte du fait que le pape Jean Paul II a dit que l’Eglise

    ne se reconnaît pas la possibilité de le faire. Personnellement, je ne peux

    pas ne pas reprendre cette réponse normative à mes yeux.

    Sur d’autres problèmes, on peut avancer d’une autre manière. Je pense

    que l’on avancera dans la direction d’un diaconat féminin. Mais cela ne

    veut pas dire que l’on parle du sacrement de l’ordre, que c’est le diaconat

    tel qu’il est connu dans le diaconat ordonné actuellement qui soit la solution vers laquelle l’Eglise pourra aller.

    Nous savons qu’il y a eu des femmes diacres, des diaconesses, pendant

    des siècles. On peut s’inspirer de cette expérience de l’Eglise qui a cessé

    pour diverses raisons et se demander comment l’on pourrait reconnaître plus

    officiellement l’engagement extraordinaire de très nombreuses femmes dans

    les domaines de la diaconie. Mais cela ne signifie pas pour moi l’accession

    au sacrement de l’ordre.

    Quant aux "viri probati", l’Eglise, c’est-à-dire les évêques du monde

    dans leur grande majorité, tiennent profondément, avec le pape, -et moi

    aussi! - à la pratique actuelle. Parce que dans ce célibat librement assumé se manifeste une disponibilité, une forme d’amour, qui me paraissent

    d’une très grande richesse pour l’Eglise. Evidemment, face à la l’éventualité de territoires entiers qui se trouveraient sans aucune possibilité

    d’eucharistie, l’Eglise peut élargir la pratique qu’elle connaît déjà en

    Orient, qui est d’admettre des hommes mariés à la prêtrise. Mais cela ne me

    paraît pas la solution à laquelle nous devrions recourir chez nous actuellement.

    APIC:Mgr Grab, vous déclariez le 18 septembre 1988, lors de la messe solennelle à l’occasion de votre installation à Genève: "Mon entrée est pacifique!". Mais certains milieux protestants genevois - certes minoritaires n’avaient pas apprécié l’arrivée d’un évêque auxiliaire à Genève, appelant

    même à un "moratoire oecuménique avec l’Eglise catholique-romaine". Sept

    ans après, il semble bien que votre séjour genevois a été fructueux...

    MgrGrab:Je rends grâce à Dieu de ce que notre foi commune et tout ce que

    nous possédons ensemble, catholiques et protestants, ait permis de dépasser

    ces difficultés. Grâce à la bonne volonté de tous, nous avons poursuivi le

    travail qui était bien avancé à Genève entre les l’Eglises. Nous avons des

    relations fraternelles et régulières. Actuellement, la situation à Genève

    ne me semble en tous cas pas compromise du fait qu’un évêque y ait passé

    des années.

    A mon sens, la situation s’est plus que normalisée, car il y a une recherche vraiment commune qui continue. Nous travaillons ensemble, dans les

    aumôneries, partout où cela est possible... Nous désirons approfondir notre

    communion de foi et notre témoignage chrétien. Tout récemment, nous nous

    sommes réunis entre responsables des trois Eglises reconnues, car les catholiques chrétiens en font aussi partie, pour étudier des documents portant sur la traduction française des symboles de la foi.

    APIC:Pensez-vous que la présence dans cette ville d’un évêque auxiliaire,

    outre l’aspect symbolique, soit nécessaire, par exemple pour l’expérience

    oecuménique qu’elle signifie, et pour le contact avec les organisations internationales?

    MgrGrab:L’évêque auxiliaire résidant à Genève n’est pas responsable des

    contacts avec les organisations internationales. C’est la tâche de l’observateur permanent du Saint-Siège, responsable de la Mission permanente auprès de l’Office des Nations Unies à Genève. Mais il est évident que le caractère international de cette ville, les événements qui régulièrement s’y

    tiennent et amènent nombre de visiteurs extérieurs, dont de nombreux évêques, sont une des raisons qui militent pour la présence d’un évêque auxiliaire résidant à Genève.

    D’autre part, l’oecuménisme a aussi un aspect international. Genève est

    le siège du Conseil oecuménique des Eglises. Les rapports officiels avec le

    COE sont assumés par Rome, qui y envoie très régulièrement des collaborateurs du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Mais il est évident

    que nous avons été aussi associés à des manifestations importantes du COE

    et que l’on s’adresse souvent dans ce domaine à l’évêque auxiliaire. On

    l’invite à des manifestations qui relèvent du dialogue interreligieux.

    APIC:A-t-on vraiment besoin de trois évêques dans ce grand diocèse de

    650’000 catholiques, ou ne vaudrait-il pas mieux le redimensionner? Le redécoupage des grands diocèses est-il pour vous une priorité? Le 26 novembre, vous vous installerez à l’évêché de Fribourg. Avez-vous l’intention de

    demander un évêque auxiliaire pour vous remplacer à Genève?

    MgrGrab:C’est un sujet très actuel qui refait surface au gré de vicissitudes d’ordre politique ou parlementaire. C’est surtout une question d’ordre pastoral. La Conférence des évêques n’a jamais abandonné la réflexion à

    ce sujet. Les évêques sont unanimes à reconnaître que la situation que nous

    avons héritée historiquement n’est pas forcément définitive. A quel rythme,

    et selon quelle modalité, après quelles consultations, cela reste l’objet

    d’une vaste réflexion.

    Quant à la demande d’un nouvel évêque auxiliaire à Genève, je vais voir

    avec Mgr Mamie comment, lorsque la bulle du Saint-Siège arrivera, amorcer

    la succession effective. Ensuite, je prendrai conseil; je n’ai pas d’idée

    entièrement arrêtée à ce sujet.

    APIC:Ne serait-il pas temps, comme le demandent certains milieux, de refaire un synode diocésain, ou alors de constituer un Conseil de pastorale

    diocésain réunissant les délégués des quatre cantons du diocèse?

    MgrGrab:On se demande quelle est la meilleure façon de réactualiser les

    orientations pastorales formulées en 1983 par Mgr Mamie et Mgr Bullet suite

    à la visite pastorale systématique de tout le diocèse. Cette réactualisation doit-elle se faire à travers un synode diocésain ou à travers la création d’un Conseil de pastorale diocésain? On peut aussi imaginer choisir

    les deux options: un synode diocésain préparant la constitution d’un Conseil de pastorale diocésain. Ces choses ont été exprimées clairement dans

    "Horizon 2’000". C’est l’une des premières choses dont il faudra débattre

    en lien avec le Conseil presbytéral et le Conseil épiscopal. (apic/be)

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