Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    APIC - Interview

    Une initiative "prophétique"

    du Père Werenfried van Straaten

    Campagne financière catholique en faveur de l’Eglise

    orthodoxe russe laminée par 70 ans de communisme

    Jacques Berset, Agence APIC

    Königstein, 2novembre(APIC) Considérée comme inféodée aux maîtres du

    Kremlin, l’Eglise orthodoxe russe du Patriarcat de Moscou est longtemps

    passée pour "l’ennemi" aux yeux de certains milieux catholiques occidentaux. Aujourd’hui, révolution copernicienne: ces mêmes catholiques sont

    sollicités par l’oeuvre internationale "Aide à l’Eglise en Détresse" (AED)

    pour venir en aide matériellement aux 6’000 prêtres de cette Eglise laminée

    par plus de 70 ans de régime communiste. Des donateurs de longue date s’offusquent, des évêques russes se méfient du "prosélytisme du Vatican", le

    pape Jean Paul II, quant à lui, serait enthousiaste!

    L’AED veut en effet récolter annuellement 1’000 dollars pour venir en

    aide, à travers la hiérarchie orthodoxe locale, à chacun des quelque 6’000

    prêtres russes. Mariés, souvent chargés de familles nombreuses, ils vivent

    pour une partie d’entre eux dans une véritable misère matérielle aggravée

    par la profonde crise économique que traverse actuellement la Russie. Comment en effet faire face avec un revenu qui n’atteint pas 50 francs suisses

    par mois?

    Nouveau coup de bluff du Père Werenfried van Straaten, le "père au

    lard", fondateur de l’AED, ou initiative "prophétique" de réconciliation

    entre l’Eglise catholique et l’orthodoxie? Notre interview de ce religieux

    prémontré de 81 ans qui en déconcerte plus d’un avec son passé qui lui valut le célèbre surnom de "dernier général de la guerre froide".

    APIC:Comment expliquez-vous la nouvelle orientation que vous imprimez à

    l’Aide à l’Eglise en Détresse?

    PèreWerenfried:Ce n’est pas vraiment une nouvelle orientation: nous continuons tout ce que nous avons fait jusqu’à maintenant en faveur des Eglises catholiques en Europe de l’Est. Dans l’ancienne Union soviétique, étant

    donné que nous avons plus de possibilités, notre aide à l’Eglise catholique

    a même été doublée, voire triplée. Cette aide à l’Eglise orthodoxe russe

    vient en plus.

    Certes, il y a de l’hostilité entre certains milieux catholiques et les

    orthodoxes russes. Ces derniers craignent de se faire "acheter" par le Vatican. Du côté catholique, certains ne comprennent pas toujours qu’on aide

    une Eglise comme l’Eglise orthodoxe russe, qui n’a pas toujours été très

    tendre par exemple envers les catholiques de rite byzantin.

    Cependant, j’ai d’abord discuté toute cette action avec les responsables

    de l’Eglise gréco-catholique (uniate) d’Ukraine, et ils se sont déclarés

    complètement d’accord. Les uniates ukrainiens ne sont qu’une minorité de

    cinq millions de catholiques, en comptant la diaspora. A cela s’ajoute une

    très petite minorité catholique latine, auparavant seulement à Saint-Petersbourg et à Moscou, et qui fut plus tard dispersée durant les déportations staliniennes sur tout le territoire de l’ancienne URSS.

    APIC:La priorité ne devrait-elle pas aller à l’Eglise catholique locale?

    PèreWerenfried:Naturellement, l’Eglise catholique locale bénéficie de

    notre aide en priorité. Elle a le droit d’être desservie pastoralement,

    partout où les catholiques se trouvent actuellement, et les orthodoxes

    commencent à le comprendre. L’AED aide par exemple Mgr Joseph Werth, administrateur apostolique de Sibérie, à Novossibirsk. Mais il s’agit ici de

    l’évangélisation de la Russie: 80% des gens ne sont pas baptisés, ils ont

    été tenus totalement éloignés de Dieu durant 75 ans.

    Ne pas abandonner les Russes aux sectes

    Les Russes ont une grand soif spirituelle, et si nous ne répondons pas à

    cette quête spirituelle, nous les abandonnons avec certitude aux multiples

    sectes qui viennent d’Amérique avec de l’argent plein les poches. Face à

    cette invasion, nous ne pouvons rien faire tout seuls: Mgr Werth, lui-même

    d’origine allemande, n’a que 57 prêtres pour un diocèse qui va d’Iekaterinbourg, dans l’Oural, jusqu’à Vladivostok, sur la Mer du Japon. Le plus

    grand diocèse du monde, pratiquement de la taille d’un continent, et moins

    de 200’000 catholiques. Ce sont souvent des Allemands, à l’origine des colons installés sur la Volga à l’invitation de l’impératrice Catherine II,

    qui furent déportés en Sibérie sous Staline en compagnie de compagnons

    d’infortune polonais, lituaniens ou ukrainiens!

    APIC:L’Eglise orthodoxe russe a souvent accusé les catholiques de faire du

    prosélytisme sur un territoire orthodoxe...

    Nous n’avons jamais essayé de faire du prosélytisme catholique parmi les

    Russes et nous avons toujours respecté l’Eglise orthodoxe. De toute façon,

    même si nous le voulions, nous n’avons plus de missionnaires et de prêtres

    pour le faire. Les Polonais, soupçonnés de nationalisme, ne seraient pas

    non plus reçus, tant le contentieux historique est lourd avec les Russes.

    Pour nous, c’est un territoire orthodoxe, qui ne fut pas évangélisé par le

    Patriarcat de Rome, mais par Constantinople, plus tard par Kiev.

    Mettre fin à l’opposition millénaire entre catholiques et orthodoxes

    Ce sont aussi des Eglises patriarcales qui ont leur propre liturgie et

    des coutumes propres, comme par exemple l’existence d’un clergé marié. Nous

    sommes aujourd’hui devant la tâche gigantesque de réévangéliser la Russie,

    et ceux qui connaissent un peu la situation savent bien que les quelques

    catholiques locaux ne peuvent pas le faire. D’autre part, il s’agit pour

    les catholiques de ne pas s’immiscer dans une autre Eglise patriarcale. En

    suivant l’enseignement du Concile Vatican II, les Russes doivent être évanlisés par l’Eglise orthodoxe, une Eglise-soeur avec laquelle nous partageons la même foi et les mêmes sacrements.

    Cette opposition millénaire entre orthodoxes et catholiques, qui existe

    depuis la séparation de 1054, doit être dépassée: la réconciliation doit se

    réaliser pleinement. On a commis des fautes des deux côtés: pensons seulement aux pillages et aux massacres de la quatrième croisade (1202-1204),

    quand les croisés latins se sont emparés de Constantinople.

    L’Eglise byzantine a été profanée, les prêtres orthodoxes ont été exterminés ou expulsés, les religieuses violées, les reliques volées, les icônes

    piétinées. Le clergé byzantin a été remplacé par des prêtres latins et le

    sac de Constantinople a été couronné par la fondation d’un empire latin à

    Constantinople, avec un Vénitien comme patriarche et le comte Baudouin de

    Flandre comme empereur latin. Les orthodoxes n’ont jamais oublié cette trahison. Nous devons reconnaître nos fautes et rendre les nombreuses reliques

    volées à Constantinople, qui se trouvent à Venise, en Flandre ou ailleurs.

    Encadré

    Invasion de sectes en Russie

    Si l’on parle souvent avec admiration de la "renaissance religieuse" en

    Russie, elle se manifeste aussi par la prolifération de sectes et mouvements religieux plus ou moins exotiques venant de l’extérieur comme la

    Scientologie, la secte Moon, les Témoins de Jéhovah, les Mormons, ou de

    provenance locale, comme la Fraternité Blanche. La magie, l’astrologie, les

    pratiques occultes et le satanisme, le néo-gnosticisme ou le néo-paganisme

    trouvent un terrain fertile auprès d’une population souvent désorientée.

    La population russe, qui a une immense soif spirituelle mais peu de repères et de critères de discernement en matière religieuse après des décennies d’athéisation forcée, est une proie facile pour les faux prophètes aux

    poches pleines de dollars. Les sectes profitent de l’ignorance religieuse

    répandue à tous les niveaux de la société - et du manque de catéchèse dans

    les églises traditionnelles, du reste peu ouvertes aux innovations - sans

    oublier l’indigence matérielle de la population, pour offrir de la littérature, des cours de "formation", des repas gratuits... et faire des adeptes.

    L’été dernier, par exemple, les Témoins de Jéhovah ont réussi à rassembler plus de 70’000 adeptes dans le plus grand stade de Saint-Pétersbourg.

    La secte Moon a préparé le manuel "Mon monde et moi" qui devrait servir de

    manuel de morale dans les écoles.

    Des sectes locales comme la Fraternité Blanche de Mariya Tsvigun, une

    ancienne fonctionnaire des Jeunesses communistes (Komsomol) qui se considère comme l’incarnation de Jésus-Christ, recrute parmi les jeunes. Les

    nouveaux adeptes vendent souvent tout au profit de la secte. Ces groupes

    "religieux" cherchent à pénétrer en particulier dans l’enseignement, l’éducation et les médias. Face à des fonctionnaires ignorants ou corruptibles,

    des mouvements plus que douteux arrivent facilement à obtenir une reconnaissance légale de la part des autorités locales. (apic/be)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus