APIC- Interview
Les relations humaines au centre de ses préoccupations
"Rencontrer les gens... leur parler de vive voix..."
Jean-Paul Federneder, pour l’agence APIC
Fribourg, 9mars(APIC) L’annonce jeudi dernier de la nomination du Père
marianiste Paul Vollmar comme nouvel évêque auxiliaire de Coire a été une
surprise pour ses confrères, comme pour les observateurs de la vie religieuse en Suisse. Responsable de la formation spirituelle des séminaristes
du diocèse de Sion et de celui de Lausanne, Genève et Fribourg, le Père
Vollmar se veut un homme de contacts, de relations humaines. L’agence APIC
a voulu connaître son itinéraire et ses préoccupations à la veille de la
nouvelle mission qui lui est confiée.
APIC: Mgr Vollmar comment avez-vous été appelé à la vie marianiste et à la
prêtrise?
Mgr Paul Vollmar: A l’âge de 15 ans, en 1949, pendant les vacances d’été,
je suis allé au collège Ste-Marie à Martigny, où vivait mon oncle Josef
Nef. J’étais malade de la tuberculose et je devais y passer un séjour de
convalescence. J’ai connu alors la vie marianiste et la vie communautaire.
Cela m’a beaucoup plus. A la fin de mon séjour, le Père Charles Enard, directeur à l’époque, m’a invité à rester une année entière. Ainsi de l’automne 49 à l’été 50, j’ai été élève au cours de français et à l’école commerciale. Avant mon départ, le Père Enard m’a demandé si la vie marianiste
m’intéressait. Je suis rentré à Constance et au printemps suivant en 1951,
j’ai répondu ’oui’ pour ensuite entrer au postulat des marianistes à Middes
dans le canton de Fribourg. Je suis allé un an à l’école normale des instituteurs de Sion, puis en 1952, je suis entré au Collège St-Michel à Fribourg. La vie de communauté et la dévotion à Marie m’ont attiré chez les
marianistes. Dans ma famille, la dévotion mariale était un aspect accentué
de la vie religieuse.
APIC: Vous avez occupé de nombreuses fonctions au sein de la communauté marianiste, notamment celle d’enseignant et jusqu’à la charge de Provincial
pour la Suisse de 1984 à 1992. Cette expérience vous sera-t-elle utile pour
la mission d’évêque auxilaire?
P.V.: Ces diverses fonctions mettaient l’accent sur les relations humaines:
avec des confrères, des communautés, des jeunes, des parents. Au fond, il y
a toujours cette relation humaine: être là pour les autres, être pasteur
des autres. C’est ce qui a caractérisé mon travail dans les écoles ou dans
les paroisses.
APIC: Ces relations humaines étaient-elles aussi présentes dans vos contacts comme directeur spirituel des séminaristes des diocèses de Lausanne,
Genève et Fribourg et de Sion?
P. V.: Certainement. La grande difficulté surgit quand il faut à nouveau
quitter une responsabilité, car très rapidement se tissent des relations
personnelles très profondes, des relations amicales. C’est le fondement de
tout rapport humain. Chrétien à plus forte raison. Avant d’aider quelqu’un
à grandir dans sa foi, il faut l’aider à mûrir dans sa personnalité humaine.
APIC: Et où se situe Dieu dans cette relation?
P. V.: Dieu est celui qui est au fond de chaque homme. Je crois que le
respect des autres a comme fondement cette conviction profonde: Dieu est
présent dans chacun, dans l’enfant, dans le jeune et l’adulte. Ce respect
est primordial dans une relation humaine et chrétienne.
APIC: Votre fonction d’évêque auxiliaire de Coire sera-t-elle, en premier lieu, basée sur la relation humaine?
P.V.: Oui. Dans les interviews, on m’a posé la question: "Pourquoi vous
a-t-on choisi?" La Radio suisse romande m’a même qualifié d’homme du centre. On peut comprendre beaucoup de choses en cela. Ce qui est certain, je
le crois, c’est que je n’ai pas d’ennemis. Je cherche à respecter chacun,
ses convictions profondes, sa conscience... Je ne pourrais pas dire que je
suis d’un côté, ni de droite ou de gauche, ni conservateur. Je cherche à
accepter chacun avec ses qualités, ses limites: je respecte chacun, ce
qu’il est dans sa dignité humaine. Il faut savoir dialoguer. Et le dialogue
suppose d’abord qu’on accepte l’autre comme un être qu’on respecte, comme
un être digne d’être rencontré...
APIC: Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre vie de marianiste?
P.V.: Ma nomination comme provincial. Je ne m’y attendais pas. Lorsque
le Supérieur général, le Père José Maria Salaverri, m’a téléphoné, je songeais à refuser. Je lui ai donc répondu par la négative. Il m’a alors conseillé: "Allez à la chapelle et vous me donnerez votre réponse plus tard".
Je l’ai fait. J’ai su après que c’est Dieu qui le voulait et qu’il serait
avec moi. Ce fut une expérience de foi très forte qui a marqué ma vie.
APIC: Pourquoi avoir songé à refuser cette charge de provincial?
P.V.: Je n’ai jamais pensé quitter l’enseignement. Un provincial-enseignant était envisageable. Mais l’administration..., non! Je ne serai jamais
un administrateur qui reste dans son bureau. Je n’aime même pas téléphoner.
Je veux rencontrer les gens, leur parler de vive voix. Ce motif m’a poussé
à d’abord dire non. Je préfère rester à un poste qui me donne la possibilité d’avoir toujours des relations humaines réelles, authentiques. (apicjpf/mp/pr)