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    L’avortement, méthode inacceptable

    APIC - Interview

    de planification des naissances

    Témoignage du Dr. Peter Schubarth, médecin à Delémont, (290894)

    consultant en planification familiale dans le tiers-monde

    Jacques Berset, Agence APIC

    Delémont, 29août(APIC) L’avortement n’est pas acceptable comme méthode de

    planification des naissances. Sur ce point-là, le Docteur Peter Schubarth,

    consultant de la DDA et de Caritas Suisse pour des projets de planification

    familiale dans le tiers monde, est en accord avec la position catholique.

    Il estime cependant que pour lutter contre le fléau de l’avortement, les

    femmes doivent avoir accès à toute la palette des moyens contraceptifs,

    aussi aux méthodes naturelles acceptées par l’Eglise. Aux femmes ensuite de

    choisir, librement.

    A la veille de la Conférence du Caire sur la population et le développement, ce médecin bâlois travaillant à Delémont explique les enjeux de la

    maîtrise démographique. Un contrôle des naissances qui peut réussir aussi

    avec des méthodes de planification familiale naturelle, "efficaces à plus

    de 90%".

    Médecin-chef adjoint de la division de médecine interne à l’Hôpital régional de Delémont, Peter Schubarth est spécialiste de médecine tropicale

    et de médecine du développement. Il a travaillé 7 ans comme coopérant de la

    DDA dans le tiers monde - au Tchad et au Népal - et consacre actuellement

    30% de son activité professionnelle comme consultant de la DDA et de Caritas pour les problèmes des pays en développement.

    Des missionnaires à l’esprit ouvert

    De confession réformée, il travaille pourtant volontiers pour Caritas et

    avec les missions catholiques dans le tiers monde. Il trouve en effet que

    les missionnaires, "hommes de terrain", ne sont pas insensibles aux nécessités vitales de la population locale. Ils adoptent par conséquent des positions pragmatiques, notamment en matière de planification familiale.

    APIC:Vous avez expérimenté sur le terrain les méthodes naturelles de contrôle des naissances...

    P.Schubarth:Au Népal, j’ai travaillé pour la DDA, dans un projet de développement intégré, qui avait un programme de planification familiale, en

    accord avec le gouvernement népalais. Ce dernier prône avant tout les stérilisations, et également la pilule ainsi que les préservatifs. Et de plus

    en plus l’utilisation de contraceptifs hormonaux à longue durée, comme le

    "Depo-Provera", ou le "Norplant", implant pouvant être efficace durant cinq

    ans, mais qui peut être enlevé en cas de grossesse désirée.

    Malgré tout cet éventail, on n’a pu pas atteindre complètement le but,

    qui est la stabilisation de la population. En effet, un certain nombre de

    femmes n’acceptent pas les méthodes artificielles. L’offre a donc été élargie aux méthodes de planification familiale naturelle (PFN, voir encadré).

    APIC:On a constaté que la méthode naturelle du Dr. Billings ne peut être

    maîtrisée dans les milieux pauvres du tiers monde.

    P.Schubarth:La méthode Billings exige des périodes d’abstinence très longue, il faut donc une motivation très importante du couple pour l’accepter.

    C’est la raison pour laquelle Mme Dorairaj (voir encadré) a modifié cette

    méthode en réduisant des deux tiers la période d’abstinence demandée. Billings est utilisée par des couples catholiques extrêmement motivés. Elle

    est d’une certaine façon élitaire, donc inutilisable à large échelle.

    Elle exige aussi des notions de calcul, la femme devant noter les changements de glaires cervicales pour connaître ses périodes fertiles. La méthode "MMM" n’exige pas que l’on prenne des notes: la femme s’observe ellemême, et cela suffit. Pas besoin de petites chaînes ou autres moyens de

    comptage pour femmes illettrées, comme cela existe avec la méthode Billings

    au Kenya, par ex. La méthode "MMM", simplification de Billings, demande

    certes une instruction de trois mois, jusqu’à que la femme maîtrise le système d’observation des glaires cervicales. Après l’instruction, elle ne

    coûte plus rien. L’on peut espérer que la "MMM" se répandra par les femmes

    elles-mêmes, de bouche à oreille.

    Un autre effet favorable, c’est que cette méthode n’a pas d’effets secondaires, sauf les grossesses non désirées. Mais l’indice de protection

    (largement plus de 90%) est tout aussi favorable que les méthodes artificielles, qui ne font pas mieux, car il y a toujours une part d’erreurs chez

    celles qui s’en servent. Je suis pour le libre choix des méthodes, mais

    l’avantage de celle-ci est qu’elle s’intègre bien dans certaines cultures,

    comme la tradition hindoue, qui connaît des périodes d’abstinence... et

    qu’elle est acceptée par le Vatican.

    APIC:Pourquoi le gouvernement népalais cherche-t-il à limiter sa population ?

    P.Schubarth:Les femmes népalaises ont entre cinq et six enfants, et la

    population double tous les 25 ans. Il y a maintenant plus de 20 millions de

    Népalais et une nécessité écologique de limiter leur accroissement: dans

    les montagnes népalaises, toute augmentation de population nécessite de

    nouveaux champs de riz, exigeant une déforestation catastrophique, avec les

    risques d’érosion et d’inondation consécutifs. La nature se venge de la

    surpopulation. C’est pourquoi le contrôle démographique est une des plus

    hautes priorités du gouvernement népalais.

    Les autorités prônaient avant tout la stérilisation, mais la DDA leur a

    proposé d’élargir la palette. Nous pensons que la planète ne peut pas supporter partout une forte poussée démographique, les terres disponibles dans

    certaines régions s’étant tellement raréfiées. J’ai vu le même phénomène

    dans les zones du Tchad où j’ai travaillé, devenues semi-désertiques alors

    qu’elles étaient totalement boisées au début du siècle. Un environnement

    fragile comme au Népal ou au Sahel ne supporte pas une forte croissance démographique. Sinon c’est la catastrophe écologique et la famine.

    APIC:Dans votre analyse, la planification familiale ne concerne pas que la

    démographie.

    P.Schubarth:Il faut voir la santé de façon globale: formation et éducation, hygiène, construction d’infrastructures sanitaires, en relation avec

    le développement économique. La planification familiale est certes importantes du point de vue démographique, mais elle est tout aussi déterminante

    du côté médical, pour la santé.

    Un simple exemple: dans le monde, annuellement, 500’000 de femmes meurent à cause de complications dues à la grossesse ou à l’accouchement. Un

    tiers d’entre elles meurent à cause d’interruptions de grossesse, des avortements avant tout clandestins, souvent faits dans de très mauvaises conditions d’hygiène. On pourrait sauver beaucoup de ces femmes ... si elles

    avaient accès à la planification familiale.

    Si une mère a une certaine garantie, par l’amélioration des conditions

    de santé et la baisse de la mortalité infantile, que ses enfants survivront, elle acceptera de limiter les naissances. Si elle sait que sur cinq

    enfants, deux vont mourir, elle en aura cinq, avec l’éventualité que les

    cinq survivent. Elle anticipera le taux de mortalité élevé.

    D’autre part, il faut voir la réalité aujourd’hui: pour moi, tous ceux

    qui s’opposent à la planification familiale doivent accepter une augmentation des interruptions de grossesse. Lutter contre l’avortement signifie

    développer la planification familiale, c’est la seule position cohérente.

    D’un point de vue personnel, je refuse totalement l’avortement comme moyen

    de planification familiale; il ne peut intervenir au plus que comme ultima

    ratio dans des cas individuels précis.

    APIC:Considérez-vous vraiment que l’explosion démographique est une menace

    écologique ?

    P.Schubarth:Quand on parle des problèmes écologiques d’un point de vue

    planétaire, il faut évidemment souligner qu’ils sont dus avant tout à une

    surconsommation dans les pays industrialisés. Et c’est sûrement un facteur

    beaucoup plus important que la croissance de la population dans le tiers

    monde. Mais quand on regarde le niveau régional, par exemple la région Népal-Inde-Bangladesh, c’est bien la pression démographique qui déclenche des

    catastrophes écologiques et des conflits.

    La maîtrise de la démographie viendra aussi de la fin de la monopolisation des richesses par les pays du Nord et l’abandon d’un mode de société

    de surconsommation qui ne paye pas à leur juste valeur les ressources des

    pays du Sud. On peut ainsi soupçonner, chez certains partisans de la limitation des naissances dans le tiers monde, la volonté non pas de diminuer

    la pauvreté, mais le nombre de pauvres, pour éviter de devoir mieux partager les ressources mondiales. (apic/be)

    Encadré

    A 47 ans, Peter Schubarth, depuis deux ans médecin à l’Hôpital régional de

    Delémont, peut faire montre d’une riche expérience. Juste après l’achèvement de ses études, en 1973, il a travaillé quatre ans au Tchad pour la DDA

    et plus tard trois ans au Népal (en 1982-85). Au retour du Népal, il a travaillé comme médecin-adjoint à l’Institut tropical à Bâle, où il a surtout

    fait le suivi de projets de santé publique sur le terrain, dans le tiers

    monde.

    Docteur en médecine de l’Université de Bâle, il a fait un séjour d’un an

    à Lausanne, pour parfaire son français; un séjour aux Etats-Unis, pour une

    maîtrise en santé publique de l’Université Johns Hopkins, de Baltimore. Il

    a travaillé aussi à l’Hôpital du Locle, à l’Hôpital cantonal de Lucerne et

    à l’Hôpital de l’Ile à Berne. (apic/be)

    Encadré

    Caritas Suisse soutient dans le tiers monde des programmes de planification

    familiale naturelle PFN, selon la méthode "MMM" (Modified Mucus Method).

    Les programmes "MMM" - une version améliorée de la "Méthode Billings" basée

    sur l’ovulation - se fondent sur les travaux du docteur Kathleen Dorairaj,

    qui a dirigé en Inde dès 1979 le programme de planning familial naturel

    avec le soutient de l’oeuvre d’entraide catholique allemande "Misereor".

    "MMM" permet de reconnaître sans accessoire et avec un taux de fiabilité

    supérieur à 90% les jours où la conception est possible, en examinant simplement la qualité de la glaire du col utérin. Cette méthode, contrairement

    à Billings, ne demande pas de savoir lire, écrire et compter - ce qui est

    déterminant quand on veut l’appliquer dans les milieux pauvres, souvent analphabètes - et ne requiert plus que quatre à cinq jours d’abstinence de

    relations sexuelles.

    Depuis 1991, Caritas soutient, à Lumpa, bidonville de la banlieue de

    Freetown, en Sierra Leone, un projet qui rassemble les femmes de 200 ménages à revenu modeste. La planification volontaire des naissances y est combinée avec l’amélioration des revenus, condition indispensable pour que le

    projet réussisse. Dans ce cadre, Caritas Suisse a déjà versé près de

    300’000 francs suisses. Environ la moitié de cette somme a été prise en

    charge par la Confédération, par le biais de la DDA, la Direction de la coopération au développement et de l’aide humanitaire. (apic/be)

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