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    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
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    Mgr Bernard Agré, évêque de Yamoussoukro, Côte d’Ivoire

    APIC - Interview

    Propos recueillis par Maurice Page, Agence APIC

    Mgr Bernard Agré, est un des pionniers de l’Eglise de Côte d’Ivoire. Fondateur du diocèse de Man en 1968, il a pris en 1992 la direction de celui de

    Yamoussoukro nouvellement créé. Face à une population en majorité animiste,

    l’évêque âgé de 64 ans est à la pointe de l’Evangélisation. Le Synode des

    évêques sur l’Afrique qui a pris fin le 8 mai est pour lui un point de départ. A partir d’une relecture de Vatican II, c’est une occasion unique à

    saisir pour donner un visage plus africain à l’Eglise.

    Beaucoup se demandent aujourd’hui que peut-on attendre de bon de l’Afrique? remarque Mgr Agré qui refuse ce pessimisme. Comme il refuse de penser

    que le Synode va tout changer comme un coup de bagette magique. L’attitude

    fondamentale est une remise en question ou plutôt une conversion pour sortir des routines rouillées. L’Eglise est une famille, elle a besoin de témoins, plus que de maîtres.

    APIC: L’inculturation était au centre du Synode. C’est un droit et un devoir pour l’Eglise africaine et non pas une concession, ont relevé les Pères synodaux. Jusqu’où peut-on aller dans le domaine des sacrements, en

    particulier le mariage?

    B.A.: L’inculturation consiste à habiller la parole de Dieu avec nos propres habits. Ce n’est pas un phénomène typique pour l’Afrique. L’Europe a

    elle-même inculturé le christianisme du Proche-Orient et issu de la tradition juive. Le cas du mariage est typique. Même s’il n’est pas conforme, il

    contient beaucoup de bonnes choses. Nous avons aujourd’hui trois mariages

    superposés: le mariage coutumier, le marige civil et le mariage chrétien.

    Il faut chercher une certaine unification. L’Occident a d’ailleurs connu un

    processus semblable, puisque dans plusieurs pays d’ancienne chrétienté, le

    mariage religieux est aussi valable sur le plan civil.

    APIC: Cela implique des modifications du droit canon?

    B.A.: Le droit canonique est la codification de la vie. De temps en temps

    on éprouve donc le besoin de le modifier. C’est aux théologiens, aux canonistes africains, aux pasteurs, de nous pencher sur le sens de la vie des

    gens, de voir ce qu’ils cherchent, ce qu’ils souhaitent. Pas pour nécessairement les contenter, mais voir ce qui est faisable, ce qui est conforme à

    la loi de Dieu, ce qui facilite les rapports humains, la communication.

    APIC: Votre diocèse de création très récente compte un grand nombre d’animistes, il s’agit pour vous d’une question primordiale?

    B.A.: La grâce de Dieu saisit les gens là où ils sont. Certains viennent au

    christianisme en étant monogames, mais d’autres sont polygames. Que faire

    avec eux? Leur donner le baptême? Leur donner les sacrements? Ce sont autant de problèmes humains et pastoraux qu’on ne peut pas trancher au couteau. Au Synode, nous avons souhaité la création de commissions permanentes

    au sein des conférences épiscopales pour se pencher sur ces questions, en

    corrélation avec Rome et avec les conférences régionales. Il faut aussi

    consulter les "hommes ressources" qui incarnent la sagesse du peuple. Ils

    sont la mémoire de la communauté et quelques fois leurs avis nuancés nous

    donnent des solutions très humaines.

    APIC: L’avenir de l’Eglise en Afrique repose sur les petites communautés de

    base dirigées par des catéchistes. Le manque des prêtres est souvent encore

    important. Ne pourrait-on pas conférer le sacerdoce à ces responsables de

    communautés?

    B.A.: Nous n’avons pas attendu le Synode pour cela. Certains responsables

    de communauté qui n’étaient pas mariés ont déjà été appelés au sacerdoce.

    Faut-il le souhaiter pour des personnes mariées? La vie nous le dira. Dans

    certaines régions la direction des paroisses est confié à des laïcs mariés,

    au Zaïre par exemple. Ces gens gardent et distribuent l’eucharistie mais ne

    célébrent pas la messe. Ils s’occupent des sépultures, de la proclamation

    de l’Evangile ou de l’homélie. Dans vos paroisses en Europe, ces tâches

    sont encore assumées presque uniquement par des prêtres, parfois des diacres. Avec le manque de prêtres elles devront aussi davantage s’appuyer sur

    les laïcs, hommes et femmes.

    APIC: Les prêtres formés dans des séminaires en ville ne sont-ils pas coupés de la base et de la communauté?

    B.A.: La formation des prêtres est revenue sur le tapis plusieurs fois au

    cours du Synode. Il s’agit d’adapter la formule aux circonstances. On peut

    peut-être considérer que des études classiques longues sont de trop. Mais

    un pasteur qui prend la Bible et qui commence à Evangéliser sans autre

    n’est pas non plus un modèle. Il s’agit d’insérer davantage les futurs prêtres dans la vie. Après la première année de théologie, les séminaristes

    sont envoyés dans les paroisses comme stagiaires pour un an. Quand certains

    reviennent, les écailles leur tombent des yeux. Le peuple chrétien veut que

    ses prêtres soient bien formés au point de vue intellectuel mais tient aussi à ce que le clergé soit proche de sa réalité.

    APIC: Inculturation signifie aussi l’autonomie?

    B.A.: Il faut voir trois sortes d’automonie pour nos Eglises. L’indépendance culturelle d’abord. C’est tout ce qui regarde la catéchèse, la liturgie,

    les structrures d’évangélisation. Ce qui sert à dire que Jésus-Christ est

    quelqu’un de chez nous. Que sa Parole a été ’digérée’ par nos cultures.

    Il y a l’indépendance au niveau du personnel pour l’ enseignement, l’encadrement, l’évaluation, la gestion. On peut pendant un certain temps importer ce personnel. Mais il faut que ces gens en forment d’autres pour les

    remplacer.

    La troisième indépendance est économique et financière. Une Eglise qui

    ne peut pas se prendre en charge financièrement reste une Eglise mineure.

    Il faut que les fidèles soient éduqués à participer, même s’ils sont pauvres. Nous ne refusons pas l’aide extérieure. Mais nous ne pouvons pas indéfiniment tendre la main. D’autant que sur place avec un peu d’imagination, de persévérance et de bonne gestion, il y a beaucoup de choses à faire.

    APIC: Le Synode a beaucoup insisté sur le thème de la justice et de la

    paix?

    B.A.: Le message final est rempli de cette réalité. L’Eglise doit être à la

    fois ’leader’ et servante attentive aux vrais besoins des personnes. En

    particulier des jeunes et les femmes. Il y a aussi l’évangélisation des milieux politiques et des décideurs administratif. Trop souvent notre apostolat ne touche pas cette dernière catégorie qui a une place importante dans

    la vie quotidienne. On ne demande pas que l’Eglise dirige les banques. Mais

    l’Eglise demande que les banques soient honnêtes. L’Eglise doit être la

    promotrice de la vie de la cité.

    APIC: La perspective de la Conférence sur la population et le développement

    du Caire en septembre a beaucoup préoccupé les évêques?

    B.A.: Il faut regarder la croissance de la population d’une façon raisonnée

    et non pas anarchique. L’Afrique n’est pas homogène. Au Rwanda par exemple

    la densité de la population est forte, mais il y a ailleurs encore de larges espaces inoccupés. C’est la confrontation avec la ville qui laisse augurer des lendemains difficiles. Nous ne sommes pas contre la limitation et

    la régulation des naissances. Nous devons avoir une paternité et une maternité responsables. Il faut voir les moyens que l’on emploie. L’Afrique traditionnelle avait des moyens tous simples, comme l’allaitement maternel qui

    était très efficace pour l’espacement des naissances. Puis sont venus les

    contraceptifs et le sida qui s’en mêle.

    Aujourd’hui on refuse de voir le côté ethique et le côté culturel. On ne

    peut pas casser les tabous culturels, il faut en tenir compte lorqu’on propose des solutions. Nous sommes assez inquiets de voir que là où les préservatifs ont été tant pronés le sida n’a pas reculé. Qu’est-ce cela veut

    dire? Le moyen employé est-il le meilleur? Alors qu’on ne dit presque rien

    sur l’autodiscipline, l’éducation, l’information objective, la fidélité au

    partenaire. Qu’on trouve tout à fait dépassé de parler de virginité. Je

    crois que sont des valeurs qu’on ne peut pas fouler aux pieds impunément.

    Il est beaucoup plus facile d’inonder nos pays de préservatifs.

    APIC: Vous dites le christianisme a passé sur beaucoup d’Africains comme un

    vernis?

    B.A.: Le christianisme a une action lente sur les peuples. Quel qu’il soit,

    l’homme porte les sequelles du péché originel. L’Europe dont le christianisme a plus d’un millénaire connaît aussi les massacres dans l’ex-Yougoslavie, sans oublier l’Holocauste. L’Europe n’a pas tellement à faire la leçon. Mais nous reconnaissons que cela va trop loin et que cela veut dire

    que nous n’avons pas assimilé le message chrétien. Nous sommes toujours en

    pays de mission. Il faut labourer et relabourer. Le christianisme doit être

    toujours un défi lancé à tous ceux qui se prétendent chrétiens. Chacun doit

    faire sa conversion. Le Synode est une occasion unique de se remettre en

    question, de relever les défis. (apic/mp)

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