APIC - Interview
un cardinal pour la Suisse
Un honneur qui rejaillit sur les évêques suisses
Un signe de confiance du pape
Sion, 30mai(APIC) Le pape Jean Paul II a élevé mercredi APIC - Interview évêque de Sion, à la dignité de cardinal. "Je suis totalement surpris
par cette nomination, a-t-il déclaré à l’Agence APIC. Il n’y a pas plus
d’un mois la Conférence des évêques suisses au complet était à Rome et aucun de nous ne se méfiait que trente jours plus tard il y aurait du rouge,
de la pourpre cardinalice".
Plutôt qu’une récompense pour ses propres mérites, Mgr Schwery voit bien
plus dans cette nomination "un signe public de la confiance du pape dans
les évêques suisses", une preuve que le courant passe toujours entre Rome
et la Suisse.
APIC:Vous prenez cette nomination avec surprise et joie...
MgrSchwery:Il m’est difficile de parler de joie parce que je risquerais
d’être mal interprété. Il y a joie humainement s’il nous arrive un événement qu’on avait prévu, qu’on attendait, qu’on espérait; il y a joie sportivement quand on marque un but. Mais quand on est prêtre ou évêque au service de l’Eglise et qu’il nous arrive une chose pareille... j’emploierais
plutôt le mot de reconnaissance, parce qu’il y a probablement une intention
de l’Esprit-Saint. En tout cas c’est l’intention du pape. Je veux reconnaître le doigt de Dieu, mais je n’exulte pas, parce que je me pose beaucoup
de questions: serai-je capable d’assumer cette tâche ? Quel travail cela
va-t-il me donner en plus ? Pourquoi moi ?
APIC:Vous voyez cela plutôt comme une nouvelle responsabilité ?
MgrSchwery:Un peu, oui. Bien que je sache que pour le pape aussi et pour
le monde, c’est conçu comme un honneur, il n’empêche que j’y vois surtout
une responsabilité.
APIC:Le pape tient à vous récompenser d’une certaine façon ? N’y a-t-il
pas quelques mérites de votre part, notamment dans votre façon de gérer
l’affaire d’Ecône ? Cela a dû vous donner un certain crédit au Vatican !
MgrSchwery:La gestion de l’affaire d’Ecône ? C’est possible : on peut
supputer beaucoup de choses. Quant à me récompenser personnellement, à ce
moment-là, le pape aurait quatre mille évêques à récompenser! En toute simplicité j’ai envie de dire: parmi les évêques suisses, il y en a onze autres qui auraient pu être choisis plutôt que moi. De fait, historiquement,
il se trouve que depuis plusieurs années je fréquente le pape d’assez près.
Il est possible que l’on trouve là une explication, parce que quand Jean
Paul II a été nommé pape, je n’étais pas encore président de la Conférence
des évêques suisses (CES), mais j’étais membre à l’époque de la Congrégation pour l’Education catholique, dont il était membre alors qu’il était
cardinal. Donc, dès le début de son pontificat, nous nous sommes rencontrés
et connus.
De nombreux contacts avec le pape
Par la suite, j’ai eu comme président de la CES deux périodes consécutives
à assumer. Dans une de ces périodes, il y a eu la visite du pape en Suisse,
ce qui suppose une quantité de rencontres préalables, puis l’accompagnement, les conclusions, etc... Pour son voyage en Suisse, au nom de la CES,
puis dans l’affaire d’Ecône, c’est un fait que j’ai eu beaucoup de relations avec le pape et qu’il m’a connu d’un peu plus près. C’est un fait.
Mais je n’y vois pas de relation de mérite.
APIC:Au-delà de votre propre personne, n’est-ce pas aussi un signe à
l’égard de l’Eglise qui est en Suisse ?
MgrSchwery:Très certainement. Pour l’Eglise qui est en Suisse, je n’hésite pas une seconde. Je ne parle pas de ma personne ni du diocèse de Sion,
mais pour l’Eglise qui est en Suisse, à mon avis, cela ne fait aucun doute
que le pape tenait à donner un signe public de sa confiance dans les évêques suisses. On a aussi besoin une fois de ce signe-là. Nous avons souvent
dit solidairement, nous les évêques suisses: "Ce n’est pas vrai qu’il y a
de telles tensions entre Rome et les évêques suisses, ce n’est pas vrai
qu’on se méfie de nous à Rome". Une bonne fois le pape donne un signe visible en disant: c’est la preuve que j’ai confiance en vous.
Un nouvel élan pour le diocèse de Sion
APIC:Votre nomination, du point de vue de Sion, va-t-elle changer concrètement les choses ?
MgrSchwery:Du point de vue de Sion, ma nomination ne change rien du
tout, en ce sens que je reste évêque de Sion et que je reste à Sion. Je serai certes plus fréquemment appelé à Rome. (...) Vous savez cependant qu’il
était question depuis une année de nommer un évêque auxiliaire. Il m’avait
même été accordé. Or j’y ai renoncé moi-même et j’ai insisté auprès du
Vatican pour que l’on accepte le retrait de ma demande, parce qu’il n’était
pas reçu, parce qu’on n’en voulait pas. Je me suis dit que ce n’était pas
la peine de forcer les gens à accepter une nouvelle structure s’ils ne sont
pas prêts. J’ai en effet entendu des réactions de plus en plus nombreuses
d’opposition. Au bout de quelques mois, j’ai essayé de faire une enquête un
peu plus serrée et j’ai constaté que la très grande majorité des personnes
consultées ne voulaient pas entendre parler d’un auxiliaire.
Par contre, du fait que je n’aurai pas d’auxiliaire et que je risque
d’avoir aussi d’autres engagements comme cardinal, il y a une conséquence:
il faudra que j’organise un peu autrement l’ordinariat avec un peu plus de
collaborateurs. A Sion, on va modifier l’organisation de l’ordinariat. Il
fallait un renouvellement, alors on va saisir l’occasion de le faire.
APIC:Peut-on dire que votre nomination en tant que cardinal va donner un
nouvel élan au diocèse de Sion ?
MgrSchwery:Je ne le sais pas. Mais comme je crois à l’Esprit-Saint et
que du point de vue psychologique et du point de vue de la dynamique j’ai
toujours prétendu - je le répète aujourd’hui - qu’un évêque, pour être bon
ou tout au moins passable, doit être enthousiaste. Quand l’évêque n’est
plus enthousiaste, il faut le remplacer, à mon avis. Il doit faire preuve
d’initiative, etc... Il y a quatorze ans que je suis évêque: qu’est-ce qui
va se passer dans mon coeur, dans ma psychologie, je n’en n’en sais rien,
je ne suis pas prophète. Mais j’espère que ce fait nouveau va me donner un
regard nouveau. Par conséquent, si je peux prendre un nouveau départ, si
j’ose dire, le diocèse devrait bénéficier d’un nouvel enthousiasme.
APIC:Concernant votre rôle dans la Conférence des évêques suisses, cette
nomination va-t-elle changer quelque chose ?
MgrSchwery: A priori, il n’y rien de changé. Il y a peut-être une préséance dans les protocoles extérieurs, mais cela ne donne aucune préséance
de pouvoir ou de juridiction par exemple. Je n’ai aucun pouvoir sur un évêque voisin. C’est un primat d’honneur, pas du tout un primat juridictionnel.
Propos recueillis par Jacques Berset