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    Le président Aristide toujours persuadé de son retour en Haïti (040394)

    APIC - INTERVIEW

    "C’est le désir profond de 90% des Haïtiens"

    Sergio Ferrari, pour l’Agence APIC

    Genève, 4mars(APIC) Près de 29 mois d’exil et une répression intense contre ses partisans - qui a déjà fait plusieurs milliers de victimes dans la

    population de l’île - n’ont pas dissuadé le président haïtien Jean-Bertrand

    Aristide de penser que son retour en Haïti reste possible. "Notre retour au

    pays est le gage de la démocratie retrouvée. Et c’est là le voeu de près de

    90% d’Haïtiens", a-t-il confié à l’agence APIC lors de son passage à Genève jeudi.

    Le président constitutionnel d’Haïti n’a pas renié ses convictions chrétiennes engagées. Il espère retrouver un jour son palais présidentiel usurpé par une junte militaire dont les méthodes répressives, saluées par les

    milieux nostalgiques du duvaliérisme, ont déjà fait près de 5’000 victimes.

    Le Père Aristide déplore cependant que l’embargo imposé par la communauté

    internationale à Haïti soit si mal appliqué - la frontière avec la République dominicaine reste largement ouverte -, et permet aux auteurs du putsch

    militaire sanglant qui l’a renversé de rester au pouvoir à Port-au-Prince.

    A son avis, la Communauté internationale ne prend pas ses responsabilités,

    car si l’embargo était réellement appliqué, même s’il fait souffrir le peuple durant une courte période, permettrait d’abréger son martyre.

    APIC: Doit-on redouter une prochaine explosion populaire en Haïti?

    J.B.Aristide:Ce qui se passe en Haïti est un génocide. Il s’agit de crise

    plus profonde encore que les précédentes dont le but est de renforcer une

    structure de répression et d’exploitation qui dure déjà depuis 200 ans.

    J’affirme cependant que le coup d’Etat est un échec d’un point de vue diplomatique et sociologique. Certes, du point de vue de la junte militaire,

    on peut le considérer comme une opération "réussie".... mais dans le sens

    du massacre et du génocide d’un peuple.

    APIC: Ce qui veut dire que les auteurs du coup d’Etat ne jouissent d’aucune

    sympathie à l’intérieur du pays et qu’ils n’ont à aucun moment été capables

    de se créer une base sociale?

    J.B.Aristide:Exactement. La hiérarchie militaire, qui n’est rien d’autre

    qu’un groupe de criminels, tient aussi bien l’armée que la population en

    otage. Je suis convaincu que ce groupuscule ne peut être à long terme plus

    fort que le peuple et que la communauté internationale.

    APIC: Certains députés haïtiens viennent de proposer un plan de paix qui ne

    fait nullement mention d’une date précise pour votre retour. Quelques secteurs aux Etats-Unis appuient cette proposition. Ne vous sentez-vous pas

    quelque peu mis sur la touche, isolé?

    J.B.Aristide:67% de la population haïtienne a voté en notre faveur en

    décembre 1990. Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que près de 90% du peuple croit possible mon retour, un retour synonyme de démocratie. Avant de

    prendre en compte "la grande politique internationale", il faut analyser ce

    que veut le peuple haïtien. Nous sommes disposés à avancer avec ceux et

    celles qui respectent notre dignité, qui acceptent le résultat des élections de 1990 et qui parient sur la restauration de la démocratie dans mon

    pays.

    APIC:Pourquoi vous opposez-vous à nommer depuis votre exil un autre Premier ministre haïtien...

    J.B.Aristide:Il n’est pas imaginable ni pensable de nommer un nouveau

    Premier ministre tout en sachant que l’ancien, qui a finalement renoncé, ne

    pouvait même pas se rendre jusqu’au palais gouvernemental en raison des menaces et de la répression. Le gouvernement ne pouvait pas gouverner. Je

    vous rappelle en outre que le ministre de la Justice a été assassiné dans

    l’exercice de ses fonctions. Je le répète, les militaires doivent respecter

    l’Accord de Governor Island signé le 3 juillet 1993 et s’en aller. C’est

    ensuite que nous pourrons alors travailler avec le peuple haïtien pour la

    naissance d’un véritable Etat de droit.

    APIC:La position des pays des Caraïbes et du gouvernement américain demeure peu claire voire ambiguë face à la crise haïtienne... Quel est votre

    sentiment à ce sujet?

    J.B.Aristide:Je vous ferai remarquer que j’aime observer et écouter, et

    que je cultive les contacts avec les Etats-Unis, la France, le Canada et la

    communauté internationale. Mais honnêtement, je vous dirai que je préfère

    regarder le peuple haïtien, qui est le principal acteur et le sujet historique. C’est à partir de lui que je regarde l’histoire. Et je suis fier de

    constater qu’il continue à lutter pacifiquement pour la dignité et le respect de ce qui est sorti des urnes. Aux Etats-Unis, nous avons des alliés

    au Parlement et dans la société.... même au gouvernement. La semaine passée

    encore, le président Clinton a réaffirmé à travers son ambassadeur au Vatican sa volonté d’aller de l’avant avec nous. Avec Clinton, nous avons dialogué durant deux heures. Notre entretien a été très intéressant.... et je

    suis persuadé que le président américain entend aller dans la bonne direction.

    APIC:Votre confiance dans le peuple haïtien est illimitée.... mais jusqu’à

    quand supportera-t-il encore cette terrible répression, cette marginalisation...

    J.B.Aristide:Il faut rester prudent. Mais on peut comprendre qu’il est

    légitime qu’un peuple puisse un jour modifier sa stratégie après avoir agi

    et utilisé tous les moyens possibles et non violents dans sa lutte. En observant la marche historique d’Haïti, il est impossible de dire jusqu’à

    quand cette stratégie se prolongera avant de se modifier.

    APIC: Vous n’excluez donc pas que la lutte devienne un jour violente?

    J.B.Aristide:Nous sommes un peuple non violent, historiquement victime

    de la violence institutionnelle. Nous optons pour agir avec les lois, parce

    que c’est là que nous sommes forts. Les militaires possèdent les armes et

    ont toujours choisi la force. Nous, il nous reste les armes de la loi, du

    droit, de l’éthique et de la non violence. (apic/traduit de l’espagnol par

    Pierre Rottet)

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