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    APIC INTERVIEW

    Georges Scherrer, Agence APIC

    Mansour Labaky, prêtre maronite libanais

    "Nous devons établir des relations sur

    des bases humaines et non pas religieuses"

    Zurich, 9 mars(APIC) Le Liban doit redevenir ce qu’il a été un jour, une

    terre de tolérance et de convivialité. Telle est du moins la volonté de

    Mansour Labaky, un prêtre maronite engagé de toutes ses forces pour la reconstruction de son pays ruiné par la guerre. Le P. Labaky, auteur de plusieurs livres à succès, est également connu comme poète, chanteur et musicien. De passage en Suisse, il a confié à l’APIC sa vision de l’avenir du

    Liban.

    APIC:Les intégristes et les extrémistes ont-ils encore la possibilité

    d’imposer leur point de vue au Liban?

    ML:Les extrémistes auront une chance s’il n’y a pas équilibre des forces,

    s’ils savent que l’Occident est lâche, qu’il n’exercera aucune pression. Je

    ne parle pas de pressions militaires, mais de pressions diplomatiques. Ils

    ont d’autant plus de chance de s’imposer que les chrétiens ne sont pas très

    bien armés et qu’il sont de plus minoritaires dans tout l’Orient. Il suffit

    qu’on les bombarde pour qu’ils viennent en Suisse ou en France, où on les

    accueille. Ils vivent mieux et finissent par dire: "tant pis".

    Je sollicite l’aide de l’Occident. Pas une aide militaire - je ne veux

    pas la guerre - mais je ne peux pas avoir la paix tout seul. Israël est

    certes minoritaire en Orient, comment peut-il donc survivre? N’est-ce pas

    par l’appui de l’Occident? Comment la Syrie a-t-elle vécu jusqu’à présent?

    N’est-ce pas par l’appui de l’Union soviétique? Pourquoi les chrétiens

    sont-ils condamnés à ne pas être appuyés? Pourquoi? C’est simple, vous dites: "L’Occident ne peut pas protéger les minorités parce qu’on ne veut pas

    faire de croisade", alors que tout l’Occident chrétien défend Israël...

    APIC:Comment se réalise la reconstruction du Liban?

    ML:Une partie de la reconstruction va être assumée par l’Etat. Il en est

    ainsi des quartiers complètement détruits: l’Etat va les reconstruire avec

    l’aide de la Banque Mondiale et des agences internationales. Quand les maisons des chrétiens sont bombardées, ce sont les chrétiens qui doivent se

    débrouiller. Ils demandent de l’aide aux oeuvres d’entraide ou à leurs parents qui travaillent à l’étranger. Il faut constater que les pays islamiques sont très généreux envers les musulmans, et que cela joue en leur faveur. Les musulmans du Liban n’auront pas besoin d’argent, parce que l’Arabie Saoudite, le Koweit, Kadhafi... leur en donnent.

    Les pays occidentaux qui se disent chrétiens n’en font pas autant. Si la

    Suisse donne quelque chose, elle le donnera au gouvernement, parce qu’elle

    ne veut pas faire de ségrégation. Si bien que les écoles chrétiennes ne seront jamais aidées par les Etats occidentaux, mais par de petites associations. Un grand mouvement de solidarité est nécessaire pour reconstruire ce

    qui a été détruit. Surtout, il faut que l’Occident investisse au Liban.

    APIC:N’y a-t-il pas un risque de division entre musulmans et chrétiens

    s’ils sont chacun d’entre eux soutenus de leur côté? Y a-t-il au Liban des

    tentatives de jeter des ponts entre les communautés ?

    ML:Bâtir des ponts? Oui bien sûr. Je fais partie d’une ligue qui veut reconstruire une église dans un village mixte musulman-chrétien. L’église a

    été détruite par les musulmans. Des chrétiens et des musulmans se mettent

    ensemble pour reconstruire cette église St-Georges à Metein, en pleine montagne, à 40 km de Beyrouth.

    Sachez qu’il n’y a pas au Liban une seule école catholique qui n’ait des

    musulmans dans ses rangs. Dans mon collège, une section comptait 4’000 élèves, dont 400 musulmans, et une seconde 1700 musulmans et 200 chrétiens.

    Nous construisons un hôpital dans le secteur de Kubaiat, l’hôpital de la

    Paix, dans un village chrétien entouré de 30 villages musulmans. Les soeurs

    Antonines maronites - très aimées de toute la population - y ont acheté un

    terrain pour construire un hôpital de 60 chambres.

    Dans le même immeuble, il y a le musulman, le juif et le chrétien. Et ça

    n’a jamais posé de problèmes. Vous, vous parlez du dialogue, vous parlez de

    la convivialité; nous, nous les vivons. Quand les étrangers viennent pour

    semer la zizanie, on a peur. Mais les musulmans ne sont pas fanatiques, la

    preuve c’est que le parlement libanais s’est toujours réuni, musulmans et

    chrétiens, même pendant la guerre.

    Les musulmans envoient leurs enfants dans des écoles chrétiennes, parce

    qu’elles sont meilleures. Il y a les soeurs, les prêtres, la discipline, et

    puis la morale. Les filles musulmanes n’aiment pas aller dans les écoles

    musulmanes parce qu’elles conçoivent mal la polygamie. De plus, le chrétien

    qui parle français représente la civilisation; il y a là un certain snobisme. Ils ne viennent pas chez les chrétiens à cause des valeurs chrétiennes,

    mais à cause d’un certain niveau de vie.

    APIC: Quand verra-t-on de nouveau le "paradis" libanais ?

    ML:L’espérance est mon instrument de travail. En tant que chrétien, j’en

    suis, si vous voulez, au samedi Saint. Mais je sais que le Liban ressuscitera et nous avons besoin pour cela d’une main secourable. Le Liban revivra... Mais il faut aussi pour cela que le problème palestinien soit réglé,

    que le nouvel ordre mondial s’établisse. Nous devons établir des relations

    sur une base humaine, non pas religieuse, parce que malheureusement, en

    Orient, toutes les fois que l’on parle de religion, on se divise. Ne discutons pas de cela; parlons d’humanisme, de relations humaines!(apic/gs/mp)

    Encadré

    Le Père des orphelins

    Mansour Labaky est né en 1940 à Baabdat. En 1976, après le massacre du village de Damour, où il est curé, il doit enterrer 500 de ses paroissiens.

    Profondément marqué par ces événements, il fonde en 1977 le foyer "NotreDame de la Joie" pour recueillir les orphelins de la guerre venus des

    quatre coins du Liban. Il est actuellement aumônier d’une maison qui s’occupe de 1’000 enfants handicapés et mutilés à Aïntoura.

    Egalement auteur de plusieurs récits et recueils de poésie pour lesquels

    il a reçu de nombreux prix internationaux, M. Labaky confie que son message

    passe aussi par le chant et la musique. Il a ainsi enregistré plusieurs

    disques, largement diffusés au Moyen-Orient. Dans ses chansons destinées

    spécialement aux enfants, il s’adresse à Dieu sans toutefois nommer JésusChrist, de façon à ce qu’elles puissent être acceptés par tous les enfants

    du Moyen-Orient.

    A son poignet, le P. Labaky porte "une montre royale jordanienne". Invité à chanter dans une école lors d’une tournée en Jordanie, le hasard a

    voulu que deux des filles du roi de Jordanie s’y trouvaient. Les chansons

    de Labaky leur ayant beaucoup plu, elles lui demandèrent de leur envoyer

    des disques. Ce que le prêtre fit. Le roi lui envoya alors en signe de gratitude une de ses montres. C’est ainsi qu’un prêtre maronite catholique libanais porte fièrement une "montre royale jordanienne". (apic/gs/mp)

    Des photos de Mansour Labaky sont disponibles auprès de "CSI Institut",

    Case postale 881, 8029 Zurich tél. 01/55 66 46

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