Jacques Berset, Agence APIC
Mgr Karel Otcenasek, évêque de Hradec Kralové, de passage en Suisse
"Le pape, un phare dans la nuit" de la persécution religieuse
Fischingen, 8septembre(APIC) Durant ces décennies de persécution religieuse en Tchécoslovaquie, "le pape fut pour nous comme un phare dans la
nuit", révèle Mgr Karel Otcenasek. L’évêque de Hradec Kralové, une ville de
près de 100’000 habitants en Bohème orientale, visitait la semaine dernière
les paroisses de Thurgovie. Pas seulement pour obtenir de l’aide matérielle
- après 40 années d’un régime si acharné à faire disparaître la foi, cela
paraît évident - mais également pour échanger des expériences et faire connaître la "grâce" qu’a été cette période d’épreuve pour l’Eglise .
"Le pape a souligné que nous devions témoigner de cette expérience et
faire connaître la ’grâce de Dieu’ reçue à l’époque, une grâce qui nous a
consolés, soutenus et affermis", remarque Mgr Otcenasek, des années durant
emprisonné puis empêché d’exercer ses fonctions. "Nous avons à préserver un
héritage spirituel que nous sommes menacés de perdre avec l’irruption d’un
pluralisme extrême, incontrôlé, avec son cortège de productions pornographiques, les sectes qui viennent de l’Ouest...C’est un vrai problème".
Le "sentiment anti-romain"
Le "sentiment anti-romain" qui se développe à l’Ouest inquiète également
l’ancien prisonnier de conscience : "Pour nous, durant les temps de la persécution, le pape était vraiment un phare dans la nuit. Nous n’avions presque plus aucun évêque en fonction et nous recherchions les paroles du pape,
les émissions de Radio Vatican". A la lumière de la persécution qu’a endurées "l’Eglise du silence", les critiques à l’encontre de Rome qui se font
jour en Occident lui sont difficilement compréhensibles.
C’est que dans les années 50, l’Eglise en Tchécoslovaquie allait subir
une vague de répression sans précédent. Les ordres religieux furent dissous
et leurs membres internés dans des "couvents de concentration" sous haute
surveillance. En avril 1950, après la communication secrète de sa nomination par le biais de la nonciature à Prague qui allait peu après fermer ses
portes, Mgr Otcenasek fut ordonné clandestinement dans la chapelle de la
résidence épiscopale de Hradec Kralové par Mgr Maurice Picha. Le vieil évêque diocésain, alors âgé de 80 ans, se trouvait en résidence surveillée et
ne pouvait déjà plus exercer ses fonctions. Le diocèse est ainsi resté près
de 40 ans sans évêque. Car la police secrète communiste, la STB, allait rapidement détecter les activités d’évêque clandestin de Mgr Otcenasek.
Après son arrestation le 1er juillet 1951 et sa condamnation à 13 ans de
prison pour "haute trahison" et "espionnage au profit du Vatican" (une accusation habituelle à l’époque", Mgr Otcenasek fut détenu durant dix ans et
demi, avant d’être libéré en 1962, à l’occasion d’une amnistie. C’est ainsi
qu’il connut de nombreuses prisons tchécoslovaques, comme le "couvent de
concentration" de Zeliv, dans le diocèse de Hradec Kralové, où il partagea
deux ans et demi ans une cellule d’isolement en compagnie du futur cardinal
Tomasek, archevêque de Prague. Il y avait à l’époque dans ce couvent-prison
plusieurs centaines de prêtres et de religieux.
Après sa libération, l’évêque interdit dut encore travailler plusieurs
années comme ouvrier dans une fabrique de lait en poudre avant d’être
autorisé à reprendre des activités pastorales. Interdit de séjour dans son
diocèse, il put travailler dans des paroisses du diocèse de Litomerice, à
la frontière avec l’Allemagne de l’Est, où la religiosité était très basse.
Il s’attira rapidement l’hostilité des autorités en raison de ses activités
avec des groupes de jeunes. C’est seulement avec la "Révolution de velours", fin 1989, que la situation put enfin se normaliser: "Jusque-là,
j’étais toujours interdit, et je n’ai même pas pu recevoir de visa pour me
rendre à Rome pour la canonisation par le pape Jean Paul II de Sainte Agnès
de Bohème le 12 novembre 1989... Après la Révolution, dans la minute suivante, je recevais mon passeport!"
Aujourd’hui que la persécution religieuse a disparu, l’Eglise en TchécoSlovaquie se trouve face à une nouvelle tâche d’évangélisation, les chrétiens étant en passe de devenir minoritaires dans la société. Selon un recensement de 1991, dans les pays tchèques de Bohème et de Moravie, les catholiques sont désormais moins nombreux que les sans confession (40 %). La
preuve que quatre décennies d’athéisation forcée ne sont pas restées sans
effet! Un défi que Mgr Otcenasek, optimiste, se promet de relever.
Encadré
Mgr Karel Otcenasek est né à Ceské Mezirici, dans le diocèse de Hradec Kralové le 13 avril 1920. Il a été ordonné prêtre le le 17 mars 1945 et consacré secrètement évêque le 30 avril 1950. Il occupe son siège épiscopal depuis décembre 1989, dans le sillage de la "Révolution de velours", après
avoir été "empêché" durant quatre décennies. Les contacts de Mgr Otcenasek
avec l’ordinariat du diocèse de Bâle et l’Eglise en Thurgovie ont débuté il
y a deux ans déjà. Il s’agissait d’une aide importante pour la reconstruction dans l’ancien collège jésuite à Hradec Kralové d’un Centre pour le
travail pastoral, l’évangélisation et l’apostolat. "Nous avons beaucoup de
choses à rattraper après 40 ans d’isolement derrière le ’rideau de fer’ et
de persécution religieuse; nous avons besoin de contacts et d’échanges pour
nous enrichir mutuellement", souligne l’évêque de Hradec Kralové. (apic/be)