Le cardinal Schwery s’exprime sur l’"affaire Haas" (180691)
"Tout n’est pas tout noir ni tout blanc à Coire"
Sion, 18juin(APIC) "Si j’étais personnellement dans la situation d’un
évêque contesté, je ne tiendrais pas le coup et je démissionnerais", a confié mardi à l’agence APIC le cardinal Henri Schwery, évêque de Sion, interrogé sur son sentiment face à l’"affaire Haas". On ne peut exercer une
charge de pasteur dans l’Eglise si l’on n’a pas la confiance des fidèles
dont on est responsable, a-t-il précisé. Mgr Schwery a en outre réaffirmé
sa conviction qu’il faut une meilleure information et une plus grande
transparence dans l’Eglise.
"Mes affirmations ne prouvent rien concernant objectivement la personne
(Mgr Haas). Elles n’impliquent aucun jugement de valeur ni sur le contenu
des problèmes, ni sur l’attitude de Mgr Haas", a tenu à préciser le cardinal. Cependant, a-t-il relevé, la situation est grave et "il est évident
que tout n’est pas tout noir ni tout blanc, d’un côté comme de l’autre.
S’il y a problème du côté de Coire, c’est tellement compliqué, par conséquent laissez-nous faire notre travail et on verra comment on s’en sort, si
on s’en sort". "Quand je dis ’nous’, je ne suis pas aux premières loges:
c’est Mgr Rauber qui a été désigné comme délégué pontifical", a-t-il ajouté.
Tenir compte de la réalité suisse
Selon Mgr Schwery, la nomination d’un administrateur apostolique pour la
région de Zurich a déjà été évoquée par les évêques suisses pour débloquer
la situation dans le diocèse de Coire. "Mais cela ne peut pas se faire du
jour au lendemain, ne serait-ce que parce qu’il nous faut tenir compte non
seulement de Rome et de Coire, mais des Suisses". "On ne peut pas faire ce
qu’on veut en Suisse: il y a les autorités politiques, une Constitution fédérale et pour le moment on ne respecte pas les droits de l’homme en Suisse
par rapport aux catholiques: on n’a pas le droit de modifier les frontières
d’un diocèse". Pour installer un administrateur apostolique à Zurich, "il
faut non seulement convaincre le Saint-Siège et voir comment la chose est
acceptée ou pas par l’évêque de Coire, mais il faut encore que les Zurichois l’acceptent, que les réformés ne montent pas aux barricades et que le
Conseil fédéral ne vienne pas nous dire que l’on est en train de violer la
Constitution".
Mgr Schwery réclame plus d’information et de transparence dans l’Eglise.
Comment ? "Les premiers moyens de participation se situent au niveau des
conseils mis en place depuis le Concile: les conseils pastoraux, de paroisse, diocésains,... Ils devraient exister davantage et avoir plus de compétences". La situation actuelle n’étonne pas l’évêque de Sion, conscient que
"depuis des générations, la direction des paroisses est essentiellement
cléricale. Il y a une quantité de choses qui se font dans les paroisses
pour lesquelles le sacrement de l’ordre n’est pas nécessaire". Concrètement, le cardinal plaide pour une plus grande présence des femmes au sein
des conseils pastoraux, "l’écrasante majorité" des présidents étant des
hommes: en fait, il faut faire évoluer les habitudes sociales. Mais en parlant de démocratie dans l’Eglise, si l’on évoque le sacerdoce des femmes,
on se situe par contre dans le domaine théologique et non dans le domaine
de la participation. (apic/cor)
Propos recueillis par Geneviève Cornet