APIC - Interview
Prendre en compte l’héritage spirituel de 11 siècles de christianisme
Frantisek Sykora, Agence APIC
Bratislava, 11août(APIC) Après plus de quarante années de dictature communiste, le climat entre l’Eglise et l’Etat en Slovaquie se normalise et
l’Eglise entend bien récupérer une partie de ses biens spoliés après la
prise de pouvoir des communistes en Tchécoslovaquie, lors du "coup d’Etat
de Prague" du 25 février 1948. Dans une interview accordée à l’agence APIC,
Augustin Marian Huska, vice-président du Parlement slovaque, souhaite que
le programme de son gouvernement prenne en compte les 11 siècles d’héritage
chrétien en Slovaquie. A. M. Huska est membre du parti du premier ministre
Vladimir Meciar, le Mouvement pour une Slovaquie démocratique.
Durant la période communiste, l’Eglise slovaque - qui possédait de
grands domaines et des forêts - n’a pu conserver que les églises et a dû
les maintenir sans grands moyens, d’où leur délabrement actuel. Quelques
églises furent même transformées en salles de concert et seuls les monuments historiques furent entretenus par l’Etat. Aujourd’hui, il y a une
discussion parmi les évêques slovaques pour savoir si l’Eglise doit
récupérer l’ensemble de ses propriétés ou plutôt recevoir de l’Etat un
loyer annuel pour les propriétés perdues.
Concernant le rétablissement d’écoles catholiques, les avis sont également partagés au sein de l’Eglise. A la base, des catholiques zélés aimeraient en fonder le plus possible, alors que d’autres rappellent l’absence
de moyens financiers et surtout le manque de personnel enseignant qualifié.
En effet, les professeurs ont été formés durant la période communiste et
les catholiques pratiquants étaient exclus du domaine de l’éducation.
APIC:M. Huska, en tant que vice-président du Parlement slovaque, comment
jugez-vous les relations actuelles entre l’Eglise et l’Etat slovaque ?
A.M.Huska:Après des décennies d’athéisme militant et de répression contre les Eglises, il y a maintenant la liberté religieuse dans notre pays.
Mais on doit retisser les liens déchirés entre l’Eglise et l’Etat, tout en
abandonnant l’empiètement tutélaire de l’Etat. Personnellement, et notre
mouvement politique est aussi dans cette ligne, nous basons tout notre programme sur la prise en considération d’un héritage chrétien de 11 siècles.
Je suis persuadé qu’une société moderne ne peut pas fonctionner avec succès
si elle refuse sa propre expérience spirituelle et celle des autres. Le
peuple slovaque s’est distingué par sa profonde religiosité et elle fut
pour lui un refuge spirituel durant les périodes d’oppression nationale.
Il y a deux manière de régler les relations entre l’Eglise et l’Etat,
soit une séparation claire de l’Eglise et de l’Etat, soit l’édification
d’un Etat moderne laïc, qui établisse un concordat avec le Vatican et des
accords avec le Conseil oecuménique des Eglises (COE). Je suis partisan de
cette deuxième solution.
APIC:Quelle position avez-vous en ce qui concerne la restitution des biens
ecclésiastiques confisqués par l’Etat ?
A.M.Huska:Je suis partisan que l’on rende aux Eglises tous les biens
immobiliers (églises, couvents et bâtiments d’institutions caritatives).
Quant aux propriétés foncières (champs et forêts), elles devraient rester
aux mains de l’Etat. En contrepartie, l’Etat allouerait - en guise de location - un montant financier pour la reconstruction des bâtiments et les dépenses pour le personnel ecclésiastique. Les communautés religieuses
doivent pouvoir récupérer leurs couvents et les jardins attenants, pour
rendre possible la réalisation de façon moderne de la maxime "Ora et
labora".
APIC:La loi permet de fonder des écoles confessionnelles, mais il y a des
problèmes dans plusieurs endroits...
A.M.Huska:Les tensions entre la société laïque et profane et l’école
confessionnelle sont les suites amères de la persécution. Mais parfois aussi, ce sont les conséquences d’une remise sur pied trop précipitée et sans
égard des écoles confessionnelles. Le consensus entre les parents et les
écoles de l’Eglise est la condition préliminaire pour une compréhension mutuelle. On doit préférer la qualité à la quantité. Je considère l’instruction religieuse dans les écoles publiques comme plus importante que la possibilité garantie de fonder une école confessionnelle.
Mais ces tensions ont aussi d’autres causes: l’athéisme militant persiste, masqué, et cherche à gagner de l’influence dans une société insécurisée
en faisant obstacle aux écoles confessionnelles et à leurs partisans trop
zélés. Les écoles de l’Eglise deviendront certainement des écoles sélectionnées; ainsi, elles ne feront pas une concurrence directe aux écoles publiques, mais les compléteront. (apic/fs/be)