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    Algirdas Saudargas, ministre des Affaires étrangères (140191)

    APIC Interview

    de la République de Lituanie, s’attendait au pire

    "Il est dangereux pour nous de rester au sein de l’URSS"

    Vilnius, 14janvier(APIC) "Nous voulons quitter l’URSS, nous voulons sortir de cet empire; c’est dangereux pour notre peuple de rester au sein de

    l’Union soviétique", déclarait récemment à l’Agence APIC Algirdas Saudargas, le jeune ministre des Affaires étrangères de la République de Lituanie. Ce démocrate-chrétien de 42 ans - qui se trouve actuellement en Pologne - s’est déclaré dimanche prêt à former un gouvernement lituanien en exil

    si les autorités légitimes de Vilnius sont dans l’impossibilité de remplir

    leurs fonctions.

    "Je m’attends à un hiver froid, et pas seulement du point de vue atmosphérique", nous déclarait-il de façon prémonitoire il y a quelques semaines

    en lançant un appel à la vigilance au monde occidental. "L’Ouest doit sortir de sa réserve, car dans l’histoire, l’URSS a toujours montré que sa politique était imprévisible et que l’on ne pouvait exclure l’usage de la

    force".

    "Pas question de renoncer à notre liberté"

    Dans son message au monde occidental, Algirdas Saudargas affirmait :

    "Nous sommes les premiers intéressés par la stabilité de l’URSS, car nous

    sommes ses voisins et devrions en payer les premiers les conséquences. Sous

    prétexte de ne pas déstabiliser Gorbatchev, devrait-on renoncer à notre liberté ?" "Nous ne comprenons pas les réticences de l’Ouest, parce que c’est

    une attitude égoïste et naïve!".

    Un peuple à la croisée des chemins

    Le peuple lituanien a une culture propre, profondément enracinée dans la

    culture balte, on peut le voir dans son folklore, constate A. Saudargas.

    Mais, "étant donné notre position géostratégique en Europe, nous avons toujours été à la croisée des chemins : comme catholiques romains, nous sommes

    liés à l’Europe centrale et occidentale; mais par notre destin historique,

    nous sommes également imprégnés de la culture russe - pas au niveau politique, mais plus profondément. Nous sommes intéressés à Dostoïveski, Soloviev...". La Lituanie a également été influencée par les pays nordiques, et

    dans le futur, prévoit A. Saudargas, il est possible que le pays aura plus

    de relations avec les pays nordiques, mais cela concerne davantage la Lettonie et l’Estonie, deux nations majoritairement protestantes.

    La Lituanie a eu des problèmes dans le passé avec la Pologne, relève-til, mais Vilnius a maintenant des contacts très étroits au niveau diplomatique; en Lituanie même, il y a cependant un problème avec la minorité polonaise (7 à 8 % de la population), comme avec la minorité russe (près de

    10 %). "Ce n’est pas tellement le fait que ces gens soient Polonais ou Russes, mais le fait qu’ils soient influencés par les forces soviétiques, sous

    la coupe de la nomenklatura". Il accuse le Parti communiste d’Union soviétique (PCUS) en Lituanie - qui s’est séparé du Parti communiste lituanien,

    qui a voté pour l’indépendance - de travailler en cheville avec l’Armée

    rouge et le KGB et de manipuler les minorités russophones à travers des organisations comme "Yedinstvo" et "Interfront".

    "Si le PCUS était vraiment fort, nous ne serions pas ici maintenant à

    parler, nous disait-il alors; mais ils sont encore trop forts!" "Notre indépendance est encore très récente, et la propagande soviétique est efficace; nous espérons convaincre les minorités dans le futur et résoudre ce

    problème de façon pacifique, même si notre héritage soviétique est plus

    lourd que la Roumanie ou la Bulgarie. Ici, pas une goutte de sang n’a été

    versée pour des motifs politiques", soulignait-il encore récemment. "Nous

    avons assez versé de sang, assez souffert, nous n’avons pas d’autre choix

    que la solution pacifique. Mais dans cette voie, nous sommes absolument

    convaincus d’obtenir l’indépendance totale. Rien ne pourra nous arrêter,

    sauf la force des armes, car nous n’avons pas d’armée!" C’était quelque

    temps avant la nuit sanglante de samedi à dimanche! (apic/be)

    Propos recueillis par Jacques Berset

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