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    Rencontre avec le vice-premier ministre roumain Mihai Draganescu (070390)

    APIC INTERVIEW

    "La Roumanie veut faire partie du club des démocraties"

    Bucarest, 7mars(APIC/Jacques Berset) Des blindés forment une chaîne ininterrompue autour du siège du gouvernement provisoire à Bucarest, et il faut

    désormais montrer patte blanche pour rencontrer les nouveaux responsables

    du Conseil Provisoire d’Union Nationale (CPUN) depuis que la foule en colère a saccagé en février dernier les locaux du gouvernement et malmené les

    responsables présents. Encore sous le choc de cette attaque, le vice-premier ministre Mihai Draganescu nous affirme qu’il n’est pas possible en

    cette période de transition de tout changer du jour au lendemain. Mais la

    Roumanie veut faire partie du club des démocraties, assure-t-il, et "nous

    voulons entrer en Europe par la porte d’entrée".

    Président de l’Académie roumaine, l’ingénieur électronicien Mihai Draganescu a été catapulté au sommet de l’Etat roumain par la Révolution de décembre et il est actuellement vice-premier ministre. Il retournera à l’enseignement après les élections générales de mai prochain. Ces dernières années, Mihai Draganescu avait été peu à peu marginalisé par le clan Ceaucescu - "on a renoncé à moi comme homme politique" - parce qu’il voulait introduire les nouvelles technologies en Roumanie, notamment l’informatique.

    "L’automation et l’informatisation, souligne-t-il, obligent à réduire le

    temps de travail; les gens ont ainsi plus de temps pour penser et s’informer, c’était l’une des raisons de l’allergie de Ceaucescu aux nouvelles

    technologies".

    Après les massacres de Timisoara, dans le but de redorer le blason de la

    Roumanie, le régime a cependant tenté d’utiliser son nom, car il est connu

    au-delà des frontières du pays, notamment en tant que membre de plusieurs

    Instituts à l’étranger; il a été nommé en 1971 Commandeur de la Légion

    d’Honneur. Il a refusé avec plusieurs collègues de signer une déclaration

    de soutien au dictateur. Dans une interview accordée à l’agence APIC, Mihai

    Draganescu assure que la Roumanie désire ardemment devenir une démocratie,

    garantissant les libertés et les droits de l’homme, notamment en matière

    religieuse.

    APIC: Quel visage va prendre la nouvelle Roumanie dans le domaine des libertés et des droits de l’homme ?

    M.Draganescu: Après la Révolution de décembre, la Roumanie est devenue un

    pays libre et, en ce qui concerne les droits de l’homme, nous allons les

    respecter conformément aux conventions internationales. Nous allons respecter la dignité de chaque citoyen, nous aurons des élections libres garanties par le gouvernement, le Conseil Provisoire d’Union Nationale (CPUN) et

    nous allons même jusqu’à accepter des observateurs étrangers. C’est mon

    plus profond désir de voir mon pays tout à fait libre, de voir chaque citoyen pouvoir dire son opinion sur n’importe quelle question, de voir aussi

    la science et la culture roumaines libres pour faire progresser mon pays.

    Je désire également la liberté économique pour les entreprises et je suis

    très optimiste concernant le futur de la Roumanie de ce point de vue.

    APIC: La liberté religieuse, avec l’arrivée au pouvoir des communistes, a

    été abolie, car les dirigeants considéraient la religion comme l’opium du

    peuple, quelque chose d’arriéré et de dépassé. Le nouveau pouvoir va-t-il

    profiter de l’apport des Eglises en matière de morale, de valeurs, dans une

    société qui recherche de nouveaux repères éthiques ?

    M.Draganescu: Bien sûr, nous avons besoin des Eglises pour le renouveau

    des valeurs morales dans la vie publique en Roumanie, pas seulement dans la

    vie spirituelle de chaque homme. Nous avons certes aussi des philosophes

    chez nous qui pensent le monde en-dehors de la religion, mais la plupart

    des gens en Roumanie sont religieux. Nous n’allons pas seulement respecter

    leur religiosité, mais soutenir les Eglises, pour que la vie spirituelle se

    développe. Vous avez raison de dire que la religion a été opprimée sous

    l’ancien régime, mais nous pensons que c’est fini pour toujours.

    APIC: Il reste cependant l’épineux problème de l’Eglise gréco-catholique

    uniate dissoute en 1948 et intégrée à l’Eglise orthodoxe. Même si les décrets de dissolution ont été abolis fin décembre dernier, les catholiques

    de rite byzantin n’ont toujours pas récupéré leurs biens et leurs églises

    et il existe toujours des messes célébrées "dans les catacombes", faute de

    lieux de culte.

    M.Draganescu: On aura un partage des églises, ce qui est normal. Les deux

    Eglises négocient actuellement et nous espérons qu’elles arriveront à des

    solutions communes parce que toutes deux ont travaillé ensemble dans le

    passé pour le bien de la Roumanie. Je suis confiant que ce partage se fera

    dans les meilleures conditions.

    APIC: Il n’empêche que durant 42 ans, les uniates ont été intégrés de force

    à l’orthodoxie ou ont dû, pour rester catholiques, soit fréquenter des

    églises catholiques de rite latin, soit pratiquer leur foi dans la clandestinité. De nombreux prêtres et tous les évêques de rite byzantin ont été

    arrêtés et sont morts en détention ou en résidence surveillée. Il existe

    donc un contentieux sérieux entre les deux Eglises.

    M.Draganescu: Oui, c’est vrai, mais dans ces négociations qui ont déjà

    commencé, nous voulons que la population apporte aussi sa contribution. En

    effet, ces deux Eglises sont roumaines, et de la part du gouvernement, nous

    ne pouvons favoriser une Eglise ou une autre. Mais dans cet esprit de décentralisation de notre pays que nous voulons maintenant, il faut laisser

    les Eglises négocier elles-mêmes, et ne faire appel à l’Etat comme arbitre

    que dans les moments critiques, s’il en arrive.

    APIC: Ce qui est proposé - le recensement des fidèles ou le référendum pour

    savoir à qui attribuer les églises confisquées aux uniates - n’est pas accepté par l’Eglise gréco-catholique, qui affirme que ses biens ont été pris

    sans référendum, et qu’ils doivent être rendus de la même manière.

    M.Draganescu: On verra ce que fait le ministre des cultes; vous savez que

    l’Eglise gréco-catholique est reconnue en Roumanie et qu’il y a des problèmes concernant le patrimoine des deux Eglises, et comme nous sommes désormais en démocratie, nous ne pouvons forcer les gens à faire partie d’une

    Eglise ou d’une autre. Cela dépend aussi de la population, mais ce que je

    désire, c’est qu’elle ne soit pas forcée dans un sens ou dans un autre. Je

    ne vois cependant aucun inconvénient pour l’Etat roumain que les deux Eglises existent et souhaite qu’elles arrivent à collaborer pour le bien du

    peuple roumain.

    APIC: C’est donc bien fini, cette collusion entre le Patriarcat de l’Eglise

    orthodoxe et l’Etat roumain ?

    M.Draganescu: Oui. Nous attendons de grands changements dans les structures de l’Eglise orthodoxe de Roumanie. Nous aurons un nouveau Patriarche,

    mais maintenant, l’Etat ne peut plus imposer de candidat, comme il ne peut

    plus dicter qui sera le président de l’Académie roumaine. C’est fini tout

    cela. Le bureau chargé de la surveillance des Eglises, sous l’égide de la

    Securitate, a été dissous et nous avons formé un vrai ministère des cultes.

    (apic/be)

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