APIC-Interview (230789)
plaide pour les Palestiniens des Territoires occupés par Israël
En premier ligne, les chrétiens
Paris, 23juillet(APIC/Marie-Jo Hazard) 300’000 enfants sont menacés d’analphabétisme. Depuis 18 mois, la situation ne cesse de se dégrader dans les
Territoires occupés par Israël. Dans toute la Cisjordanie, à l’exception de
Jérusalem, les écoles sont fermées. La Croix-Rouge avance également le
chiffre de 16’000 Palestiniens actuellement emprisonnés, soit 10% de la population palestienne, et de plus, tous les hommes adultes ont fait de la
prison. Dans les hôpitaux, on compte actuellement quelques 3’500 blessés,
le plus souvent par balles en plastique. Ces blessés sont souvent des enfants. Les aînés sont en prison, et ce sont les enfants qui, maintenant,
jettent des pierres... L’homme qui parle ainsi connaît bien Israël et les
Territoires occupés : directeur de l’Ecole biblique de Jérusalem, le Père
Tournay, dominicain, est arrivé dans le pays, voilà 50 ans. De passage en
France, il a accordé une interview à l’agence APIC.
Le Père Tournay a vu se créer l’Etat d’Israël qui, à l’origine, dit-il,
"devait être un Etat refuge pour les rescapés de l’holocauste, et non pas
la restauration du Grand Israël!" Une restauration qui conduit certains responsables israéliens à vouloir, relève le Père Tournay, "chasser les Arabes par tous les moyens! - même par la chambre à gaz ?" a demandé le dominicain à un interlocuteur israélien. Stupeur!...
Parmi les Palestiniens des Territoires occupés, il en est, estime le
Père Tournay, qui souffrent plus que d’autres de la situation actuelle. Ce
sont les chrétiens. La première raison que le religieux voit à cet état de
fait, c’est que "les musulmans sont, le plus souvent, des villageois; alors
que la majorité des chrétiens vivent dans les villes. Dans les villages, on
arrive toujours plus ou moins à se débrouiller : on est propriétaire de sa
maison, on cultive un jardin... En ville, les gens sont locataires, ils
subissent de plein fouet la crise actuelle et ont de plus en plus de mal à
payer leur loyer. Les chrétiens vivent souvent de chèque reçus de
l’étranger, que leur envoyent les membres de leur famille qui ont quitté le
pays". Il devient de plus en difficile, pour les citadins, de trouver du
travail, d’autant plus que, précise le Père Tournay, les personnes qui ont
été arrêtées sont ensuite repérées par un signe sur leur carte d’identité :
les éventuels employeurs n’osent souvent plus les embaucher, et il ne leur
reste plus qu’à partir.
"Depuis des années, nous cherchons une solution, notamment en essayant
de procurer aux gens qui en ont le plus besoin des appartements à loyer modéré. Mgr Lutfi Laham, l’évêque melkite de Jérusalem, les franciscains,
moi-même... nous nous y employons activement. Mais c’est très difficile!",
reconnaît le Père Tournay.
Quant aux jeunes chrétiens, coincés entre deux intégrismes - juif et
musulman - ils n’ont plus beaucoup d’espoir : nombreux sont ceux qui
envisagent de quitter le pays. Les chrétiens sont minoritaires, et leur
nombre ne cesse de baisser : "il faut chercher à les stabiliser, à leur
rendre l’espoir, afin de maintenir dans le pays une présence chrétienne!"
affirme le Père Tournay.
Que pense-t-il de l’appel au meurtre par Ariel Sharon, ministre israélien du commerce et de l’industrie, contre Yasser Arafat ? "Arafat, c’est
un symbole. En le tuant, ils veulent anéantir l’OLP. Mais l’OLP, pratiquement, c’est tout le peuple palestinien!", conclut le Père Tournay.
(apic/mjh/bd)