Nicaragua: "le peuple a voté avec un pistolet sur la poitrine" (080390)
Les millions de dollars reçus par l’opposition ont faussé
le résultat des élections, affirme le P. Fernando Cardenal
Managua, 8mars(APIC) Si la présence au Nicaragua de plus de 3’000 observateurs étrangers durant le scrutin ont assuré la régularité des dernières
élections, les millions de dollars versés par l’administration Bush à la
candidate de l’opposition Violeta Chamorro en ont faussé les résultats, affirme le Père Fernando Cardenal, ministre de l’Education du Nicaragua. Dans
une interview accordée à l’agence APIC, il déplore que le peuple nicaraguayen a dû voter "avec un pistolet sur la poitrine".
Le Père Cardenal estime que ce n’est pas un vote "contre-révolutionnaire" qui est sorti des urnes, ni un vote contre le sandinisme, mais un vote
de faim, de peur face au service militaire, de peur que la guerre continue.
"Le président Bush a trompé les Nicaraguayens. Il leur a dit: "Voilà ma
candidate, madame Violeta Chamorro. Avec elle va arriver la prospérité".
Concernant la régularité des élections le ministre de l’Education relève
que "tout ce qui dépendait du Conseil Supérieur Electoral, de l’Assemblée
nationale et du gouvernement s’est passé normalement. Ils ont tout fait
pour rendre ces élections honnêtes et propres... Aucun pays indépendant n’a
jamais invité autant d’observateurs." "Ce qui n’est pas normal, en revanche, souligne-t-il, c’est que le peuple a dû voter avec un pistolet sur la
poitrine, imposé par l’impérialisme qui disait: ’Si tu ne votes pas pour
Violeta, nous allons maintenir l’embargo, nous allons continuer la guerre,
avec, comme conséquences, la misère et le service militaire’". "Dans de
telles conditions, il ne peut y avoir d’élections libres", poursuit-il. Selon lui, les dollars du gouvernement nord-américain ont été utilisés par
l’UNO pour acheter des votes.
Et le Père Cardenal de faire remarquer que les vainqueurs n’ont pas célébré leur victoire: "Managua paraissait un cimetière. Toute la semaine a
été ainsi. Le peuple semblait triste d’avoir donné son vote à l’UNO".
La hiérarchie catholique favorable à l’opposition
Le prêtre-ministre, dont le Vatican avait demandé la démission (le droit
canonique interdisant aux prêtres d’occuper de telles fonctions politiques), pose également un regard sévère sur le rôle joué durant la campagne
électorale par la hiérarchie catholique et notamment par le cardinal Obando
y Bravo, archevêque de Managua. "Elle a joué un rôle très triste, affirmet-il, et j’ai de la peine en constatant qu’elle a défendu les intérêts de
l’oligarchie - qui a défendu la contra - contre les intérêts du peuple. Même si ces derniers mois, c’est-à-dire depuis que la contra a été vaincue,
la position du cardinal Obando est devenue beaucoup plus conciliante". Du
reste, relève le prêtre, la veille des élections, le cardinal a béni publiquement Violeta Chamorro. Ce dont a profité le quotidien "La Prensa" qui en
a fait la une pour que les gens votent pour elle.
Que va faire, au lendemain des élections, l’actuel ministre de l’Education? "Mon engagement n’a pas été d’être ministre de l’Education, mais de
lutter. D’abord pour faire la révolution sandiniste, ensuite pour la consolider depuis le gouvernement, et maintenant pour que les conquêtes de la
révolution qui ont été données au peuple se maintiennent. Nous continuerons
notre engagement révolutionnaire avec le peuple, parce que la révolution
n’est pas morte; elle vit. La révolution sandiniste a perdu le gouvernement
mais n’a pas perdu le pouvoir. Elle est plus forte que jamais". Tout cela,
explique le ministre, "je l’ai fait comme prêtre. Je ne fais aucune
séparation dans mon travail. Tout ce que je fais, je le réalise à la fois
comme homme, comme Nicaraguayen, comme révolutionnaire et comme prêtre.
La coopération internationale et la solidarité doivent se poursuivre
L’UNO ne mettra-t-elle pas en cause les acquis de 10 ans de révolution,
étant donné qu’elle a déjà annoncé qu’elle mettra fin à la distribution
gratuite de lait aux enfants? Les acquis - la réforme agraire, la santé et
l’éducation, entre autres, sont des conquêtes populaires, répond le ministre. "En dix ans, le peuple est devenu un agent actif à tous les niveaux de
la direction de l’Etat. La participation n’est pas seulement une conquête
formelle, c’est la concrétisation du mot démocratie qui est si galvaudé".
De plus, poursuit le prêtre, "certaines conquêtes sont inscrites dans la
Constitution. Et celles-là ne peuvent être enlevées au peuple parce que
l’UNO n’a pas un nombre suffisant de députés pour modifier la Constitution.
Nous utiliserons tous les mécanismes à disposition dans la Constitution
pour garantir que le gouvernement respecte la volonté populaire".
Pour le prêtre-ministre, le travail des coopérants étrangers et des brigades de solidarité doit continuer, même compte tenu du risque d’une récupération politique de la part de l’UNO. "La coopération ne servait pas un
gouvernement mais un peuple. Le peuple du Nicaragua continue à avoir besoin
de la coopération internationale. Peut-être que les mécanismes, les formes
changeront. Peut-être que les donations ne passeront plus par les ministères et qu’elles se feront directement aux populations concernées. Mais avec
un gouvernement qui va apporter le chômage, la douleur, la faim, la restriction des services sociaux, de santé et d’éducation, la solidarité internationale doit se manifester plus que jamais", conclut le Père Fernando
Cardenal. (apic/op/pr)