APIC - Interview
Conférences épiscopales d’Europe.
"Avoir le courage de croire" (291191)
Milan, 29novembre(APIC) A l’occasion du synode spécial sur l’Europe, qui
se tient actuellement à Rome, le Cardinal Carlo Maria Martini, président du
Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), à répondu aux
questions de l’APIC sur la nouvelle évangélisation.
APIC: Comment définissez-vous de votre point de vue la nouvelle
évangélisation?
Cardinal Carlo Maria Martini (CM): Je voudrais avant tout dire comment je
ne la définis pas. Il ne s’agit pas d’un recommencement dès le début, d’une
évangélisation comme si l’Europe n’avait jamais été christiannisée, il ne
s’agit pas non plus de jeter par dessus bord tous les baptisés tièdes pour
se limiter à une élite de fervents. L’évangélisation de l’Europe doit tenir
compte de l’histoire passée et proclamer dans le présent la bonne nouvelle
du salut. Ce message est toujours nouveau pour l’homme, particulièrement
aujourd’hui dans une ambiance indifférente et sécularisée où on ne doit pas
le proclamer avec des termes vieillis qui ont perdu leur sens. On doit
croire que le Seigneur parle à l’homme contemporain, avec la même force et
la même nouveauté qu’aux hommes et aux femmes d’il y a deux mille ans.
APIC: Estimez-vous que l’ancienne évangélisation de l’Europe a été un
échec?
CM: Nous sommes les enfants de l’ancienne évangélisation de l’Europe: Elle
n’a pas été un échec dans le sens que beaucoup de gens aujourd’hui encore
vivent leur foi dans la joie et désirent évangéliser. On doit se préparer à
proclamer l’Evangile dans les situations nouvelles. Une nouvelle
évangélisation est nécéssaire pas simplement à cause de l’augmentation du
nombre de non baptisés et des baptisés qui ne pratiquent pas, l’urgence
d’annoncer le Christ ne découle pas d’une situation de difficulté, mais de
la force de la Parole salvatrice et de la surabondance du coeur. Aussi
longtemps que cette surabondance durera, l’évangélisation durera, même si
les circonstances sociales et culturelles sont nouvelles, comme
actuellement en Europe on peut parler d’une nouvelle qualité
d’évangélisation ou de façon abrégée de nouvelle évangélisation.
APIC: Comment jugez-vous la situation spirituelle de l’Europe aujourd’hui?
CM: Il serait prétentieux de vouloir la juger en peu de mots. En Europe
vivent ensemble un monde empreint d’une foi profonde et d’une pratique
chrétienne intense et un monde indéfférent et parfois même allergique à la
foi. La situation spirituelle est donc celle du contraste et de la lutte
pour la foi, analogue à celle qui est décrite dans le Nouveau Testament.
APIC: Quelles sont à votre avis les tâches que les Etats, les
gouvernements, les sociétés doivent accomplir pour que l’Europe retrouve
ses racines chrétiennes?
CM: Il me semble que la question confond plusieurs choses. Les Etats, les
gouvernements et les sociétés ont des tâches et des compétences
différentes. Ils ne leur appartient pas prioritairement de retrouver les
racines chrétiennes de l’Europe, mais de travailler activement pour le bien
commun. Cependant aussi bien que le bien commun de l’Europe s’est développé
au cours des siècles sous l’influence de la prédication évangélique, une
mise en oeuvre résolue du bien de l’Europe ne peut pas être séparée de la
force vive du christianisme.
APIC: Les Eglises d’Europe peuvent-elles parler de nouvelles évangélisation
de façon crédible alors qu’elles sont encore séparées?
CM: L’évangélisation est l’oeuvre du Christ et de l’Esprit-Saint et les
Eglises peuvent évangéliser tant qu’elles annoncent le Christ par la force
de l’Esprit-Saint. Naturellement cette proclamation sera d’autant plus
valide et plus forte que nous nous laisserons réunir par le Christ et
sensibiliser par la force de l’Esprit-Saint.
APIC: Quels sont les défis auxquels l’Eglise doit faire face aujour’hui?
CM: Ces défis sont présents à tous les niveaux et dans tous les secteurs de
la vie. Mais il y a cependant un défi fondamental qui est résumé très
justement dans le titre d’un livre du cardinal Lustiger: "Ayez le courage
de croire!".
APIC: Certains milieux craignent que cette nouvelle évangélisation ne cache
une croisade catholique contre une société sécularisée et évoquent les
risques de mettre en danger l’oecuménisme...
CM: La société européenne est consciente de ses maux et de sa dégradation.
Elle a besoin de toutes les forces saines et de l’union oecuménique de tous
ceux qui ont la foi.
APIC: Quel rôle les nouveaux mouvements d’Eglise ont-ils à jouer?
(Focolari, Communion et Libération, Opus Dei...)
CM: Ils doivent, comme tous les autres mouvements d’Eglise ne pas penser
uniquement à eux, mais encourager la foi et proclamer l’unique Seigneur
Jesus-Christ.
APIC: Quels sont à votre avis les obstacles à la nouvelle
évangélisation?
CM: Il ne semble qu’un obstacle serait de trop parler de nouvelle
évangélisation est d’en faire quasiment un mythe. Il suffit de se baser sur
les principes du Nouveau Testament et de les mettre en pratique dans la
situation d’aujourd’hui.
APIC: Comment peut-on réaliser effectivement la nouvelle évangélisation?
CM: J’ai déjà répondu à cela. il ne faut pas faire de la nouvelle
evangélisation une question théorique sur laquelle on disserte, mais relire
et méditer fondamentalement le Nouveau Testament et se laisser guider par
l’Esprit-Saint pour le proclamer. (apic/eg/mp)