APIC-Interview (210289)
Interview de Mgr Ntalou, évêque de Yagoua, au Cameroun
Satisfaction unanime à l’annonce du synode africain
Fribourg, 21février(APIC) Mgr Antoine Ntalou, évêque de Yagoua, dans le
Nord Cameroun, s’est déclaré très heureux de l’annonce de la convocation
d’un Synode africain faite début janvier par le pape Jean Paul II. Actuellement en Suisse dans le cadre de la campagne de Carême, Mgr Ntalou affirme
que cette annonce a été accueillie avec grande satisfaction, non seulement
par lui, mais par tous ses confrères africains.
Personnellement, affirme Mgr Ntalou, j’ai été très heureux de cette annonce. Depuis longtemps, nous sentions le besoin, nous les évêques africains, d’une rencontre dans un cadre plus global. Il existe, certes dans
chaque pays africain une Conférence des évêques; en plus de ces Conférences
nationales, il y a le SCEAM (Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar). A ce niveau-là, cependant, ne se rencontrent que des
représentants des épiscopats, et non tous les évêques. Entre les deux, il
existe des organisations régionales ou sous-régionales comme par exemple
l’ACEAC (Association des Conférences Episcopales d’Afrique Centrale). Mais
ces organisations ne sont pas encore un rassemblement de tous les évêques
au niveau continental. Aussi, cette annonce du Synode africain, est-elle
une chose qui me paraît absolument importante.
Peu importe d’ailleurs la formule que ce rassemblement peut prendre. Il
avait été question de Concile ou de Synode; la plupart des évêques africains parlaient d’un rassemblement, peu importe le nom de baptême de ce
rassemblement, l’essentiel c’est qu’il ait lieu.
Synode ou Concile africain ?
APIC: Au début il était question de Concile africain et aujourd’hui Rome
parle d’un Synode africain. Pourquoi ce changement?
Mgr Ntalou: Pour nous, c’est une des possibilités. A vrai dire, cela n’a
pas un caractère spécial que l’on parle d’un Synode ou d’un Concile. Actuellement dans le droit de l’Eglise, on parle d’un Concile au niveau mondial, on ne parle pas beaucoup d’un Concile particulier. En réalité, ce
n’est pas un changement de nom; il ne faut pas non plus vivre cet événement, qui est d’ailleurs très constructif, de façon passionnelle. Il faut
aller à l’essentiel.
APIC: On parle des "objections de Rome", quelles sont ces objections? Et
pourquoi?
Mgr Ntalou: Personnellement, je ne sais pas s’il y a des objections. A
mon avis, ce qui est capital et positif, c’est que le pape lui-même ait annoncé ce Synode, et c’est déjà étonnant. Concernant le lieu, je crois que
cette question est un détail qui peut être encore débattu. Si vous voulez
connaître mon avis personnel, je vous dirais que la question du lieu, par
rapport à ce que j’attends de ce rassemblement, me paraît compter très peu.
Je reconnais la valeur symbolique du lieu, mais il n’est pas ma première
préoccupation. Je vous disais tantôt que le Concile Vatican II a donné
l’occasion aux évêques africains de se rencontrer. Pas en Afrique, il est
vrai, mais de se rencontrer, et c’était l’essentiel.
APIC: Qu’est-ce que l’Afrique attend exactement de ce Synode?
Mgr Ntalou: Il y a d’abord une concertation sur tous les grands problèmes qui préoccupent nos peuples et nos Eglises. Même si nos problèmes
sont identiques, nous n’avons pas encore eu l’occasion, ensemble, de préciser comment nous les voyons, comment nous les vivons et encore moins quelles dispositions nous prenons pour les résoudre. A d’autres niveaux,
l’Afrique vit une certaine concertation, il y a quelque chose, au moins,
qui se met en place. Mais au niveau de la vie de l’Eglise, on n’en est pas
encore là. Pour l’Afrique, c’est l’occasion de porter un regard commun sur
ses problèmes et sur les solutions que nous essayons de mettre en oeuvre.
Et c’est important.
APIC: A-t-on déjà nommé une commission préparatoire ou fixé une date?
Mgr Ntalou: Il n’y a encore rien de précis. Les détails ne sont pas encore définis. Ce sont des choses qui vont se mettre en route. Il a d’abord
fallu que cette annonce soit faite.
APIC: Les évêques africains projettent-ils une rencontre avec les théologiens africains dans le cadre de la préparation de ce Synode?
Mgr Ntalou: C’est une chose qui va de soi. Je ne garantis pas sous quelle forme cela va se faire, mais cela va de soi, puisque déjà au niveau des
Conférences épiscopales nationales ou régionales, quand un thème est retenu
pour leurs travaux, elles font appel à des théologiens qui peuvent apporter
des solutions de théologiens.
APIC: Est-ce que les évêques africains associent à cette préparation du
Synode les chrétiens de leurs pays respectifs ? Et comment s’y prennent-ils
concrètement?
Mgr Ntalou: Le Synode vient d’être annoncé, les préparatifs ne sont pas
encore lancés du moins sur le plan continental. Il y aura certainement au
niveau national et régional un certain nombre de réflexions préliminaires
pour sensibiliser toutes les communautés chrétiennes.
Incidences oecuméniques
APIC: Y-a-t-il des incidences sur le plan oecuménique?
Mgr Ntalou: Je ne saurais le dire. Il est vrai que le fait est une réalité qui intéresse une Eglise bien définie. Les échanges oecuméniques se
font déjà, et il y aura certains éléments qui seront portés à la connaissance de nos frères séparés. Il s’agit quand même d’une rencontre qui concerne avant tout les catholiques.
APIC: Ne pensez-vous pas qu’on pourrait les associer à certains travaux
du moment que les protestants d’Afrique font aussi des recherches dans le
domaine de la théologie africaine ?
Mgr Ntalou: On n’a pas besoin de Synode africain pour associer nos
frères protestants, il y a d’autres cadres dans lesquels nous travaillons
ensemble. Par exemple, quand l’épiscopat d’un pays tient sa conférence, il
y a des choses pour lesquelles il associe les autres frères des Eglises
chrétiennes. Et de même chez nos frères séparés, quand ils tiennent leur
synode, ils nous associent aussi à certaines phases de leurs travaux.
Une théologie camerounaise de la libération ?
APIC: Existe-t-il une théologie de la libération dans votre pays?
Mgr Ntalou: L’expression en temps que telle ne m’est pas connue: une
théologie camerounaise de la libération. Il existe l’engagement de tel ou
tel théologien camerounais dans les problèmes qui concernent la libération,
mais l’essentiel est d’annoncer l’Evangile pour que les gens puissent en
vivre, et sûrement, il en sortira quelque chose pour la vie sociale. C’est
pour cela que ma grande préoccupation est que l’Evangile soit annoncé et
connu.
APIC: Le Cameroun a fait beaucoup de progrès dans le domaine de la théologie africaine, j’aimerais vous demander, si après le rite zaïrois dans la
liturgie catholique, pouvons-nous attendre pour bientôt, à un rite camerounais?
Mgr Ntalou: Une réalité comme un rite n’est pas un produit sur commande.
Cela fait partie des fruits de la digestion de l’Evangile. Quand on organise de façon communautaire ses rapports avec Dieu, on aboutit à un rite, on
aboutit à une liturgie. Il y a un tas d’éléments qui entrent en ligne de
compte. C’est comme cela que je vois la chose, et de fait, bientôt on peut
s’attendre à un rite camerounais.
APIC: Dans ce cas, peut-on souhaiter que chaque pays ait son rite?
Mgr Ntalou: Ce n’est pas le résultat d’une décision. C’est au terme d’un
processus de maturation de la foi que l’on parvient à un rite. Si c’est
chaque pays, un ensemble de pays, si même à l’intérieur d’un pays, c’est
une région qui adopte un rite, il n’y a pas de problème. (apic/pe)