APIC-INTERVIEW
Mgr Amédée Grab fait le point
Genève, 26mars(APIC/Paolo Piccinini) Mgr Amédée Grab, évêque auxiliaire
du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, a été l’un des vingt membres de
la délégation officielle catholique romaine à participer au Rassemblement
oecuménique mondial de Séoul qui s’est tenu du 5 au 12 mars en Corée du
Sud. Déjà présent à Bâle lors de la rencontre européenne de mai dernier,
Mgr Grab a fait le point et confié ses impressions à l’agence APIC à propos
de Séoul.
APIC: Quelles sont vos réactions, vos sentiments après la rencontre oeucuménique de Séoul placée sous le thème de "Justice, Paix et Sauvegarde de
la Création"?
Mgr Grab: Il est encore trop tôt pour faire le tri. Je trouve cependant
que cela a été très important et enrichissant d’être associé à cette démarche entreprise par des chrétiens venus du monde entier pour se pencher sur
l’avenir de la planète, pour tenter de trouver une solution au problème de
la justice et pour se mettre au service de la paix. En revanche, j’ai aussi
le sentiment que cette assemblée n’a pas produit tous les résultats escomptés.
APIC: Pourtant les participants ont voté plusieurs résolutions et alliances ou engagements réciproques...
Mgr Grab: Les "affirmations" communes n’ont pu être classées faute de
temps et elles ont été votées en vrac. Quant aux convictions de base et aux
alliances (ou engagements réciproques), elles représentent des déclarations
d’intention qui ne porteront leurs fruits que si elles sont vraiment prises
en compte par les Eglises présentes à Séoul.
APIC: Est-ce que le manque de temps a joué un rôle important dans la
rencontre de Séoul?
Mgr Grab: Le temps de préparation a été assez long. Pendant la semaine
de travail, les délégués ont été très occupés par la première partie du document (qui n’a été ni votée ni modifiée) et par les affirmations. En revanche, la discussion à propos des engagements réciproques a été trop rapide.
APIC: Mais est-ce seulement une question de temps?
Mgr Grab: Non, il y a aussi le problème des différences de sensibilité
entre les participants. Ainsi, les délégués africains estiment que le document préparatoire ne tient pas assez compte de leurs problématiques. Quant
aux femmes, elles aussi ont mis l’accent sur certaines insuffisances. C’est
donc plus qu’une question de temps, il y a aussi des clivages.
APIC: Lesquels?
Mgr Grab: Un prédicateur a affirmé: "Lorsque nous demandons d’abord ce
qui est important pour Dieu, nous demandons aussi ce qui est essentiel pour
nous", mais un orateur a demandé que toute référence religieuse soit ôtée
du processus "Justice, Paix et Sauvegarde de la Création". Un intervenant a
déclaré: "Nous ne sommes pas réellement un "nous"." Tout le monde n’a pas
la même définition de termes tels que "pauvres" ou "le peuple", ni la conviction, exprimée dans une prédication, que "l’Eglise elle-même se trouve
souvent à la tête des forces du mal".
APIC: Est-ce que les Européens étaient sur la même longueur d’onde?
Mgr Grab: Quand les textes ont été élaborés, l’Europe de l’Est n’avait
pas encore connu les changements qui viennent de se produire depuis quelques mois. Pour les chrétiens venant de ces pays, les attentes étaient très
concrètes. La paix et la justice acquièrent pour eux une signification très
spécifique. Par exemple, les textes ne mentionnent pas assez la notion
d’engagement personnel, elle a été presque absente à Séoul. La conversion
personnelle est très importante pour les chrétiens et cela nos frères orthodoxes l’ont bien mis en lumière. Par ailleurs, même les engagements des
Eglises posent problème. En effet, les engagements ont été votés par des
délégués et il n’est pas sûr que les Eglises soient du même avis.
APIC: Le dernier jour de la rencontre, les catholiques présents à Séoul
ont présenté une déclaration commune. Pour quelle raison?
Mgr Grab: Mgr Basil Meeking, président de la délégation, a voulu, au nom
de l’Eglise catholique romaine, adresser les voeux des catholiques à l’assemblée. En outre, il a voulu aussi signifier notre engagement sur les
trois thèmes - Justice, Paix et Sauvegarde de la Création - traités à Séoul
et notre volonté de travailler avec les autres chrétiens. C’est une adresse
de sympathie, même si l’Eglise catholique romaine n’a pas pris part à la
convocation de la rencontre de Séoul.
APIC: Quelles sont les conséquences de Séoul pour l’Eglise catholique
romaine?
L’Eglise catholique romaine en tant que telle n’est pas engagée, elle
n’a rien voté. Ce sont les Conseils pontificaux "Justice et Paix" et pour
l’"Unité des chrétiens" qui vont suivre l’évolution dans le cadre du Conseil oecuménique des Eglises, et selon les phases prévues par ce dernier.
(apic/pp/pr)