APIC - Interview
Propos recueillis par Marie-Claude Fragnière
Fribourg, 12décembre(APIC) Comment vit-on l’Avent et Noël au monastère de
la Maigrauge, à Fribourg, dans cette abbaye qui compte déjà 736 ans d’histoire? Une Soeur de ce couvent, qui à tenu en toute modestie à garder
l’anonymat, a reçu l’Agence APIC. Elle témoigne de ce qu’elle vit en cette
période et entr’ouvre une lucarne pour les "agités que nous sommes". Loin
des magasins et des agapes auxquelles s’apprêtent les chrétiens, mais tellement proche de ce que signifie réellement Noël.
APIC: Ma Soeur, ici dans ce monastère de la Maigrauge, comment vivezvous la période de l’Avent et la fête de Noël qui, pour nous qui sommes
"dans le monde", est souvent synonyme de stress et d’agitation commerciale?
- Nous participons aussi à cet échange d’affection fidèle envers nos
amis en écrivant, ce qui est exceptionnel, une lettre d’amitié et de voeux.
Plus profondément, nous pensons à tous les délaissés, aux opprimés, à tous
ceux qui n’ont pas accès à la Source intérieure. Nous attendons avec eux la
lumière, le secours de la prière.
APIC: Vous êtes en quelque sorte une "Croix Rouge spirituelle"... Du
point de vue concret de votre vécu de l’Avent, mettez-vous une dimension
d’ascèse telle qu’on pourrait la trouver pendant le Carême?
- L’Avent est un temps d’attente, d’attention spirituelle. Pour cela
nous avons besoin de plus de silence; nous n’avons pas de visite par exemple, il y a une certaine coupure pour nous centrer sur cette Ecoute intérieure que nous voulons vivre pour nous-mêmes et au nom de tous ceux qui
sont en Espérance. Nous ne mangeons pas de viande pendant l’Avent comme
pendant le Carême.
APIC: Comment se justifie cette ascèse bien compréhensible pendant le
Carême par le fait que le Christ se préparait à l’agonie, alors que l’Avent
nous prépare à un mystère de joie?
- Je pense que cela n’empêche pas du tout la joie... c’est pour nous
rendre attentives à une joie intérieure. Noël doit se passer dans notre
coeur, et nous devons nous préparer à le recevoir, ne pas être éparpillées.
Nous risquons comme tout le monde de rester à la surface des choses; l’ascèse est là pour nous aider à être centrées: c’est se priver pour montrer
que l’essentiel est ailleurs.
APIC: Du point de vue liturgique, comment se déroule chez vous les journées du 24 et 25 décembre?
- La Vigile de Noël est le point culminant de l’Avent: on s’est préparé,
on a attendu cette venue du Seigneur à travers l’Ancien Testament, les prophètes, Isaïe notamment, et les antiennes nous annoncent: "C’est demain, Il
arrive, Il vient!" Il y a une joie qui éclate. C’est la naissance de Dieu,
de l’amour en nous, nous pouvons réajuster notre amour du prochain à celui
de Jésus; je pense que toute la manifestation des cadeaux de Noël n’a de
sens que si c’est une expression de cet Amour.
Concrètement, pour nous la journée du 24 commence comme tous les jours à
3h40; on commence à prier les Vigiles puis viennent les offices quotidiens
avec les Laudes, l’Eucharistie, Sexte, None, Vêpres et Complies. Puis nous
avons une heure ou deux de repos, de préparation avant les Vigiles. Moi,
par exemple, je prends une douche, je me change complètement, je me dis
toujours que c’est "le bal de l’année". De 21h15 à 23h., on chante les Vigiles, puis nous avons une heure de prière silencieuse entre 23h et minuit,
c’est ensuite la messe, intense... Après la messe de minuit, on s’embrasse
et on va se coucher. Ce n’est que le jour de Noël, après toutes les célébrations liturgiques, que nous rompons le silence en famille.
APIC: Quel message voudriez-vous donner aux agités que nous sommes?
- Il m’est arrivé déjà comme jeune novice de trouver qu’en fait on avait
beaucoup de choses à faire et je me disais: mais qui peut fêter Noël dans
le calme et la paix complète? Puis je me suis dit un jour que la Sainte Famille, qui était en train de quitter Bethléem dans les tracas du voyage et
le souci de la naissance imminente, n’était pas dans un grand calme non
plus. Je crois qu’il vaut mieux ne pas imaginer un Noël trop romantique et
trop paisible... Et à tous ceux qui sont trop occupés, nous voulons dire
que nous épongeons en quelque sorte leur stress dans nos moments de disponibilité au recueillement. (apic/mcf/pr)