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    Noël au monastère de la Maigrauge: une Soeur témoigne (121291)

    APIC - Interview

    Propos recueillis par Marie-Claude Fragnière

    Fribourg, 12décembre(APIC) Comment vit-on l’Avent et Noël au monastère de

    la Maigrauge, à Fribourg, dans cette abbaye qui compte déjà 736 ans d’histoire? Une Soeur de ce couvent, qui à tenu en toute modestie à garder

    l’anonymat, a reçu l’Agence APIC. Elle témoigne de ce qu’elle vit en cette

    période et entr’ouvre une lucarne pour les "agités que nous sommes". Loin

    des magasins et des agapes auxquelles s’apprêtent les chrétiens, mais tellement proche de ce que signifie réellement Noël.

    APIC: Ma Soeur, ici dans ce monastère de la Maigrauge, comment vivezvous la période de l’Avent et la fête de Noël qui, pour nous qui sommes

    "dans le monde", est souvent synonyme de stress et d’agitation commerciale?

    - Nous participons aussi à cet échange d’affection fidèle envers nos

    amis en écrivant, ce qui est exceptionnel, une lettre d’amitié et de voeux.

    Plus profondément, nous pensons à tous les délaissés, aux opprimés, à tous

    ceux qui n’ont pas accès à la Source intérieure. Nous attendons avec eux la

    lumière, le secours de la prière.

    APIC: Vous êtes en quelque sorte une "Croix Rouge spirituelle"... Du

    point de vue concret de votre vécu de l’Avent, mettez-vous une dimension

    d’ascèse telle qu’on pourrait la trouver pendant le Carême?

    - L’Avent est un temps d’attente, d’attention spirituelle. Pour cela

    nous avons besoin de plus de silence; nous n’avons pas de visite par exemple, il y a une certaine coupure pour nous centrer sur cette Ecoute intérieure que nous voulons vivre pour nous-mêmes et au nom de tous ceux qui

    sont en Espérance. Nous ne mangeons pas de viande pendant l’Avent comme

    pendant le Carême.

    APIC: Comment se justifie cette ascèse bien compréhensible pendant le

    Carême par le fait que le Christ se préparait à l’agonie, alors que l’Avent

    nous prépare à un mystère de joie?

    - Je pense que cela n’empêche pas du tout la joie... c’est pour nous

    rendre attentives à une joie intérieure. Noël doit se passer dans notre

    coeur, et nous devons nous préparer à le recevoir, ne pas être éparpillées.

    Nous risquons comme tout le monde de rester à la surface des choses; l’ascèse est là pour nous aider à être centrées: c’est se priver pour montrer

    que l’essentiel est ailleurs.

    APIC: Du point de vue liturgique, comment se déroule chez vous les journées du 24 et 25 décembre?

    - La Vigile de Noël est le point culminant de l’Avent: on s’est préparé,

    on a attendu cette venue du Seigneur à travers l’Ancien Testament, les prophètes, Isaïe notamment, et les antiennes nous annoncent: "C’est demain, Il

    arrive, Il vient!" Il y a une joie qui éclate. C’est la naissance de Dieu,

    de l’amour en nous, nous pouvons réajuster notre amour du prochain à celui

    de Jésus; je pense que toute la manifestation des cadeaux de Noël n’a de

    sens que si c’est une expression de cet Amour.

    Concrètement, pour nous la journée du 24 commence comme tous les jours à

    3h40; on commence à prier les Vigiles puis viennent les offices quotidiens

    avec les Laudes, l’Eucharistie, Sexte, None, Vêpres et Complies. Puis nous

    avons une heure ou deux de repos, de préparation avant les Vigiles. Moi,

    par exemple, je prends une douche, je me change complètement, je me dis

    toujours que c’est "le bal de l’année". De 21h15 à 23h., on chante les Vigiles, puis nous avons une heure de prière silencieuse entre 23h et minuit,

    c’est ensuite la messe, intense... Après la messe de minuit, on s’embrasse

    et on va se coucher. Ce n’est que le jour de Noël, après toutes les célébrations liturgiques, que nous rompons le silence en famille.

    APIC: Quel message voudriez-vous donner aux agités que nous sommes?

    - Il m’est arrivé déjà comme jeune novice de trouver qu’en fait on avait

    beaucoup de choses à faire et je me disais: mais qui peut fêter Noël dans

    le calme et la paix complète? Puis je me suis dit un jour que la Sainte Famille, qui était en train de quitter Bethléem dans les tracas du voyage et

    le souci de la naissance imminente, n’était pas dans un grand calme non

    plus. Je crois qu’il vaut mieux ne pas imaginer un Noël trop romantique et

    trop paisible... Et à tous ceux qui sont trop occupés, nous voulons dire

    que nous épongeons en quelque sorte leur stress dans nos moments de disponibilité au recueillement. (apic/mcf/pr)

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