APIC-INTERVIEW (200789)
Ni pressions ni sanctions: il s’impose le silence
Fribourg/Petropolis, 20juillet(APIC-Pierre Rottet) Depuis un certain
temps, les rumeurs les plus diverses circulent à propos de nouvelles
sanctions que le Vatican auraient été amenées à prendre à l’encontre du
prêtre brésilien Leonardo Boff, l’un des principaux inspirateurs de la
théologie de la libération. Selon ces informations, l’ordre de suspendre
tous ses voyages à l’étranger et de garder le silence lui auraient notamment été signifiés. Dans le but de couper court aux rumeurs, le Père Leonardo Boff a répondu en exclusivité pour l’Agence APIC à une interview téléphonique. Il a consenti, l’espace de quelques questions et à titre exceptionnel, de rompre le silence.
"A la demande de mes supérieurs, j’ai accepté de ne plus donner d’interview, ni au Brésil ni ailleurs... jusqu’au moment où les choses s’arrangeront avec Rome", déclare le Père Boff qui ajoute néanmoins, avec le souci
de clarifier la situation: "une lettre a effectivement été écrite par le
cardinal Joseph Ratzinger au Supérieur général de l’Ordre des franciscains
à Rome". Ce dernier, le Père John Vaughn a ensuite "écrit au supérieur provincial au Brésil". Voie hiérarchique oblige, aucune lettre n’étant jamais
directement adressée à l’intéressé.
Le contenu de la lettre? le Père Boff n’en parle pas, pas davantage
qu’il ne s’exprime au sujet de ce qui lui serait reproché. Le théologien
Leonardo Boff dérange par le contenu du message de son approche pastorale,
par son engagement en faveurs des opprimés, des pauvres, par ses déclarations, ses écrits et ses voyages à l’étranger. En décembre prochain, à
l’invitation d’un groupe flamand d’étude pour la théologie de la libération, le Père Boff devait se rendre en Belgique pour y rencontrer des communautés de base, et donner plusieurs conférences-débats. Un voyage auquel
le théologien avait subitement renoncé, sans donner d’autres explications
aux organisateurs, lesquels, dans un communiqué, ont vu dans ce désistement
l’effet d’"une nouvelle pression du Vatican".
Dialogue entre la CNBB et Mgr Ratzinger
Même si le Père Leonardo Boff ne parle à aucun moment de pressions qu’il
aurait à subir, il admet qu’un dialogue existe actuellement à son sujet entre le cardinal Ratzinger et la Conférence nationale des évêques brésiliens
(CNBB), laquelle assume aujourd’hui les négociations. "Pendant que ce dialogue existe, j’ai accepté de m’abstenir de donner des conférences, de faire des déclarations et de voyager à l’étranger" précise le théologien.
C’est donc là la raison des annulations de vos voyages? "Exactement, je devais me rendre en Belgique, en RFA, en Argentine, au Nicaragua et à Cuba.
C’est donc pour faciliter ce dialogue et ne rien compromettre au niveau de
mon travail au sein de l’Eglise que j’ai accédé à cette demande".
Dans l’état actuel des choses, on ne peut parler de sanctions, contrairement à ce qu’affirmait récemment un journal brésilien et plusieurs dépêches d’agences. Ce qu’avait d’ailleurs nié le cardinal Ratzinger lors d’une
conférence de presse donnée en ce début juillet au couvent espagnol de
l’Escorial. Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi affirmait alors que le Vatican n’avait encore pris aucune décision quant à de
nouvelles sanctions à l’encontre du théologien brésilien.
Pas d’interdits, mais une mise en question
Ce que confirme le Père Boff: "Il n’y a pas d’interdits formels prononcés contre moi, il n’y a qu’une mise en question des types de voyages que
je fais et des débats et interviews auxquels je participe. D’ailleurs,
poursuit-il, je travaille et voyage normalement au Brésil. Nous venons
d’avoir une réunion des communautés de base qui s’est tenue du 10 au 14
juillet à Caxias", au nord de Puerto Alegre (Brésil), confie le théologien
Leonardo Boff, qui précise: "Cette rencontre a réuni plus de 2000 personnes, avec des représentants de presque tous les diocèses brésiliens et des
pays d’Amérique latine. Le cardinal Arns, archevêque de Sao Paulo y participait en compagnie de 98 évêques".
Soutien à la Déclaration de Cologne
Quelle est la place qu’occupe actuellement la théologie de la libération
au Brésil, et quel commentaire la Déclaration de Cologne peut-elle inspirer
au Père Leonardo Boff? S’agissant de la théologie de la libération au Brésil, "cette réflexion est née au Pérou et au Brésil. Elle reste la théologie commune de l’épiscopat. Car à l’exception de quelques évêques conservateurs, la grande majorité de l’épiscopat du pays (293 évêques au Brésil)
se réfère à ce type de réflexion pastorale en faveur de la justice sociale
et de la libération. Ce n’est peut-être pas le cas pour d’autres pays
d’Amérique latine où les épiscopats sont très divisés", relève le Père
Boff.
Quant à la Déclaration de Cologne, conclut-il, "elle vaut par les faits
réels qui y sont énumérés. Il y a une insatisfaction au sein de l’Eglise...
et je pense qu’il est légitime, même d’un point de vue canonique, que les
fidèles et les théologiens s’expriment. Les théologiens brésiliens ont également écrit une lettre dans ce sens. Nous devons aider l’Eglise à sortir
de ces formes autoritaires". (apic/pr
ENCADRE
"Toute pression est un excès de zèle du Vatican", déclare Mgr Camara
"Toute pression est un excès de zèle de la part du Vatican", a déclaré l’un
des défenseurs des pauvres au Brésil, Dom Helder Camara, évêque émérite de
Olinda et Recife. Selon lui, "les évêques brésiliens, en se rapprochant du
peuple, savent exactement ce qu’ils font dans le nord-est du pays", une région qui passe pour être la plus pauvre du Brésil. (apic/spi/pr)
ENCADRE
Portrait du Père Leonardo Boff
Né en 1938 à Concordia (Brésil), Leonardo Boff a fait ses études de théologie au Brésil, puis à Munich (RFA). Entré chez les franciscains, puis ordonné prêtre, il est nommé professeur de théologie dogmatique et systématique à Petropolis, près de Rio de Janeiro. Connu surtout pour ses orientations spirituelles, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la théologie
de la libération. (apic/pr)