APIC-INTERVIEW (200391)
les problèmes de société qui se posent, affirme le cardinal Kitbunchu
Bangkok, 20mars(APIC/de notre correspondant Richard Werly) Quelque
300’000 fidèles sur une population de 55 millions (0,5%), c’est peu certes,
mais cela n’empêche pas l’Eglise catholique d’être particulièrement présente en Thaïlande. De s’occuper de près des problèmes de société qui se posent, même si elle entend à l’avenir jouer un rôle plus grand dans ce domaine. C’est ce qu’explique dans une interview accordée à l’agence APIC le
cardinal Michai Kitbunchu, archevêque de Bangkok, à propos de "la vocation
déterminante de l’Eglise en matière de travail social, de promotion de la
justice et de défense de la morale".
Refusant d’immiscer l’épiscopat "dans le jeu des déclarations publiques
ou des communiqués de presse", peu adapté selon lui à la réalité de ce pays
bouddhiste d’Asie du Sud-Est, le cardinal se fait l’avocat "d’une démarche
progressive" centrée sur l’éducation et la conscientisation. "Nous
disposons d’un très bon réseau d’écoles et d’institutions fréqentées en
majorité par des étudiants non catholiques. Nous devons impérativement en
profiter pour disséminer à travers notre enseignement les valeurs de la
justice, de la dignité humaine et de la solidarité", insiste-t-il.
Mises à rude épreuve par le développement rapide de la Thaïlande basé
sur le tourisme et la libre entreprise, ces valeurs sont, selon le cardinal
Kitbunchu, "victimes d’une croissance parfois désordonnée". Pour lui, "la
distribution des ressources reste largement inégale. Des efforts doivent
être entrepris sans relâche pour éviter que le fossé social ne se creuse".
Faisant allusion à la lettre pastorale des évêques thaïlandais sur le tourisme publiée en mars 1990, l’archevêque de Bangkok estime que le gouvernement et la population "doivent faire preuve de plus de discernement" à
l’égard du tourisme qui, à ce jour, demeure pour le pays la première source
de revenus en devises: "Il convient de distinguer les avantages commerciaux
incontestables (création d’emplois par exemple) et les conséquences néfastes telles que le tourisme sexuel pratiqué à Bangkok et dans les grandes
stations balnéaires".
Le chemin de la démocratie n’est pas toujours une ligne droite
L’Eglise catholique thaïlandaise entend, dans cette optique, renforcer
son soutien à la lutte contre le sida. Avec plus de 100’000 séropositifs
officiellement recensés dans le pays, la situation exige, dit le cardinal,
"un effort accru d’éducation, de prévention et d’accueil de la part des
catholiques et du clergé". Sans jamais "inciter directement à l’utilisation
des préservatifs", qu’il considére comme "une solution ultime incontournable en faveur de laquelle il ne nous appartient cependant pas de prêcher",
le cardinal estime que d’importants moyens devraient être mis en oeuvre par
les catholiques pour diffuser une information "correcte et complète" sur
les modes de transmission et de contamination. Offrant ainsi aux gens la
possibilité de découvrir "le juste chemin des valeurs familiales et de la
fidélité conjugale prônée par l’Eglise".
Evoquant les grands dossiers du moment en matière de politique nationale
et internationale, l’archevêque de Bangkok réaffirme le soutien "inébranlable" de l’Eglise à la démocratie en Thaïlande, tout en se refusant à commenter la prise du pouvoir par les militaires à Bangkok, le 23 février dernier. Il précise cependant que "le chemin de la démocratie n’est pas toujours une ligne droite" et que "la promesse faite par les militaires d’organiser de nouvelles élections générales dans les six prochains mois va
dans le bon sens et qu’elle doit être maintenue".
Soutien aux Eglises-soeurs des pays communistes
La question de l’assistance de l’Eglise catholique thaïlandaise aux
Eglises voisines d’Indochine, notamment celle du Laos, pays proche par sa
culture et sa langue, a également été soulevée. Qualifié de "mission décisive et d’obligation morale", ce soutien aux Eglises-soeurs des pays communistes voisins est, selon le cardinal Kitbunchu, "une préoccupation constante de l’épiscopat".
Interrogé à propos des réfugiés et sur les récentes émeutes dans le camp
des demandeurs d’asile vietnamiens de Phanatnikhom, à 100 kilomètres au sud
de Bangkok, l’archevêque de la capitale thaïlandaise déclare que "l’Eglise
catholique est engagée de longue date aux côtés des réfugiés, via une organisation catholique locale de secours aux réfugiés, et qu’elle compte bien
faire entendre la voix de ceux-ci pour défendre leurs droits".
Replaçant les faits dans leur contexte, Mgr Kitbunchu releve que "la solution aux problèmes des réfugiés passe d’abord par les organisations internationales. Et de conclure en soulignant que l’Eglise catholique en
Thaïlande, "accusée souvent à tort de se taire", sait au contraire intervenir au moment opportun et par des moyens appropriés": "Nous avons notre manière d’agir et elle n’est pas publique. Cela ne veut pas dire que nous ne
sommes pas efficaces". (apic/rw/pr)