APIC-Interview
affirme l’évêque auxiliaire orthodoxe de Timisoara
"Nous voulons dialoguer avec Rome, pas par l’intermédiaire des uniates"
Genève/Timisoara, 29mars(APIC) "Nous voulons dialoguer directement avec
Rome, mais pas par l’intermédiaire des uniates, car aujourd’hui, dans la
liberté retrouvée, il n’y a pas de raison de restaurer l’uniatisme en Roumanie", estime Mgr Daniel, le nouvel évêque auxiliaire orthodoxe de Timisoara, qui participe cette semaine aux travaux du Comité central du Conseil
oecuménique des Eglises (COE) à Genève. Mgr Daniel, qui se présente comme
un homme de dialogue et d’ouverture, n’est pas d’accord avec les revendications de l’Eglise gréco-catholique, interdite en 1948, qui désire être restaurée dans tous ses droits et récupérer ses biens ecclésiastiques attribués à l’Eglise orthodoxe.
Dans une interview accordée mercredi 28 mars à l’agence APIC, l’auxiliaire du métropolite du Banat affirme que les gréco-catholiques "ont eu
une très grande chance comme groupe d’opposition au régime de Ceausescu et
c’est dans ce sens-là que l’Eglise uniate est devenue très populaire et
très sympathique". Quant à l’élite intellectuelle gréco-catholique formée
dans les célèbres institutions d’enseignement de Blaj, en Transylvanie, il
estime qu’"elle n’est pas si importante que cela" et qu’"il s’agit d’une
ancienne génération nostalgique". C’est l’opinion publique panorthodoxe,
souligne-t-il : "on accepte l’uniatisme, car c’est le respect de la liberté, mais il ne faut pas l’encourager et soutenir ce type de prosélytisme,
car c’est anachronique !"
L’uniatisme, "un accident de l’histoire"!
Concernant la restitution des églises et des cathédrales prises aux gréco-catholiques en 1948, Mgr Daniel Lugojanu est catégorique : "Il faut les
restituer selon la volonté des fidèles; ne vous imaginez pas que nous allons les donner à des gens qui ne peuvent pas les garder, car pour nous, la
propriété de la cathédrale appartient à la communauté qui l’a faite, c’est
tout". Ainsi, si les fidèles devenus orthodoxes en 1948 veulent à nouveau
être catholiques, il y aura restitution, mais s’il y a seulement une petite
minorité qui veut redevenir catholique, que faire des autres ? L’expérience
a montré, affirme-t-il, contrairement à l’opinion des responsables religieux gréco-catholiques, que la plupart des uniates passés à l’orthodoxie
sont restés orthodoxes.
"Regardez à Lugoj; le métropolite du Banat a rendu la cathédrale aux
uniates : ils ne sont que 25 à célébrer la liturgie gréco-catholique, alors
qu’elle était pleine avant. Donc ceux qui venaient avant n’ont plus d’Eglise !", affirme-t-il, tout en soulignant la frustration de ces fidèles. Et
de déplorer que les uniates ne veuillent pas accepter la proposition de
partager les églises avec les orthodoxes. A son avis, l’uniatisme est un
accident de l’histoire, et s’il faut respecter les droits de l’homme (donc
le droit des gréco-catholiques à rester dans leur religion), "il faut se
demander si l’unité n’est pas aussi un don sacré", et si à part le droit de
l’individu à la liberté religieuse, il n’existe pas aussi un droit des
communautés.
L’union avec Rome, déclare-t-il, "est pour nous vécue comme une rupture
avec notre Eglise locale, et l’union qui s’est faite en 1700 avec Rome a
été réalisée sans dialogue". "C’était, dit-il, une capitulation pour des
raisons sociales : pour avoir les mêmes privilèges que les catholiques romains, sous la pression austro-hongroise, les orthodoxes ont dû passer à
l’Eglise catholique en Transylvanie... Nous ne pouvons faire abstraction de
1700, comme nous le demandent nos amis uniates, et nous rappeler seulement
1948." Et d’affirmer que l’union avec Rome s’est faite "dans des conditions
de terreur extraordinaires, parce que nous avons eu plus de 150 monastères
détruits au XVIIIe siècle par le général Boukov, parce que ces monastères
représentaient des bastions de la résistance orthodoxe!"
La solution : utilisation commune des églises
Dans la diaspora en Occident, nous avons des paroisses orthodoxes qui
célèbrent leur liturgie dans les églises catholiques, après la messe catholique, sans aucun problème, lance-t-il, alors pourquoi ne pas faire la même
chose chez nous, à la place de construire deux églises dans les villages ?
"On s’embrasse avec les catholiques romains à Genève ou à Rome et on ne
peut pas se parler l’un à l’autre en Roumanie, qu’est-ce que cela veut dire?" Il relève cependant que dans le Banat, le dialogue oecuménique est
bien meilleur qu’en Transylvanie, étant donné la très grande diversité ethnique du Banat et sa tradition d’ouverture. Ainsi, l’évêque gréco-catholique de Lugoj, Mgr Ploscaru, a participé à la récente installation de Mgr
Daniel comme évêque auxiliaire de Timisoara.
En conclusion, Mgr Daniel pense qu’il faut laisser faire le temps et que
les problèmes entre orthodoxes et uniates pourront trouver des solutions
pratiques dans le dialogue. "Nous avons cependant encore certaines réticences, parce que la manière dont le pape a nommé le 14 mars dernier 12 évêques catholiques en Roumanie a été un peu choquante; nous avons eu l’impression d’une démonstration de force de la part de Rome, étant donné le
petit nombre de fidèles par rapport au grand nombre d’évêques. On respecte
certes la liberté du Vatican, mais nous, pour 19 millions de fidèles (y
compris les uniates passés à l’orthodoxie), n’avons que 13 évêques titulaires...". (apic/be)