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    APIC - Interview

    Mgr Rauber, envoyé par le pape pour tenter de résoudre l’"Affaire Haas"

    Un regard sur l’Eglise qui est en Suisse

    APIC, Brigitte Muth-Oelschner

    Fribourg, 4septembre(APIC) Dans le but d’apporter une aide pour tenter de

    résoudre la crise qui secoue le diocèse de Coire et conforter l’unité de

    l’Eglise en Suisse, le pape Jean Paul II a nommé ce printemps délégué pontifical Mgr Karl-Josef Rauber, président de l’Académie pontificale ecclésiastique à Rome, une institution qui forme les diplomates au service du

    Saint-Siège.

    Le délégué pontifical a visité la Suisse cet été et a eu de nombreux entretiens avec l’ensemble des évêques suisses, avec des prêtres, des religieux et des laïcs de tous bords afin de trouver une solution aux actuelles

    difficultés de l’Eglise en Suisse, liées à "l’affaire Haas". A la veille de

    son retour à Rome, il a livré à l’agence APIC ses impressions sur la réalité de l’Eglise en Suisse.

    Mgr Rauber ne prendra aucune décision, mais son analyse aura "énormément

    de poids", estimait récemment le Père Trauffer, secrétaire de la Conférence

    des évêques suisses (CES), car ce prélat a la confiance du pape et l’avantage de venir de l’extérieur. Il ne connaissait pas les évêques personnellement et personne n’avait pu préalablement l’influencer.

    APIC:Mgr Rauber, vous avez été nommé délégué pontifical pour visiter

    l’Eglise qui est en Suisse. En tant qu’Allemand, pouvez-vous nous dire s’il

    y a beaucoup de différences avec l’Eglise en Allemagne ?

    MgrRauber:Je connais la Suisse en raison des nombreuses visites que j’y

    ai effectuées, mais c’est seulement maintenant que je connais la réalité

    ecclésiale de plus près. Il y a certaines différences, notamment parce

    qu’il y a en Suisse des institutions de droit ecclésiastique qui n’existent

    pas en Allemagne. Il faut ajouter la mentalité démocratique très aiguë de

    la population suisse : il ne faut pas oublier que la démocratie ici a 700

    ans d’âge! C’est naturellement quelque chose qui marque la pensée et

    l’action des gens, et cela ne s’arrête pas aux portes de l’Eglise.

    APIC:Comment cette attitude démocratique marquée s’exprime-t-elle dans

    l’Eglise ?

    MgrRauber:D’après mon expérience, on est en Suisse également attaché à

    l’autorité telle qu’elle doit aussi exister dans l’Eglise. Cette autorité

    est aussi considérée comme une valeur en soi. Mais on souhaite naturellement que les formes dans lesquelles elle s’exerce soient démocratiques.

    Ainsi, on tient avant tout au dialogue - aussi permanent que possible avec l’autorité, à la discussion, à la consultation. Les Suisses tiennent

    certes à la structure hiérarchique de l’Eglise mais ils souhaitent le dialogue avec les évêques, les prêtres, l’administration ecclésiastique,

    l’Eglise universelle, bref, avec tous ceux qui sont revêtus d’autorité.

    APIC:Y a-t-il de la place pour le dialogue dans une Eglise structurée

    hiérarchiquement ?

    MgrRauber:L’Eglise catholique connaît bel et bien des lieux dans lesquels le dialogue est très cultivé, comme le Synode des évêques, où les représentants de l’épiscopat mondial peuvent échanger avec le Saint-Père des

    idées sur les problèmes particuliers de manière tout à fait libre et non

    contraignante.

    En Suisse, il y a déjà divers conseils qui fonctionnent sur le mode du

    dialogue, comme les conseils pastoraux ou les conseils presbytéraux. En ce

    qui concerne par exemple les finances, on connaît une procédure presque

    entièrement parlementaire, tant au niveau de la paroisse qu’au niveau des

    Eglises cantonales.

    APIC:On reproche cependant à Rome de ne pas tenir compte de cette conception du dialogue. On souligne que si Rome l’avait respectée, elle n’aurait

    pas nommé à Coire un évêque coadjuteur avec droit de succession, portant

    ainsi atteinte à des droits existants.

    MgrRauber:Je pense que l’on ne doit pas considérer ce problème uniquement du point de vue de la Suisse. Le pape a bel et bien le devoir, d’après

    le droit canonique, de nommer un coadjuteur, s’il considère après mûre réflexion que c’est nécessaire. Cela se passe en effet dans toutes les parties de l’Eglise universelle. En outre, dans le diocèse de Coire, il y a

    déjà eu des coadjuteurs dans le passé. Je pense que dans ce cas, ce sont

    d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte.

    APIC:Des voix se font entendre pour dire que la crise dans l’Eglise de

    Suisse vient du fait que l’on ait abandonné d’anciennes pratiques et traditions religieuses...

    MgrRauber:J’aimerais encore une fois le répéter: la crise en Suisse consiste dans la mise en danger de l’unité de l’Eglise. Ma tâche était clairement de chercher des moyens de restaurer l’unité.

    APIC:Vous ne partagez pas l’opinion qu’il s’agit en Suisse d’une crise de

    la foi ?

    MgrRauber:C’est un peu délicat d’aborder cette question. Mais il y a

    dans de nombreux pays des développements qui proviennent d’une interprétation personnelle du Concile Vatican II. L’Eglise doit d’autre part s’efforcer d’être une Eglise qui considère les hommes en situation concrète, ainsi

    dans la situation actuelle de la Suisse, qui est très marquée par l’oecuménisme, mais aussi naturellement par d’autres phénomènes du monde contemporain.

    APIC:Pensez-vous que l’éventail entre les catholiques conservateurs qualifiés de "droite" et les progressistes "de gauche" est particulièrement

    grand en Suisse ?

    MgrRauber:Non, car de tels courants existent aussi ailleurs. Cela va de

    Mgr Lefebvre et l’"Engelwerk" jusqu’à tout à fait à gauche. Un tel professeur de religion dans une grande ville trouve plus attractif de parler de

    communauté et d’engagements sociaux dans l’Eglise plutôt que des vérités de

    foi élémentaires. Il y a aujourd’hui tellement de nuances perceptibles...

    C’est finalement l’évangélisation qui est en jeu.

    APIC:Quel visage pourrait avoir concrètement cette évangélisation en

    Suisse ?

    MgrRauber:Ce n’est pas une réponse simple à donner. Certaines tendances

    areligieuses, non chrétiennes, "libérales" existent, mais sans aucun doute

    aussi les efforts de la part des pasteurs d’y faire face. Les moyens pastoraux que l’on prend en considération pour faire face sont peut-être dans

    certains cas quelque peu extrêmes, si je puis dire, et ne sont pas nécessairement ceux que l’Eglise a l’habitude d’utiliser normalement. Je pense à

    certaines exagérations dans la pratique du sacrement de pénitence, dans la

    liturgie et l’oecuménisme. L’on doit aussi reconnaître les efforts faits en

    direction des "brebis égarées". Le problème des mariages mixtes doit être

    surmonté et ce n’est pas simple pour les personnes chargées de la pastorale.

    Quant aux normes particulières pour le sacrement de pénitence, elles

    sont reconnues par Rome, et il n’y a rien à objecter. Je pense que chaque

    évêque peut décider quel moyen pastoral il considère comme le plus adéquat

    pour son diocèse. Le Saint-Siège en laisse la responsabilité aux évêques.

    En ce qui concerne l’hospitalité eucharistique, malgré toute la compréhension que l’on peut avoir pour la situation des personnes en charge de la

    pastorale, l’intercommunion représente encore un pas trop loin. Des questions préalables doivent encore être clarifiées et le Directoire oecuménique donne à ce propos des instructions très précises. Je pense que l’on

    doit s’y tenir.

    APIC:En conclusion de votre visite, quel appréciation portez-vous sur

    votre mission ?

    Mgr-Rauber:Personnellement, je n’aurais jamais sollicité ce mandat. Mais

    les évêques suisses ont mentionné mon nom au Saint-Père, qui a accepté.

    J’ai été envoyé en Suisse par la Congrégation pour les évêques et en plein

    accord avec le nonce apostolique, avec lequel j’ai collaboré. Dans l’ensemble, j’ai eu de bonnes discussions avec de nombreuses personnes appartenant

    à tous les groupes et milieux. C’est ainsi que j’ai appris quelque chose de

    la vie catholique en Suisse, ce qui, sans cette mission, n’aurait peut-être

    jamais pu être le cas autrement. Et j’ai trouvé de nombreux croyants convaincus. Cependant, je n’ai pas pu poser les signes souhaités.

    Cela ne pouvait de toute façon pas être ma tâche d’enregistrer des

    résultats spectaculaires et de changer la situation. Je me suis contenté de

    rassembler des informations et des expériences que je vais retransmettre de

    la façon la plus objective possible aux instances romaines concernées. Je

    suis confiant que l’on va prendre des mesures efficaces pour restaurer et

    conforter l’unité.

    Biographie

    Mgr Karl-Josef Rauber, président de l’Académie pontificale ecclésiastique

    Mgr Karl-Josef Rauber est né le 11 avril 1934 à Nuremberg (Allemagne).

    Après avoir obtenu sa licence en théologie à Mayence, il est ordonné prêtre

    le 28 février 1959, puis il travaille comme vicaire durant trois ans en Allemagne. Il étudie le droit canon à l’Université grégorienne de Rome de

    1962 à 1966 et suit en même temps les cours de l’Académie pontificale ecclésiastique. Il en deviendra plus tard le président (février 1990). Mgr

    Rauber est consacré évêque à Rome le 6 janvier 1983 et devient évêque titulaire de Giubalziana et pro-nonce pour l’Ouganda.

    Son parcours dans la diplomatie du Saint-Siège commence à Rome où, de

    1966 à 1967, il est secrétaire de la nonciature à la Secrétairerie d’Etat

    du Vatican. Il se rend ensuite à Bruxelles, où il est auditeur à la nonciature apostolique de 1977 à 1979. Puis c’est Athènes où, de 1981 à 1982, il

    est conseiller de nonciature auprès de la nonciature apostolique; finalement, Mgr Rauber travaille à Kampala (Ouganda) comme chargé d’affaires à la

    nonciature en 1982 avant d’être nommé pro-nonce l’année suivante. Il a succédé comme président de l’Académie pontificale ecclésiastique à l’archevêque Justin Francis Rigali. (apic/com/gs/cor)

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