APIC Interview (140989)
Interview de Me Théo Klein
Paris, 14septembre(APIC) "Je n’ai pas à dicter au pape ce qu’il doit faire, mais je dis simplement que dans l’état de chose actuel, la parole du
pape, le geste du pape, en polonais ou vers les Polonais, aurait une grande
signification, parce que malheureusement, c’est son silence qui a une signification", estime Me Théo Klein, qui représente la partie juive dans les
Accords de Genève sur le transfert du carmel d’Auschwitz.
Dans une interview accordée à l’agence APIC jeudi 14 septembre, l’ancien
président du Congrès Juif Européen, affirme que ce silence est interprété
comme le refus de l’exécution des Accords. Il précise également qu’il n’y a
pas de rupture des dialogues officiels entre juifs et catholiques, mais
seulement un "gel".
Le pape Jean Paul II favorable à l’exécution des Accords de Genève
Me Klein croit savoir que le pape Jean Paul II est en fait favorable à
l’exécution des accords, "ne serait-ce que parce qu’il reconnaît que c’est
la parole de l’Eglise qui a été engagée par les quatre cardinaux signataires". A son avis, le pape a le choix entre ne pas parler - et donc de laisser la porte ouverte à une interprétation négative - ou de parler positivement.
"Ou s’il veut parler négativement, qu’il le dise, auquel cas il est évident que tous les accords que nous avons pris sont anéantis et on parle
d’autre chose, lance-t-il, mais il ne peut ne pas savoir que son silence
est une ’parole’, une parole en creux peut-être, et une parole négative".
Pas de rupture des relations judéo-catholiques, seulement le "gel"
Contredisant les nouvelles publiées par des agences de presse américaines, Me Klein n’a pas parlé lundi lors de l’assemblée générale annuelle du
Congrès Juif Européen de "rupture" des relations officielles judéo-catholiques, mais seulement de leur "gel". Il explique cette mauvaise interprétation par des obstacles de langue. Au cours d’une conférence de presse, il a
seulement rappelé sa lettre du 20 juillet, "bien avant les événements du
mois d’août", au cardinal Decourtray pour lui dire que dans le contexte actuel, "nous entendions geler les dialogues - séminaires, colloques, rencontres officielles - mais pas du tout les contacts".
La preuve, relève-t-il, c’est qu’il n’y a pas un jour ou deux sans contact avec le cardinal Decourtray, "mon homologue catholique" pour les Accords de Genève. Mardi, d’ailleurs, Me Klein a été reçu en compagnie du
cardinal archevêque de Lyon par le premier ministre français Michel Rocard.
C’est pour éviter de faire rebondir à chaque fois le problème du carmel
d’Auschwitz que ces dialogues officiels - portant sur toutes sortes de sujets - ont été gelés. En effet, si actuellement une délégation juive quelconque rencontre publiquement une délégation catholique quelconque, quel
que soit le sujet qui doit être traité, on fera allusion au carmel. "Ce gel
est à la fois la manifestation d’un mécontentement à mon avis justifié, et
une mesure de sagesse". Me Klein précise que ce "gel" n’a rien à voir ni
avec la catéchèse du pape sur "l’infidélité" des Juifs ni avec les dernières déclarations du cardinal Glemp, qu’il est antérieur et que ce n’est pas
une rupture.
Les Polonais mal informés
Concernant les propos controversés du cardinal Glemp, Me Klein relève
que le primat de Pologne "fait beaucoup de déclarations, dans des sens très
opposés et contradictoires". "Je m’abstiens d’ailleurs de dire quoi que ce
soit à ce sujet, parce que c’est visiblement un conflit à l’intérieur de
l’Eglise catholique, et polonaise en particulier", poursuit-il. Pour ce qui
est du soutien de la population polonaise dans sa majorité à la position du
Primat, Théo Klein pense que les Polonais "sont mal informés et qu’on leur
a présenté les choses d’une manière totalement fausse".
En effet, si on leur dit: "Voilà, les Juifs veulent expulser les carmélites et prendre leur place parce qu’ils considèrent qu’Auschwitz-Birkenau,
c’est eux et personne d’autre", cela les révolte et on peut le comprendre.
Mais, souligne Me Klein en mentionnant les Accords de Genève, "comme ce
n’est pas le cas, je pense que le jour où ils seront bien informés, ils
réagiront différement". "On n’a jamais dit par exemple aux Polonais : mais
ce que veut la délégation juive, ce n’est pas du tout de supprimer un carmel pour mettre à la place je ne sais quelle synagogue, c’est de demander
très humblement et très gentiment aux carmélites de bien vouloir se déplacer de ce lieu et de ce bâtiment qui est lui-même un symbole de la shoah,
et surtout qu’il n’y ait pas de signe religieux du tout sur tout ce territoire, et pas de présence permanente".
Me Klein relève encore que personne n’interdira jamais à aucun
catholique, protestant, musulman, juif, athée... de venir là-bas, "mais
qu’il s’exprime dans le silence de son coeur, et qu’il n’y ait pas de
grande cérémonie ni de symbole... vous vous imaginez le champ de foire que
cela serait si chaque religion qui a eu des morts à Auschwitz venait
s’implanter là-bas...." (apic/be)