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    Ex-Yougoslavie: les convois humanitaires de Marie-José Currat (071293)

    APIC - INTERVIEW

    Noël ou le rendez-vous de Medjugorge

    Propos recueillis par Marie-Claude Fragnière

    Fribourg, 7décembre(APIC) La guerre en ex-Yougoslavie n’en finit pas de

    semer la mort. Et le sourire des politiciens affichés devant les caméras

    pour rendre compte de l’échec des négociations ne contribuera pas à rendre

    le leur aux populations dans la misère. Qui appellent, dans la détresse. Un

    appel entendu un jour par la Fribourgeoise Marie-José Currat. En 92, avec

    l’aide de son mari, elle organise un premier convoi humanitaire en direction de ce pays en guerre. Sept autres sont partis depuis. Bouffée d’air

    pur et généreux que la rencontre avec cette Bulloise d’une cinquantaine

    d’années, qui vit aujourd’hui une autre dimension de la maternité.

    Noël prochain, Marie-José Currat le passera à Medjugorje. Un sanctuaire

    marial qu’elle et son époux connaissent bien. Ils s’y trouvaient lorsque le

    conflit a éclaté... Le début d’un engagement, dont l’histoire remonte à une

    révolte. Sept fausses couches, toujours aux alentours de Noël... et l’évidence de ne jamais avoir d’enfant, alors que son but, en se mariant, était

    de fonder une famille.

    M.-J. Currat: Cela a été une réaction très négative de révolte. Je ne

    voulais plus prier, plus aller à la messe... Pour moi, tout cela était terminé. Et là-dessus me sont arrivées deux choses très graves, un accident et

    une maladie. Je suis passée très près de la mort et j’ai beaucoup pensé,

    réfléchi. Je suis allée à Lourdes avec mon mari et là, à notre grande surprise, on a repris confiance. Au retour, nous nous sommes remis à prier; en

    retrouvant le chemin de la foi, nous avons retrouvé le chemin de la vie.

    Très reconnaissants, nous sommes allés à Medjugorje... Nous y étions lorsque la guerre a éclaté. Nous avons d’ailleurs eu de gros problèmes pour le

    retour. Puis les voyages en ex-Yougoslavie ont été déclarés impossibles...

    APIC: Vous avez donc renoncé?

    M.-J. Currat: Non, car nous avons eu écho d’un appel de détresse par une

    infirmière habitant ici et dont toute la famille est à Mostar. Sa famille

    lui écrivait: "On a froid, on a faim, on n’a plus d’électricité". A partir

    de là, mon mari et moi avons désiré faire de l’aide humanitaire. Nous pensions au début partir tous les deux, avec une camionnette et quelques vivres. Après quinze jours, on a déjà dû envisager un camion, puis un semi-remorque de 80 mètres cubes.

    Mon mari et moi avons été stupéfaits de la mobilisation des gens. Nous

    avons été soutenus par les communes, les paroisses, les prêtres. J’ai rencontré personnellement Mgr Mamie, lui demandant s’il était possible d’organiser des quêtes pour l’ex-Yougoslavie. Il a tout de suite été d’accord,

    d’autant plus que lui-même s’était rendu sur place quelque temps auparavant.

    Ce que coûte un voyage d’aide humanitaire? Pour un camion complet, il

    faut compter entre 35 et 45’000 francs. Le premier voyage a été effectué

    en novembre 1992. Depuis, il y a eu sept convois.

    APIC: Comment réagit votre mari face à cette tâche qui vous prend votre

    temps, votre argent?

    M.-J. Currat: Ce n’est pas seulement ma tâche, car c’est à deux que nous

    vivons cela. Nous avons le même désir de faire quelque chose et nous nous

    investissons autant l’un que l’autre. Il prend une semaine de congé dans

    son travail pour m’accompagner là-bas. Pour nous qui n’avons pas eu d’enfant, cette communion dans l’action est véritablement une sorte de béton

    entre nous, un ciment qui nous soude. C’est quelque chose de très grand que

    l’on ne peut pas vraiment expliquer.

    APIC: Qu’est-ce qui vous fait le plus mal là-bas, quelles images vous

    poursuivent?

    M.-J. Currat: Ce sont ces gens qui nous montrent par gestes qu’ils ont

    froid et qui dès qu’on leur a donné des vêtements chauds (nos cartons sont

    répertoriés par tailles) reviennent habillés nous montrer comme ils sont

    heureux. Il y a aussi ces petits corps d’enfants à l’hôpital de Mostar,

    couverts seulement par un drap léger, alors que nous, nous arrivions avec

    nos vêtements les plus chauds. Une grand-maman m’a prise par la main et m’a

    serrée contre elle en sanglotant, disant combien elle avait besoin de savoir que dans d’autres pays on pense à eux.

    APIC: Comment va être Noël cette année à Mostar?

    M.-J. Currat: Je n’ose pas y penser. Je vous dirai cela quand on en reviendra. Le 24 au soir, on sera à la messe de minuit à Medjugorje et le 25,

    nous irons faire la distribution des repas à l’hôpital et dans les camps de

    réfugiés. Pourvu que la trêve de Noël soit respectée.

    On a certes besoin de jouets, mais surtout d’habits chauds pour les enfants et d’alimentation. Si je préfère 50 kg de pâtes ou une petite enveloppe? 50 kilos de pâtes, ça rend service, bien sûr, mais ce qu’un privé

    achète à un prix fort, nous pouvons, nous, l’obtenir à un prix très bas

    grâce aux grandes quantités commandées. Donc, avec une petite enveloppe,

    pour le même prix, nous pouvons avoir des quantités beaucoup plus grandes.

    Pour vous donner un exemple, nous payons le sucre 80 cts le kilo.

    APIC: Vous avez parlé d’images insoutenables là-bas. Lorsque vous rentrez ici, y a-t-il quelque chose qui vous dérange?

    M.-J. Currat: C’est la vie qu’on mène. Ici, on gaspille la marchandise.

    APIC: Ces voyages ont-ils changé votre quotidien?

    M.-J. Currat: Complètement. Notre vie a beaucoup changé depuis que nous

    allons là-bas. Maintenant, les repas au restaurant, les banquets qui accompagnent en général les grandes fêtes, l’entrée-plat de résistance-déssert

    de tous les jours ne nous sont plus possibles. Non, pas par solidarité,

    mais parce l’on n’a plus du tout envie de vivre en riches. C’est devenu impossible... une évidence. Cela ne nous demande même pas un effort. Et l’on

    s’aperçoit que c’est aussi un enrichissement personnel.

    APIC: Vous aimez votre vie, Marie-José Currat?

    M.-J. Currat: Oh oui, j’aime beaucoup ma vie, qui est devenue un continuel désir de faire plus, une continuelle soif. (apic/mcf/pr)

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