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    Rencontre avec Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador

    APIC - Interview

    "Je suis préoccupé par l’après-guerre"

    Sergio Ferrari/APIC

    SanSalvador (APIC) Le difficile processus de dialogue entre le gouvernement salvadorien et la guérilla laisse entrevoir la fin d’un conflit sanglant qui a fait des dizaines de milliers de mort durant cette dernière décennie. Mgr Gregorio Rosa Chavez, évêque auxiliaire de San Salvador, se déclare cependant "préoccupé par l’après-guerre", notamment parce que les

    Forces armées gouvernementales ne se préparent pas à cette nouvelle réalité

    qui commence à se dessiner : la paix ! Dans une récente interview accordée

    à un correspondant de l’agence APIC, Mgr Rosa Chavez espère un accord de

    cessez-le-feu pour l’automne.

    En effet, confirmant leur "volonté de paix", les insurgés du Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN) - la plus puissante guérilla

    d’Amérique centrale - viennent d’annoncer la modification et l’adaptation

    de leurs structures en vue d’une "lutte politique à fond". Les Forces armées salvadoriennes, quant à elles, ont beaucoup de difficultés à se faire

    à l’idée que la guerre est peut-être bientôt finie.

    S.Ferrari:Comment jugez-vous le processus de négociation entre le gouvernement salvadorien et la guérilla du FMLN ?

    MgrRosaChavez:Il faut distinguer la manière dont ce processus de négociation est perçu au niveau du peuple et comment il l’est par les gens qui

    ont plus d’informations. Au niveau du peuple, il passe par une crise de

    crédibilité, en partie par la lassitude causée par 11 années de guerre, et

    en partie par sa lenteur et par le peu d’informations sur ce qui se passe à

    la table de négociation.

    Un cessez-le-feu dès cet automne ?

    S.Ferrari:Vous parlez de lassitude du peuple. Est-elle la même à l’égard

    des deux pôles de la confrontation militaire ?

    MgrRosaChavez:Ici entre en considération un élément que nous ne pouvons

    passer sous silence, c’est l’appareil de propagande de chacune des parties

    en conflit. Il s’agit de voir quel côté a réussi à convaincre les gens de

    sa vérité. On peut avoir une idée plus objective, mais qui ne correspond

    pas nécessairement toujours à celle de la majorité.

    Ainsi, les récents sondages indiquent que ces derniers mois, l’image du

    FMLN dans la population a subi une détérioration. Je ne dis pas que cette

    conclusion est justifiée, ni qu’elle correspond à la vérité. Mais de fait,

    les enquêtes paraissent l’indiquer.

    Quant à mon propre jugement sur la négociation en cours, je pense que le

    processus se développe de façon positive et que nous nous approchons du

    premier dénouement, qui sera le cessez-le-feu. Certains parlent d’un maximum de quatre mois, et s’il n’y a pas de graves incidents en chemin, je

    pense que c’est une prévision correcte. Comme la négociation entre dans une

    phase critique, naturellement la confidentialité va être plus grande. Il

    faut aussi voir que les thèmes à négocier sont difficiles : comment mettre

    sur pied le cessez-le-feu; la démilitarisation; l’impunité...

    Mais nous avançons et je crois que cette année nous aurons une grande

    nouvelle à annoncer, celle que notre pays cesse de souffrir de la guerre.

    Certes, il manque encore beaucoup pour arriver à la signature de la paix,

    qui est l’autre grand moment que l’on attend.

    S.Ferrari:Le FMLN met en avant le fait que l’on est arrivé à un "match

    nul" du point de vue militaire, thèse rejetée par le gouvernement du président Cristiani et les Forces armées gouvernementales. Existe-t-il réellement un équilibre des forces au Salvador ?

    MgrRosaChavez:Je crois que l’expression est assez crispante pour les

    Forces armées. Je préférerais poser le problèmes en termes différents. La

    question est de savoir s’il y a une solution politique ou une solution militaire. Il me semble qu’il existe la conviction générale dans le pays - et

    c’est un élément très positif - que la solution doit être politique. Je

    crois que c’est l’un des grands succès que l’on a déjà obtenus dans le processus en cours. Le monde n’est plus tellement pour les solutions militaires. Aucun mouvement ne prospérera s’il tente d’imposer une solution militaire.

    Des dilemmes au sein de chacune des forces militaires

    Il y a deux armées en conflit. Nous ne pouvons pas dire que tout est tranquille au sein de l’une et que l’autre est toute en crise. Il y a dans les

    deux camps un processus traumatisant parce qu’il s’agit de passer à des

    réalités tout à fait nouvelles. La guérilla va passer à une lutte politique, sans armes. Elle est déjà d’une certaine manière traumatisée au plan

    idéologique par la nouvelle donne en Europe de l’Est. La guérilla est cependant plus attentive à réaliser son travail interne et je sais qu’elle le

    fait.

    Au niveau des Forces armées gouvernementales, par contre, les choses

    sont plus compliquées. Elles sont marquées par des thèmes générateurs de

    tensions, comme l’assassinat des six jésuites de l’UCA, l’épuration dans

    ses rangs, la démilitarisation. Il y a là des tensions et des tendances divergentes, et même une crise.

    Le plus important, que j’aimerais signaler, est que je sens que les militaires ne se préparent pas à franchir ce pas. Il y a peu de débats internes au sein de l’armée sur la nouvelle réalité qui se dessine. Je ne pense

    pas que cela soit bon. Le processus sera plus solide si les Forces armées

    se préparent également aux nouvelles échéances. Et il reste beaucoup de

    questions pour savoir s’ils accepteront réellement de dissoudre les "corps

    de sécurité", de réduire l’armée à un tiers ou à un quart de ses effectifs

    actuels, de créer une police civile...

    Mais les concessions sont la condition nécessaire pour que le processus

    aboutisse et permette la réconciliation et la concertation. Et l’un des

    éléments-clés du travail de réconciliation et de la nouvelle expérience par

    laquelle transitera la société salvadorienne, est notamment ce que l’on va

    accepter comme causes de la guerre et ce qu’il va falloir éradiquer pour

    qu’une expérience violente telle que nous l’avons vécue ne se répète pas.

    S.Ferrari:Un aspect du dénouement de la négociation qui dépasse les Salvadoriens est la présence des Etats-Unis et le soutien qu’ils ont apporté à

    la solution militaire durant toutes ces années.

    MgrRosaChavez:Ces dernières années, pour ce que nous en avons vu, la

    politique des Etats-Unis est assez imprévisible. Et ce n’est pas une bonne

    chose. Il semble que parfois les Américains vivent selon la conjoncture et

    que le Salvador est au pilori en fonction de ce qui se passe chez eux. La

    lecture de leur attitude est assez difficile, parce que la dernière décennie a montré que la politique des Etats-Unis face au Salvador n’est pas

    toujours cohérente. Je pense toutefois que la possibilité d’une intervention militaire américaine au Salvador a maintenant disparu. (apic/sf/be)

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