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    Rencontre avec le Brésilien José Correa, fondateur et directeur

    APIC - Interview

    du "Catholic Radio and Television Network" (CRTN) à Bruxelles

    Réévangéliser les territoires de l’ex-URSS

    Jacques Berset, Agence APIC

    Lviv, 20juillet(APIC) Son public: plus de 200 millions d’âmes, dispersées

    sur quelque 20 millions de km2, de la frontière polonaise à l’extrêmeorient soviétique, de Lviv à Vladivostok, d’Odessa à Vilnius, d’Alma Ata à

    Saint-Petersbourg... José Correa, avec ses émissions religieuses, a encore

    du pain sur la planche: après des décennies d’athéisation forcée, toute catéchèse interdite, les habitants de l’ex-URSS ont certes soif de spiritualité, mais il faut tout reprendre à zéro.

    La cinquantaine, le visage fin et souriant derrière des lunettes assez

    épaisses, somme toute l’allure d’un haut fonctionnaire affable. Surprise,

    José Correa, fondateur et directeur du "Catholic Radio and Television Network" (CRTN) - une organisation qui vise à réévangéliser l’ex-Union soviétique par le biais des ondes - n’est pas Européen, mais Brésilien.

    Installé depuis 5 ans à Bruxelles, cet avocat catholique, membre du

    tiers-ordre des carmes, n’a qu’une passion: apporter la Bonne Nouvelle derrière ce que l’on appelait autrefois le "rideau de fer". Il déclare avoir

    ainsi répondu à un appel intérieur très fort.

    JoséCorrea:Je ne suis pas journaliste de formation, mais juriste; j’ai

    exercé le barreau à Sao Paulo comme avocat, mais très tôt je me suis lancé

    dans le journalisme religieux. J’ai écrit comme "free lance" pour différentes revues brésiliennes et fait aussi du journalisme international pour "A

    Folha de Sao Paulo". C’est ce grand quotidien qui m’avait demandé de faire

    une série de reportages sur la vie des chrétiens en URSS. C’était au temps

    de Brejnev, en 1986. J’ai rencontré des communautés chrétiennes - catholiques, orthodoxes, quelques protestantes - en Ukraine, en Lituanie, en Lettonie, à Moscou, à Leningrad... De là mon intérêt pour ces pays.

    Idéalisme et amour chrétien

    J’ai été très frappé par leur idéalisme, leur amour chrétien, la façon

    dont ils vivaient cette situation très difficile, en particulier pour les

    catholiques. Par la suite, en raison des amitiés tissées sur le terrain,

    j’ai décidé d’apprendre le russe; j’ai commencé au Brésil même une action

    en faveur des catholiques de l’ex-URSS, un autre monde pour l’Eglise brésilienne, un monde "exotique". Les problèmes de ce continent sont tels!

    J’ai demandé aux gens - dans les paroisses, les églises - d’envoyer des

    dons, du matériel pour les églises et des paquets pour les prêtres clandestins uniates d’Ukraine, pour les paroisses latines qui fonctionnaient encore... Ces paquets n’arrivaient pas toujours, certains disparaissaient en

    route... On envoyait aussi de l’aide par le biais des touristes.

    APIC:N’y avait-il pas suffisamment de problèmes en Amérique latine et au

    Brésil même qui réclamaient la solidarité des chrétiens ?

    JoséCorrea:Je disais justement aux gens du Brésil: nous ici, nous sommes

    un pays pauvre et nous recevons beaucoup d’aide d’Europe et des Etats-Unis.

    Je pense cependant que nous avons quand même le devoir d’aider ces gens làbas, en Union soviétique, qui ont encore plus besoin que nous. Ils n’ont

    pas la liberté religieuse que nous avons ici. Nous pouvons aussi faire un

    petit sacrifice, sans oublier qu’il y a des Brésiliens très riches, qui

    peuvent bien donner un tout petit peu de leur immense superflu... Il est

    temps que les Brésiliens fassent aussi quelque chose pour les autres.

    Je cherchais non seulement de l’aide matérielle, mais aussi et surtout

    de l’aide spirituelle, des gens qui savaient le russe au Brésil et qui

    pourraient correspondre avec les chrétiens de là-bas, leur envoyer des lettres d’encouragement, des prières, etc. Je cherchais aussi des livres

    religieux en langue russe, et c’est comme ça que je suis tombé sur l’"Aide

    à l’Eglise en détresse" (AED), que je ne connaissais pas.

    APIC:Et comment êtes-vous finalement arrivé en Europe ?

    José-Correa:C’est en rencontrant le Foyer Oriental Chrétien à Bruxelles,

    qui était en ce temps-là la seule maison d’édition catholique en langue

    russe. Là, on m’a sollicité pour aider un tout petit programme de radio en

    langue russe - 15 minutes par semaines - confectionné par le Centre Saint

    Cyrille et Méthode. Je me suis dit que c’était une idée magnifique: pour la

    radio, il n’existe pas de "rideau de fer", on peut parler à des millions de

    personnes. C’est combien plus efficace que d’envoyer une petite lettre

    d’encouragement à une personne. J’ai immédiatement conçu l’idée de faire un

    programme de radio à un niveau professionnel.

    J’ai donc parlé au fondateur de l’AED, le Père Werenfried van Straaten,

    qui a trouvé l’idée excellente, tout en se demandant ce qu’un Brésilien

    pourrait bien faire là-dedans: "Vous n’êtes pas un homme de radio, vous ne

    savez pas la langue, vous ne connaissez pas bien ces pays..." J’ai dit que

    je voulais tout de même le faire. Il m’a alors donné les fonds pour une

    première expérience d’une durée d’un an, pour voir si je réussirais! Je me

    suis donc installé à Bruxelles, au Foyer Oriental Chrétien, et on a commencé des programmes d’une demi-heure, deux fois par semaine, avec l’aide de

    deux jeunes Russes.

    Dès le départ, une ouverture oecuménique

    Ils étaient retransmis par des émetteurs plus puissants comme Radio Monte Carlo qui nous permettaient de couvrir toute la Russie européenne. Nous

    avons commencé à recevoir du courrier de Russie, des lettres d’encouragement de gens enthousiasmés par nos émissions. Le grand pas en avant a été

    la rencontre à Paris avec Irina Ilovaiskaya-Alberti, directrice de "La Pensée Russe", une revue déjà très connue en Russie à l’époque, même si elle

    arrivait de façon clandestine.

    Nous cherchions quelqu’un de catholique mais ouvert aux orthodoxes, pour

    faire un programme qui soit bon pour les deux communautés. Dès le départ,

    avec le programme de Radio Blagovest, (Radio Bonne Nouvelle - Invitation à

    la prière), nous avons cherché une ouverture oecuménique, estimant que cela

    serait une grave erreur de faire un programme catholique pour le peuple

    russe, alors qu’il n’y a en Russie peut-être que 0,2 % de catholiques.

    Il fallait donc faire un programme d’évangélisation chrétien et non-confessionnel. Un programme de première approche pour ces gens qui ne connaissent presque rien. Même ceux qui s’affirment orthodoxes ne savent souvent

    rien de leur propre foi, car durant sept décennies, il n’y a pratiquement

    pas eu de catéchèse, pour des raisons évidentes.

    Nous sommes ainsi passés à un programme quotidien d’une demi-heure par

    jour, et aujourd’hui, nous arrivons à huit heures par semaine. Dès que

    l’ouverture s’est produite en URSS, nous avons cherché à passer des ondes

    courtes aux radios locales d’Etat, sur ondes moyennes et modulation de fréquence. Nous avons conclu il y a un an des accords avec la radio d’Etat

    russe, le réseau de Radio Ostankino, le plus important réseau russe, qui a

    plus de 350 émetteurs locaux. Ils étaient d’abord très réticents à l’idée

    de nous laisser un temps d’antenne. Ils nous ont finalement accordé un

    temps d’essai, mais avec la peur que nos programmes radios n’incitent à la

    division entre catholiques et orthodoxes.

    Les responsables de GOSTELERADIO - la radiotélévision de l’Etat russe nous offrent maintenant de doubler nos temps d’émission, considérant que le

    programme est superbe. Nous allons négocier un nouveau contrat à Moscou ces

    prochains jours. Nous ne payons pas en argent pour louer les temps d’antenne, mais nous faisons du troc: nous leur envoyons du matériel technique occidental pour équiper leurs studios. Nous sommes distribués sur tous les

    réseaux d’ondes moyennes, de modulation de fréquence et sur le satellite

    Horizont. Nous sommes également distribués sur le réseau câblé, un moyen

    très populaire en Russie, qui arrive dans tous les bureaux, les trains, les

    aéroports et même dans les prisons ou les bases militaires. Nous le savons

    parce que nous recevons des lettres d’auditeurs en prison ou d’officiers et

    de soldats de bases aériennes ou de casernes...

    APIC:Ya-t-il des raisons d’ordre idéologique ou politique motivant votre

    engagement en faveur des chrétiens de l’Est ?

    JoséCorrea:Au départ, évidemment, j’étais horrifié par les souffrances

    des gens sous le système communiste. Je voyais que dans ce système-là, il

    était impossible de résoudre les problèmes, et que c’était même la source

    de tous les problèmes. Mais j’ai décidé d’emblée de maintenir toute mon action dans le cadre strictement religieux. Si nous dépassions ce cadre, la

    radio pourrait créer des problèmes en tous genres et ne pas y survivre.

    L’appel que j’ai ressenti, c’était uniquement pour l’évangélisation. C’est

    ainsi que dans nos programmes de "Radio Blagovest" en langue russe ou de

    "Radio Voskresynnia" en langue ukrainienne, il n’y a pas de politique, y

    compris aujourd’hui que le communisme, grâce à Dieu, s’est effondré. Mais

    il reste les conflits ethniques et le problème des nationalismes.

    Au départ, l’hostilité de certains milieux catholiques

    C’est une règle d’or dans tous nos programmes radio: ne jamais entrer

    dans la politique. Il en est de même en matière religieuse, nous n’entrons

    jamais dans des polémiques et cherchons toujours ce qui unit. Ainsi en

    Ukraine, où la situation est très tendue avec les orthodoxes, nous les invitons à nous apporter leur propre matériel d’information. Au commencement,

    des secteurs catholiques ne partageaient pas cette ouverture, considérant

    que la radio était uniquement pour eux. Peu à peu, ils commencent à comprendre et en Ukraine, la hiérarchie gréco-catholique, notamment le cardinal Lubachivsky, appuyent cette orientation de manière très claire.

    Notre projet a certes suscité, au début, l’hostilité de certains milieux

    catholiques, notamment en Occident. On nous prenait pour une entreprise

    conservatrice, en raison de nos liens avec le Père Werenfried van Straaten

    ou du financement venant de Piet Derksen.

    Ne pas privilégier seulement certains courants d’Eglise

    Mais dès le départ, nous avions mis sur pied nos projets en accord avec

    la Conférence épiscopale de Belgique, qui a délégué un évêque pour la représenter dans notre conseil d’administration. Il s’agit de Mgr Luc de Hovre, évêque auxiliaire de Malines-Bruxelles et à l’époque secrétaire de la

    Conférence épiscopale. Nous avons aussi des liens avec le Vatican par le

    biais du Conseil pontifical pour les communications sociales. Ainsi, nous

    ne sommes jamais entrés dans la polémique, et aujourd’hui, nos actes aidant, tout s’est calmé.

    APIC:Vous ne privilégiez donc aucune sensibilité ecclésiale dans vos

    programmes ?

    JoséCorrea:En effet, si nous voulons promouvoir l’évangélisation là-bas,

    nous ne pouvons pas le faire en ne privilégiant que certains courants et

    mouvements de l’Eglise de l’Ouest. Nous ne pouvons pas montrer seulement un

    secteur de l’Eglise aux gens de l’Est, nous voulons montrer l’Eglise toute

    entière, travailler avec les différents groupes et sensibilités qui ont

    quelque chose d’intéressant à dire et qui se situent dans l’Eglise. Je suis

    tout à fait opposé à cette Eglise des petites chapelles, au sectarisme à

    l’intérieur de l’Eglise.

    Nous avons d’excellents amis chez les Focolari, dans la mouvance charismatique, mais aussi chez des gens considérés comme progressistes; ce qui

    compte, c’est qu’ils aient quelque chose de valable à offrir. Et cela va

    plus loin encore: nous ne voulons pas, dans ces pays de l’ex-URSS, l’exclusivité pour l’Eglise catholique, mais le respect des traditions locales. La

    preuve: la collaboration qui s’est instaurée avec Radio Sofia à Moscou, la

    radio officielle du Patriarcat orthodoxe russe! (apic/be)

    CRTN, une entreprise dans la ligne de la nouvelle évangélisation

    Financées à part égale par l’"Aide à l’Eglise en détresse" et la Fondation

    hollandaise "Témoignage de l’Amour de Dieu" de l’homme d’affaires Piet

    Derksen, les émissions destinées à l’ex-URSS sont assurées par le Catholic

    Radio Television Network (CRTN) à Bruxelles. Au début, en 1988, les émissions ne pouvaient être réalisées sur place. Elles étaient confectionnées à

    Bruxelles et à Paris, et les bandes envoyées par avion pour diffusion sur

    ondes courtes par Radio Monte Carlo ou Radio Veritas, à Manille.

    C’est seulement avec l’ouverture politique que la production d’émissions

    et leur diffusion ont pu commencer sur le sol de l’ex-empire soviétique.

    Aujourd’hui, le CRTN compte une quarantaine de collaborateurs, répartis entre le bureau central de Bruxelles, l’Ukraine, la Russie et la Lituanie.

    CRTN a également des projets audiovisuels pour l’Europe de l’Est. Il s’agit

    de sélectionner des émissions religieuses de qualité produites par les tv

    occidentales et convenant au public des anciens pays communistes. (apic/be)

    Des photos de ce reportage sont disponibles à l’agence APIC

    Centre catholique des médias Cath-Info

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