Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    L’unité des Eglises,

    APIC - Interview

    un objectif réalisable

    Konrad Raiser, secrétaire général (210493)

    du Conseil oecuménique des Eglises

    Evelyne Graf, Agence APIC

    Genève, 21avril(APIC) L’unité visible des Eglises est un objectif réalisable. Konrad Raiser, nouveau secrétaire général du Conseil Oecuménique des

    Eglises (C0E), y croit, malgré les difficultés qui s’accumulent sur le chemin de l’oecuménisme. A l’occasion de ses 100 premiers jours à la tête du

    COE à Genève, organisation qui rassemble plus de 300 Eglises membres - mais

    pas l’Eglise catholique - le pasteur Raiser fait le point sur cette construction de longue haleine.

    Rendre visible l’unité des Eglises, tel est l’une des tâches principales

    dont s’occupe le COE depuis sa fondation en 1948. Les initiateurs et responsables de ce grand rassemblement d’Eglises protestantes, anglicanes et

    orthodoxes n’ont jamais douté de l’importance de cet objectif, même si le

    chemin de l’oecuménisme est parsemé d’obstacles. Pour le nouveau secrétaire

    du COE, la pleine unité des Eglises, même si elle n’est pas pour demain,

    est cependant réalisable.

    APIC:Konrad Raiser, comment pensez-vous que les Eglises peuvent avancer

    sur le chemin de l’unité visible ?

    K.Raiser:La façon dont l’unité des Eglises peut être réalisée concrètement fait toujours l’objet de dialogues oecuméniques très sérieux, également avec l’Eglise catholique. Je pense qu’aujourd’hui toutes les Eglises

    sont d’accord pour dire qu’il faut réaliser un certain nombre de conditions

    fondamentales pour rendre possible l’unité visible. Il s’agit notamment de

    la confession de foi commune, de la célébration commune, en particulier de

    l’eucharistie, ainsi que la reconnaissance réciproque des formes de ministères qui existent dans les différentes Eglises.

    Au COE, ces conditions ont été exposées dans des études détaillées, comme le "Document de Lima" (BEM) sur le Baptême, l’Eucharistie et le Ministère, ou sur la confession de foi commune. La question de l’unité visible des

    Eglises sera au centre de la Conférence mondiale de "Foi et Constitution",

    qui se tiendra en août prochain à St-Jacques de Compostelle. J’espère beaucoup que cette Conférence mondiale donnera de nouvelles impulsions pour

    l’unité des Eglises, pour que nous puissions poursuivre notre chemin commun. Un chemin dont la direction nous est donnée dans la grande prière de

    Jésus que l’on trouve dans l’Evangile de Jean, une direction qui ne dépend

    finalement pas de nos décisions, puisque l’on est conduit sur ce chemin par

    l’Esprit Saint.

    APIC:Comment vous représentez-vous l’unité visible des Eglises ?

    K.Raiser:Pour moi, cela reste la description qu’en a faite l’Assemblée

    générale du COE en 1975 à Nairobi, c’est-à-dire que l’unité des Eglises se

    conçoit comme une "communauté conciliaire" d’Eglises locales unies entre

    elles. C’est un point de départ très important. Les situations et les formes de vie dans lesquelles les Eglises particulières témoignent de leur foi

    sont si différenciées que l’on ne peut plus se représenter l’unité des

    Eglises - a-t-elle d’ailleurs jamais existé - comme une donnée unitaire.

    Dans les faits, on ne peut se la représenter que comme une communauté vivante, pleine de diversités, comme cela se doit dans une communauté.

    APIC:Quel rôle joue la Commission "Foi et Constitution" au sein du COE ?

    K.Raiser: La Commission "Foi et Constitution" occupe une place irremplaçable au sein du COE. C’est l’unique commission du COE où des représentants

    de l’Eglise catholique romaine sont membres officiels. "Foi et Constitution" est également l’instrument de travail qui permet au COE de mener un

    dialogue continu avec les partenaires catholiques compétents. C’est d’autant plus important que l’Eglise catholique n’est pas membre du COE. Nos

    partenaires catholiques ont toujours souligné combien était importante pour

    eux la possiblité d’une collaboration continue au sein de la Commission Foi

    et Constitution. En aucun cas le COE ne souhaite y changer quelque chose.

    APIC: Avez-vous l’impression que les progrès obtenus au sein de la Commission Foi et Constitution concernant l’ecclésiologie ont trouvé un écho dans

    les déclarations de l’Eglise catholique, par exemple dans le nouveau Catéchisme?

    K. Raiser: Je dois avouer que je n’ai pas encore étudié le nouveau Catéchisme en détail à ce sujet. C’est une oeuvre très riche et il faut un certain temps pour l’étudier d’un bout à l’autre. Je découvre beaucoup de choses qui sont analogues aux résultats du travail et aux positions discutées

    au sein du COE. Il existe un large domaine de consensus sur ce que l’on appelle de façon abrégée l’"ecclésiologie de communion"; la déclaration de

    l’assemblée générale du COE à Camberra, qui parle de l’unité de l’Eglise

    comme "Koinonia" (communauté, communion), est un exemple dans ce sens.

    D’un autre côté, les récentes déclarations de l’Eglise catholique et en

    particulier la lettre du cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour

    la doctrine de la foi, donnent un accent très différent sur l’Eglise comprise comme communion et nécessitent des éclaicissements supplémentaires.

    Nous continuons à travailler sur ces points avec nos partenaires catholiques dans le cadre de Foi et Constitution. La lettre du cardinal Ratzinger

    n’est pas restée sans opposition au sein même de l’Eglise catholique. Le

    transfert de l’accent des églises locales à l’Eglise universelle, - là où

    précisément le Concile Vatican II ouvrait des perspectives importantes - la

    signification centrale du rôle et du primat du pape et leur reconnaissance

    comme condition indispensable pour l’unité visible, ne peuvent pas être acceptés sous cette forme par les Eglises membres du COE.

    APIC: Qu’espérez-vous de la cinquième Conférence mondiale de la Commission

    Foi et Constitution?

    K. Raiser: J’espère naturellement que cette conférence mettra en valeur les

    grands efforts accomplis depuis 20 ans par la Commission. J’espère

    également que dans les domaines de la compréhension et de la pratique commune du baptême, de l’Eucharistie et du ministère, on formule des voies,

    comme on l’a fait pour la déclaration de Lima. Les Eglises ont fourni des

    expertises détaillées. Un premier processus d’évaluation a eu lieu. Je pense que cette Conférence doit maintenant formuler des recommandations pour

    poursuivre ce processus. Troisièmement, j’espère que la conférence développera des perspectives qui fixeront les principaux points du travail de la

    Commission pour les prochaines décennies fixés. Car les Conférences mondiales ont lieu après de très longs intervalles.

    J’espère, par exemple, que la Conférence mondiale stimule le travail de

    la Commision pour réflechir à nouveau de quelle unité et de quel accord

    propre et explicite nous avons besoin. Existe-t-il un point déterminé à

    partir duquel on puisse dire: ’c’est assez’? La Confession d’Augsbourg, le

    texte de reconnaissance de la tradition luthériennne, prévoit dans son article sept que la proclamation sincère de l’Evangile et l’administration

    des sacrements selon l’Evangile suffisent à l’unité de l’Eglise. C’est

    peut-être trop minimaliste. Mais je pense que lorsqu’on engage la discussion sur ce sujet ou par exemple sur la proposition de "hiérarchie des valeurs" contenue dans le décret de Vatican II sur l’oecuménisme, il doit

    être possible de dépasser les problèmes qui surgissent à chaque nouveaux

    dialogues. Problèmes qui rendent les discussions interminables.

    A terme, cela ne peut pas être le sens de notre recherche de l’unité.

    Moralement, il doit y avoir une possibilité légitime de dire: ’maintenant

    c’est assez’. Nous devons être conscients que nous vivons dans une communauté avec l’Evangile et malgré les différences persistantes nous devons

    l’exprimer dans un témoignage joyeux. Pour utiliser un terme technique, on

    peut dire que c’est une des tâches de l’herméneutique de l’unité. Je souhaite que la Commission Foi et Constitution engage la discussion sur la recherche fructueuse de l’herméneutique des années 60 et 70 par rapport à la

    situation actuelle.

    APIC: Comment abordez-vous les tensions qui ont surgi au COE à propos de

    l’ordination des femmes?

    K. Raiser: Les tensions qui ont surgi après la décision de l’ordination des

    femmes dans l’Eglise anglicane d’Angleterre ne sont pas nouvelles dans le

    dialogue oecuménique. Toutes les Eglises qui, jusqu’à présent ont pris cette décision, se trouvent confrontées à des tensions. Dans aucune Eglise

    cette décision n’a été prise facilement. La communauté oecuménique dans laquelle les Eglises se trouvent exige que les Eglises respectent les décisions prises sérieusement et après un examen approfondi sur les conséquences théologiques, pastorales et oecuméniques. Le même respect vaut aussi

    pour les Eglises qui refusent l’ordination des femmes parce que contraire à

    leur tradition et à leur interprétation du Nouveau Testament. Je viens moimême d’une Eglise qui depuis 20 ans ordonne des femmes à la prêtrise et je

    peux témoigner que cette voie a enrichi la vie et le témoignage de notre

    Eglise. J’espère que les Eglises qui refusent l’ordination des femmes puissent trouver des voies pour exprimer de façon plus forte le témoignage des

    femmes dans la vie de l’Eglise. Le COE s’efforce de transformer ces tensions en une chance pour l’enseignement oecuménique.

    APIC: Ces dernières années, le COE a été critiqué pour ses déclarations politiques que certains estiment unilatérales. Je pense en particulier à la

    politique en Europe de l’Est. Comment voyez-vous les futurs engagements du

    COE?

    K.Raiser: La prise au sérieux d’une responsabilité politique commune dans

    le cadre de la justice et de la paix est depuis le début un des engagements

    centraux du mouvement oecuménique. Il a ses racines dans les déclarations

    de la première conférence mondiale des Eglises en 1925 à Stockholm qui

    disait que l’Evangile touche tous les domaines de la vie humaine, qu’ils

    soient personnel et public, spiritituel et politique. Dans les Eglises membres, il existe cependant des traditions diverses à propos de la perception

    de la responsabilité politique. On observe des formes différentes d’engagement politique. Il est question ici de l’appréciation de situations politiques dans lesquelles des jugements et des décisions sont nécessaires, sous

    des conditions qui ne sont pas partagées par toutes les Eglises membres. Le

    COE s’efforce de faire des consultations et de rechercher un accord, mais à

    l’avenir, s’il veut rester fidèle à sa tâche, il faudra aussi prendre le

    risque d’inititatives et de prises de positions qui suscitent la critique.

    Il faut rappeler en outre que le COE, dans ses déclarations publiques et

    également pour les questions politiques, n’a pas d’autre autorité que la

    force du témoignage.

    APIC: Vous êtes aujourd’hui depuis 100 jours secrétaire général du COE.

    Quelles expériences vous ont-elles particulièrement marqué?

    K. Raiser: J’ai été frappé à travers un nombre incalculable de messages, de

    lettres, de dialogues de constater combien la vision oecuménique est vivante dans le coeur de beaucoup de personnes. Il est encourageant de voir combien les gens sont prêts de tous les côtés à soutenir le travail du COE.

    L’expérience unique de la tâche de secrétaire général ne peut être appréciée qu’en ayant conscience de ce réseau d’intercession et de solidarité

    quotidienne. Je suis également impressionné par la richesse des expériences

    et des compétences des collaborateurs que j’ai trouvés au sein du COE. Je

    peux seulement espérer que les Eglises membres renforceront le COE qui est

    un instrument précieux pour la vie et le témoignage des Eglises dans le

    monde actuel.

    Encadré

    Konrad Raiser, qui a été nommé en août 1992 secrétaire général du Conseil

    oecuménique des Eglises (COE) à Genève, est né en 1938 en Allemagne. Il est

    marié et père de quatre fils. En tant que pasteur de l’Eglise évangélique

    luthérienne d’Allemagne, Konrad Raiser a étudié la théologie à Tübingen,

    Béthel, Heidelberg et Zurich, ainsi que la sociologie et la psychologie à

    l’Université d’Harvard. En 1970 il a été promu docteur en théologie à

    l’Université de Tübingen. De 1963 à 1965, il est vicaire de l’Eglise évangélique du Wurtemberg et travaille comme aumônier d’industrie à Berlin et à

    Stuttgart. Il a poursuit ensuite ses études aux Etats Unis. Entre 1967 et

    69, il est assistant à l’Université de Tübingen. Il est ensuite appelé à

    Genève pour être pendant quatre ans secrétaire de la Commission Foi et

    Constitution du COE. Il accomplit ensuite d’autres tâches au sein du COE.

    En 1983, il devient directeur de l’Institut oecuménique de la Faculté de

    théologie de l’Université de Bochum. Konrad Raiser est l’auteur de nombreuses publications dont "Identität und Sozialität" (1970) et "Ökumene im

    Übergang" (1989). Il a pris sa tâche de secrétaire général en janvier de

    cette année. (apic/com/eg/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus