Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Rencontre avec Mgr Wolfgang Haas, évêque de Coire

    APIC - Interview

    Si le pape lui demandait de se retirer,

    Mgr Haas l’accepterait dans l’obéissance

    Brigitte Muth-Oelschner, Agence APIC

    Fribourg/Coire, 28juillet(APIC) Mgr Wolfgang Haas accepterait de se

    retirer si le pape Jean Paul II le lui demandait. Dans une interview

    accordée à l’agence APIC à l’évêché de Coire, Mgr Wolfgang Haas confirme

    qu’il accepterait une telle demande du pape dans l’obéissance. Il révèle

    également le regard qu’il porte sur la situation de l’Eglise en Suisse et

    évoque ses positions et ses tâches en tant qu’évêque.

    APIC:On l’a réaffirmé après la dernière assemblée de la Conférence des

    évêques suisses (CES): il existe bel et bien un fossé qui sépare en deux

    l’épiscopat suisse. Mgr Haas, êtes-vous seul de l’autre côté de la barrière ?

    MgrHaas:"Tout d’abord, j’aimerais d’une part éviter de comparer, car

    toute comparaison engendre généralement de l’animosité et de l’envie. D’autre part, chaque évêque est évêque en responsabilité propre et il doit répondre en conscience de sa manière d’exercer son ministère épiscopal. Personnellement, étant le plus jeune dans notre collège épiscopal, j’ai un

    grand respect pour les autres évêques, qui ont exercé leur charge épiscopale de nombreuses années et également dans des périodes difficiles. Naturellement, je remarque aussi que sur un certain nombre de choses, nous ne sommes pas d’accord. Ce sont cependant des choses dont on discute depuis des

    années. De là à vouloir en faire pour ainsi dire un dissentiment fondamental ne me semble pas admissible.

    APIC:Cela signifie-t-il que, somme toute, vous ne voyez aucune opposition

    entre vous-même et vous frères dans l’épiscopat ?

    MgrHaas:Je ne peux accepter que l’on monte une opposition artificielle.

    J’admets volontiers qu’il existe certains points particuliers sur lesquels

    nous sommes d’avis différents. Cela, je ne veux pas le masquer. Mais ces

    points peuvent être discutés et ainsi nous pouvons entrer en dialogue sur

    une base objective. Cela signifie également pour moi que, de mon côté, je

    mette sur la table le plus d’arguments possibles pour rendre compréhensible

    ma vision pastorale. Par ailleurs, je constate aussi que maints confrères

    souffrent de la situation actuelle; cependant je n’accepte pas que l’on

    opère simplement une division entre les uns et les autres.

    Encore une fois: tout évêque est évêque et comme tel successeur des Apôtres. Il est envoyé par le pape et mandaté pour une Eglise particulière ou

    pour prêter son concours dans cette portion de l’Eglise. Il est celui qui,

    par un lien sacramentel, est relié au collège épiscopal dans le monde entier. Cette réalité fondamentale est incontestable. Elle demeure pour moi,

    même si un évêque devait avoir des vues tout à fait différentes des miennes.

    APIC: Dans un premier temps, la CES avait mis sur pied une Commission "tripartite" afin de trouver avec vous une solution aux problèmes existants.

    Cette Commission a renoncé à son mandat. Qu’est-ce que cela signifie pour

    vous ?

    MgrHaas:Lorsqu’on se fixe un but peut-être trop grand ou trop élevé, on

    ne doit pas s’étonner de ne pas l’atteindre.

    APIC: Comment définiriez-vous ce but que les évêques se sont fixé ?

    MgrHaas:Cela ne va pas qu’un groupe d’évêques limite de quelque façon

    que ce soit, empêche ou veuille mettre sous tutelle un autre évêque dans

    l’exercice de sa fonction épiscopale. Mais au fond, ils veulent aider les

    gens qui ont du mal avec l’évêque. Il s’agit pour cela de montrer que cet

    évêque ne veut en principe rien d’autre que ce que veut l’Eglise.

    APIC: Et vous, Monseigneur, que voulez-vous ?

    MgrHaas:Je ne crois pas que l’on puisse objectivement me reprocher de

    vouloir ou souhaiter faire quelque chose qui ne soit pas en accord avec le

    message du Christ et de son Eglise. Si je parle maintenant de l’Eglise, je

    pense à l’Eglise universelle, au collège des évêques sous la conduite du

    pape. Et je crois que je peux vraiment justifier jusque dans le détail que

    ce que j’enseigne, représente ou désire est en parfaite harmonie avec la

    doctrine et les directives de l’Eglise universelle. C’est pourquoi, il me

    semble aussi que c’est une manière d’agir avec un évêque hautement discutable que de tenter de le faire, dans un certain sens, changer de cap. Et

    dans ce cas, naturellement, un tel groupe doit faire l’expérience que dans

    certaines circonstances un évêque dise non. Cela vaut par exemple aussi

    pour certaines décisions personnelles que je considère comme justes.

    APIC: Peut-on en déduire, Monseigneur, que vous polarisez les fidèles ?

    MgrHaas:Je pense que la polarisation est une chose tout à fait triste et

    douloureuse. Mais en même temps je dis clairement que cette déchirure, qui

    existe, ne concerne pas la personne de l’évêque, c’est-à-dire ma propre

    personne, mais les choses que l’évêque, moi-même donc, représente et desquelles il répond. Il s’agit donc de choses objectives et de vérités de

    notre foi.

    APIC: Mais ne s’agit-il pas en fin de compte, dans toutes les discussions,

    de votre personne ?

    MgrHaas:Fondamentalement, il s’agit cependant du contenu du message.

    Car, en privé, je ne suis pas quelqu’un qui cherche querelle ou qui désire

    de quelque façon que ce soit semer la discorde. Par nature, je suis en réalité très pacifique.

    APIC: Mais comment expliquez-vous, après cette description de votre personnalité, que beaucoup soient irrités contre vous ?

    MgrHaas:Comme évêque, je suis en pleine communion avec l’enseignement de

    l’Eglise, de même qu’avec le droit canonique, et je désire agir ainsi dans

    l’exercice de mon ministère épiscopal. Je voudrais bien travailler avec la

    vision pastorale du pape, qui pour moi est une vision conciliaire, justement la nouvelle évangélisation. Cette vision "s’accroche" naturellement on peut le dire tranquillement - avec une certaine vision de l’Eglise ou de

    la vie ecclésiale qui, selon moi, est déjà trop établie. C’est pourquoi ma

    vision de la charge épiscopale est peut-être naturellement aussi une sorte

    de défi, une provocation face à la réalité ecclésiale telle qu’elle est vécue en Suisse, également à travers les institutions de droit ecclésiastique.

    APIC: Est-ce à dire que votre vision de l’Eglise diffère de celle des autres évêques suisses ?

    MgrHaas:En partie, sinon il n’y aurait pas de frictions. Mais je ne peux

    parler que de moi. Personnellement, je me sens très libre et en un certain

    sens "prophétique". Je ne veux pas être arrogant. J’essaie seulement de dire par là que je me sens très libre dans ce que je défends en tant qu’évêque. Il faut une certaine liberté pour ne pas se laisser écraser par la

    pression d’une certaine opinion publique, d’un appareil ou d’un cercle de

    personnes qui d’une façon ou d’une autre poursuivent une certaine politique. Dans ce sens, je me sens libre pour ma tâche d’évêque. Cela peut paraître contradictoire, parce que je suis fondamentalement très obéissant

    face à l’enseignement de l’Eglise, au pape et finalement à la volonté du

    Christ. En ce sens, je suis libre. Je suis prêt à défendre cette liberté,

    qui vient de la foi, mais pas un libertinage ou une quelconque idéologie de

    la liberté. Dans ce sens, la parole du Christ "La vérité vous rendra libres" est pour moi décisive.

    APIC: Qu’est-ce qui vous a marqué, comme homme, pour arriver à adopter cette attitude ?

    MgrHaas:Naturellement, cette attitude ne m’a pas été donnée simplement

    comme cela; j’ai aussi ma genèse personnelle. Mais effectivement, c’est un

    fait que cet accord fondamental - je ne dis pas adaptation, mais accord avec ce que l’Eglise enseigne traverse toute mon existence. Comment cela

    sera analysé psychologiquement et dans quel sens cela sera interprété ne

    m’intéresse guère; tout au plus en considération des fidèles que de telles

    analyses peuvent beaucoup troubler. Toutes les interprétations ne concernent pas ce que je considère comme une grâce. Je suis très reconnaissant

    pour cette grâce. Au fond, j’essaie toujours de m’orienter selon la vérité

    objective et en cela je m’efforce, d’aller au fond en ce qui concerne la

    valeur de vérité et la question de la vérité.

    APIC: On peut imaginer avoir un jour pris une décision en toute bonne foi

    et constater plus tard que cette décision n’est pas bonne. Etes-vous prêt à

    accepter que l’on vous corrige ? Vous-même, êtes-vous prêt à revenir en arrière ?

    MgrHaas:Si je n’étais pas prêt à le faire, je n’irais pas au confessionnal. Chacun doit aller son chemin avec plus ou moins de secousses. Le

    Christ dit: celui qui est debout, qu’il veille à ne pas tomber. Cela vaut

    pour nous tous. Pour les évêques, pour les prêtres, pour tous.

    APIC: Mais que se passe-t-il concrètement avec ceux qui souffrent à cause

    de l’Eglise en Suisse, dans le diocèse de Coire ?

    MgrHaas:Certes, c’est très douloureux et on ne peut donner toujours

    qu’une réponse partielle. Je pense que la souffrance réside dans le caractère transitoire de ce monde, aux contingences dans lesquelles nous vivons.

    Je reviens sur un thème démodé, mais nous devons être réalistes, car la

    contingence de notre vie a quelque chose à voir avec le péché originel et

    ses conséquences, le penchant au mal, qui forment notre cadre de vie. La

    souffrance, un autre nom pour "contingence", fait partie de ce cadre de

    vie. Il ne s’agit pas de savoir si quelqu’un souffre beaucoup ou peu, mais

    que celui qui souffre sache où il trouvera la force de supporter sa souffrance. Nous complétons par nos propres souffrances ce qui manque encore

    pour l’Eglise à la passion du Christ.

    APIC: Ces prochaines semaines, Mgr Karl-Josef Rauber visitera la Suisse en

    tant que délégué pontifical pour tenter d’apporter une solution aux problèmes existants. Si une solution résidait dans le fait que le pape vous retire l’exercice de votre charge d’évêque de Coire et vous confie une autre

    tâche, comment verriez-vous cette décision ?

    MgrHaas:Certes, s’il s’agissait de la volonté du pape, il va de soi que

    je m’y soumettrais sans aucun problème. Avant d’en venir à cette décision,

    j’exposerais naturellement très clairement mon point de vue et j’avancerais

    mes arguments, clairement et sans réserve. Mais si en dernier ressort le

    Saint-Père venait à considérer qu’une autre solution est juste ou meilleure, je ne m’y opposerais à aucun moment, mais j’accepterais une telle décision dans l’obéissance". (apic/oe/cor)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus