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    apic/Indiens/Brésil/Ceara/ ONU Genève

    APIC-Témoignage

    Brésil : La résistance tenace des Indiens Tremembé d’Almofada

    Une victoire sur la peur

    Visite d’une délégation indienne à l’ONU de Genève

    Propos recueillis par Bernard Bavaud, APIC

    Genève, 23juillet(APIC) Les Indiens Tremembé d’Almofada, sur le littoral

    ouest du Ceara au Brésil, à 270 km de Fortaleza, exigent que l’on respecte

    leurs droits à la démarcation de leur terre. Des représentantes de cette

    lutte témoignent cette semaine à Genève à la Commission des droits de

    l’homme des Nations-Unies. Dans un entretien accordé samedi à l’agence

    APIC, Maria Amelia Leite, de Fortaleza, qui accompagne depuis longtemps les

    Indiens du Nordeste, explique l’importance d’un appui international aux petites communautés indiennes disséminées dans tout le Brésil. Car contrairement à l’idée reçue, ce n’est pas seulement en Amazonie que des Indiens du

    Brésil luttent pour leur dignité.

    "Les Européens, quand ils parlent des Indiens du Brésil, pensent immédiatement Amazonie", déclare en souriant Maria Amelia Leite. Beaucoup ignorent que d’autres communautés indiennes subsistent dans le Nord-Est, au Sud

    et dans le Centre-Est du pays. Notre présence à l’ONU a pour but de mettre

    aussi en évidence cette réalité. Mais aussi pour dénoncer les députés fédéraux qui essayent de modifier le sens de la Constitution de 1988 qui assure

    et définit les droits des Indiens".

    L’Indienne Maria Francisca Cabral de Hollanda, appelée "Diana", membre

    active de la communauté Tremembé d’Almofada, et Edna de Souza, Indienne

    guarani du Mato Grosso do Sul, sont aussi venues à Genève. Cette dernière

    est fille de Marcal de Souza Tupaï qui avait exprimé devant le pape en 1982

    à Bélem, les principales revendications des peuples indiens. Il fut assassiné l’année suivante.

    Organisation collective

    Les deux Indiennes racontent la lutte et l’organisation de leurs communautés. La représentante du Ceara est fière de dire comment leurs efforts

    d’organisation collective portent parfois des fruits." Nous avons acquis un

    bateau et nous sommes en train de nous organiser pour la vente des crevettes et de poissons. Nous avons réussi à obtenir un congélateur et ainsi

    nous n’avons pas besoin d’intermédiaires. Nous vendons nous-mêmes notre petite production. Nous avons organisé aussi un Maison de la Farine de manioc

    pour la région de la plage".

    Edna de Souza explique, de son côté, son travail avec les femmes de sa

    communauté guarani dans l’artisanat, dans la culture de plantes médicinales

    et dans la recherche de nouvelles formes de subsistance. Troublée par le

    suicide de nombreux jeunes Indiens, elle a décidé aussi de travailler avec

    les jeunes pour les motiver à la lutte commune pour que le Brésil et le

    monde les reconnaissent vraiment.

    Persécution d’une grande entreprise

    Ce travail tenace d’organisation, pour sortir peu à peu de la dépendance

    des autres, provoque inévitablement oppositions et persécutions. Depuis

    1979, une entreprise établie au Ceara, la "DUCOCO Agricola SA", qui reçoit

    un soutien financier gouvernemental à travers la Surintendance pour le développement du Nordeste (SUDENE), envahit la terre des Indiens. Elle expulse les familles et détruit leurs cultures, les lagunes et les élevages et

    plante à la place des palmiers cocotiers.

    Les Indiens, isolés, sans rien connaître des luttes menées ailleurs par

    d’autres peuples indigènes, avaient de la peine à esquisser une résistance.

    Ils ont cependant refusé de quitter la région. Ils vivent constamment harcelés et humiliés, encerclés dans une sorte de couloir, entre le fleuve

    Aracati-Mirim et les clôtures de la "Ducoco".

    La victoire sur la peur.

    La démarcation de la terre reste l’objectif prioritaire de lutte des

    peuples indiens du Ceara. Cette revendication, appuyée par des médias et

    des avocats ouverts à leur juste cause, a démarré en 1993. Pour Maria Amelia Leite, "si la démarcation de la terre n’a pas encore abouti, leur première victoire est celle de la victoire sur la peur".

    Un document remis à la commission des droits de l’homme de l’ONU à Genève, signé par Francisco Marques do Nascimento, vice-Cacique Tremembé de Almofada et par Agostinho Felix Jacinto, Pajé Tremembé Almofada/Varjota, exprime avec force cette difficile première victoire: "Nous avions peur de

    nous reconnaître comme des Indiens, peur de réagir, de réclamer nos droits,

    peur de mourir comme baucoup des nôtres, baissant la tête devant les grands

    propriétaires, les politiciens, les commerçants. Nous avions peur du maire

    d’Itarema, envahisseur lui-même, qui a encerclé récemment des lagunes et

    nos lopins cultivés, coupant et brûlant des arbres fruitiers et faisant

    construire des routes pour ’développer le tourisme’. Nous avions peur de la

    police, toujours au service des envahisseurs. Nous avons toujours peur,

    mais nous n’en restons plus prisonniers. Nous nous organisons surtout avec

    les chefferies du Nordeste et avons de plus en plus de contacts avec d’autres, ailleurs au Brésil".

    Un cri de résistance

    Notre venue à Genève, affirme avec conviction Maria Amelia Leite, "c’est

    d’abord un cri pour affirmer que les Indiens du Ceara existent, qu’ils

    s’organisent. A partir de la lutte pour la terre, ils ont pu redonner vie à

    leurs traditions collectives et communautaires d’organisation, de prise de

    décision et de résistance".

    Au Ceara, ils sont maintenant quatre peuples indigènes à lutter pour la

    démarcation de leurs terres: Tapeba, Tremembé d’Almofala, Pitaguary et Genipapo-Kanindé. Ces deux derniers sont encore dans les démarches préliminaires, tandis que les Tapeba et Tremembé d’Almofala ont été reconnus, en

    juillet 1993, par la FUNAI, l’organisme gouvernemental qui s’occupe de la

    question indienne. Il ne manque maintenant que l’arrêté de démarcation qui

    doit être signé par le ministre de la Justice. Depuis quatre ans, d’autres

    peuples indigènes sont en train de s’organiser dans tout le Ceara: les Kalabaça, les Tabajara, les Kariri, les Potyguara et les Tupinamba. Comme le

    disent les signataires de la déclaration remise à l’ONU: "Eux aussi ont

    choisi de combattre la peur". (apic/ba)

    E N C A D R E

    Les Tremembé d’Almofala représentent près de 500 familles indiennes,

    éparpillées dans 20 villages, sur la plage et les terres avoisinantes ("matas"). Elles sont environ 3’500 personnes. L’aire se situe sur le littoral

    ouest de l’Etat brésilien du Ceara, dans la commune d’Itarema.

    Les colonisateurs européens sont arrivés autour de 1’500. Selon des historiens, ce littoral aurait été visité, même avant cette date, par des

    "étrangers". La terre Tremembé d’Almofala figure sur la carte de Vicente

    Pinzon.

    Entre 1898 et 1945, le village de la communauté indienne a été recouvert

    par des dunes de sable et elle a du se disperser à l’intérieur des terres

    malgré l’effort des habitants pour combattre les sables. Quand cette première "invasion" fut terminée, le village a été envahi par des gens "étrangers" ("gente de fora") qui ont bâti des maisons en brique. La terre fut

    alors occupée par des commerçants, des grands propriétaires et les Indiens

    ont été expulsés de leurs terres. Malgré des menaces de mort pour qu’ils

    abandonnent leur traditions, ils ont gardé un rituel - le "torém" - qui est

    le noyau culturel de leur résistance. (apic/ba)

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