Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Le texte contient 173 lignes (max. 75 signes), 1723 mots et 11640 signes.

    apic/Hauterive/ portraits des Pères-Abbés

    APIC-Reportage

    Art et tradition à Hauterive : les portraits des Pères-Abbés (291296)

    Bernard Litzler, pour l’Agence APIC

    Fribourg, 29décembre (APIC) Alta Rippa, Altaripa, Aulterive, Aultareving,

    Hauterive : l’abbaye cistercienne, près de Fribourg, érigée sur la "haute

    rive" de la Sarine a changé de nom à plusieurs reprises depuis sa fondation

    en 1131. Dom Mauro Lepori, élu en 1994, est le 59ème Père-Abbé depuis la

    fondation du couvent. Son portrait, peint par un artiste polonais, a déjà

    pris place dans la galerie des portraits des Pères-Abbés de Hauterive. Cette tradition ancienne se perpétue, malgré les méfaits du temps qui ont récemment contraint à une subtile restauration des portraits de ses prédécesseurs. Tour d’horizon dans ce parloir rehaussé par les peintures des prélats, témoins d’une histoire mouvementée.

    "J’ai dû poser pendant une heure et demie, tous les jours, pendant trois

    semaines", raconte en souriant Dom Mauro Lepori devant "son" tableau. Une

    longue pose pour un résultat convaincant. Le regard doux et l’habit blanc

    du religieux se détachent sur fond de Trinité. Image surprenante du jeune

    Père-Abbé, en lien avec le mystère du Dieu trine. Un nouveau portrait. "Pas

    celui d’un Abbé prélat comme au temps du baroque", ajoute Dom Mauro. Regard

    circulaire sur les peintures des précédents Pères-Abbés de Hauterive, dans

    ce vaste salon-parloir. Sont-ils tous à l’appel? Non, loin de là. L’abbaye

    ne possède qu’une douzaine de portraits. Certains ont disparu, d’autres

    sont en des mains privées... Une dispersion due à la fermeture de l’abbaye

    en 1848, en plein conflit du Sonderbund, et à la volonté de sauvegarder le

    patrimoine. "Même l’évêché à Fribourg possède un portrait de notre fondateur, Guillaume de Glane. Je ne désespère pas de le récupérer un jour",

    confie le supérieur. Néanmoins des figures marquantes de ces derniers siècles figurent en bonne place dans le salon du premier étage. Le doux sourire de Mgr Bernard Kaul, prédécesseur de Dom Lepori, voisine avec la mine

    plus austère des Abbés des XVIIe et XVIIIe siècles. Etonnante galerie, miroir du temps qui passe.

    La variété des représentations relève autant de l’histoire du style pictural que de celle, riche et tumultueuse, de l’abbaye. Des visages ronds,

    d’autres sévères, des mains fines ou plus grossières, des éléments de décor, livres, rideaux, tables, armoiries... Chaque portrait reflète son époque. Le parfait état de conservation des toiles ne doit cependant pas leurrer le visiteur distrait: si les portraits nous apparaissent aujourd’hui

    sans rides, c’est gràce à la récente restauration dont ils ont fait l’objet. Restauration réalisée avec le soutien de l’Association des Amis

    d’Hauterive.

    Un lent travail de restauration

    Bernadette Equey, restauratrice d’art fribourgeoise, avait déjà travaillé sur un retable pour l’église de l’abbaye: dans la foulée, elle s’est attachée à rendre aux portraits des Pères-Abbés leur éclat originel. Patient

    travail pour lutter contre les méfaits du temps et des hommes: toiles craquelées, déchirées, boursouflées, sales, cadres déteints. La silhouette

    d’un prélat, victime d’un tireur anonyme, était mème criblée de trous de

    balle!... Certainement un souvenir de l’époque où l’abbaye abritait l’Ecole

    normale d’instituteurs du canton, après 1859. "Il y a deux ans, l’association des Amis d’Hauterive a émis le souhait de restaurer l’ensemble du salon, parquet, murs,... et portraits, nous précise Dominique de Buman, président de l’Association des Amis d’Hauterive et syndic de la ville de Fribourg. C’est dans ce parloir que se tiennent les séances de notre comité.

    Nos membres ont donc pu se rendre compte de l’ampleur des dégâts".

    Certaines restaurations antérieures, douteuses, avaient mis à mal les

    tableaux par une dépose du portrait et un recadrage contestable. Il a donc

    fallu sortir ces vénérables "huiles sur toile" de leur châssis, les rentoiler ou consolider le support pour réduire les déformations, les soumettre à

    un travail de nettoyage méticuleux, de collage parfois, appliquer aux cadres et châssis un traitement contres les insectes, remettre un coup de

    pinceau pour combler les lacunes. "Ce ne fut pas une mince affaire, soupire

    la restauratrice d’art. Deux ou trois étaient vraiment dans un état pitoyable". La restauration dans les règles de l’art a nécessité d’adapter la

    technique, selon la surface et l’état de chaque portrait. Résine thermoplastique, pose de tissu polyamide pour réduire les déchirures, collage de papier de protection sur la face peinte, marrouflage sur un panneau de bois

    mince pour le plus abimé. Ce dernier a d’ailleurs constitué un vrai "cas

    d’école", aux dires de Bernadette Equey. Par l’accumulation des accidents :

    déchirures anciennes, collage de piéces de toile elles-mèmes trouées, apparition en relief des pièces rapportées, déformation de la couche picturale

    par la tension des collages, absence de vernis. Un vrai travail de... bénédictin, soigneusement réalisé.

    Dans certains cas, la lumière ultraviolette a été utilisée pour essayer

    de déceler ce que cachaient certains replis et vérifier l’état du vernis.

    Ainsi derrière un rideau du portrait de Bernard-Emmanuel de Lenzbourg,

    l’examen a permis de déceler le titre du livre placé à gauche du Père-Abbé:

    il s’agissait de la "Biblia Sacra". A présent, les tableaux ont tous réintégré leur parloir, comme au sortir d’un bain régénérateur. Seuls les souvenirs et les clichés réalisés par la restauratrice avant les interventions

    permettent de vérifier la qualité de la restauration jusque dans ses plus

    infimes détails.

    Les visages de l’histoire d’Hauterive

    Pour la communauté, la remise en état des portraits a agi comme une prise de conscience de la valeur de son patrimoine. Mais les figures peintes

    des Pères-Abbés ne correspondent-elles pas à une certaine richesse de l’abbaye? "La tradition du portrait est le reflet d’une dignité plus que d’une

    opulence", constate Dom Mauro. Transmettre un visage dit beaucoup, car

    c’est le sens d’une époque qui transparaît à travers chaque figure. Cette

    restauration a aussi réussi à souder la famille cistercienne à travers les

    siécles: "Le monastère est comme une famille et j’apprécie de voir le visage de mes prédécesseurs", note l’actuel Père-Abbé. Comment rendre, à l’époque moderne, l’image de la spiritualité monastique de Saint Bernard?

    C’est le pari réussi de Tadeusz Boruta à travers le portrait de Dom Lepori. L’artiste a complété le buste peint d’un fond où se détachent les

    silhouettes du Père, du Fils crucifié et de l’Esprit: "Cet ajout correspond

    bien à ma spiritualité et à ma devise "Caritas Christi omnia" (L’amour du

    Christ est tout), précise Dom Mauro. Le portraitiste s’est inspiré d’une

    des stalles de notre église". La Trinité semble accompagner la mission du

    religieux. Visée théologique de l’artiste et évocation de la vie monastique, solitude pour Dieu. Le Père-Abbé apparaît dans son mystère d’Abbé,

    rappelant que ce titre est lié au mot du Christ dans sa prière : "Abba",

    "Papa". Et le supérieur note avec humilité que cette représentation le fait

    méditer devant la profondeur du mystère divin. "Dans notre prière de complies, nous rappelons tous les soirs la mémoire de nos Abbés. Ils restent

    présents au delà des portraits de notre parloir". Quand l’art devient support de la prière...(apic/bl/ba)

    Encadré

    Les Amis de Hauterive

    L’Association des Amis de Hauterive compte plus de 4’000 membres. Elle

    est présidée par Dominique de Buman, actuel syndic de Fribourg. Curieux retour de l’histoire, un ancêtre de l’actuel président, son homonyme Dominique de Buman, exercera la fonction d’Abbé d’Hauterive entre 1659 et 1670.

    C’est gràce à l’action des Amis de Hauterive que les Pères-Abbés ont subi

    une bienfaisante cure de jouvence. L’Association dégage un bénéfice d’environ 100’000 francs par an, grâce aux dons et cotisations. "Ce bénéfice est

    voué au développement, à la promotion, à la protection d’Hauterive sous

    l’angle matériel et spirituel", indique le président. L’association soutient la Fondation d’Hauterive qui s’occupe de l’entretien des bâtiments.

    La Fondation est un établissement de droit public institué en 1966, présidé

    par Jean-Luc Baeriswyl. Prochain projet important des Amis de l’abbaye : la

    rénovation du magnifique cloître du XVe siècle dont les ogives gothiques

    nécessitent une coûteuse remise en état. Adresse: Association des Amis de

    Hauterive, Frère Michel, Chemin de Abbaye 2, 1725 Posieux. (apic/bl/ba)

    Encadré

    Un Père-Abbé bâtisseur et évêque du diocèse:

    Bernard-Emmanuel de Lenzbourg (1723-1795)

    Natif de Fribourg, Bernard-Emmanuel de Lenzbourg entre à Hauterive en

    1741, après une scolarité chez les jésuites. Homme d’une intense activité

    littéraire, il met de l’ordre dans les archives du couvent et se consacre à

    l’histoire de l’abbaye et du diocèse de Lausanne. Elu Abbé en 1761, il se

    distingue par la vaste campagne de construction de bâtiments conventuels,

    commencée sous Henri Fivaz (1715-1742). En 1778, il doit accepter une bulle

    papale fermant son couvent. En 1782, le Père de Lenzbourg est nommé évêque

    de Lausanne en conservant sa charge d’Abbé d’Hauterive. En 1783, il déplace

    l’évêché à Fribourg et annonce qu’il refuse de s’occuper du temporel de la

    charge d’Hauterive. La Ville de Fribourg nommera un moine administrateur

    responsable devant elle des biens du couvent. En 1792, Bernard-Emmanuel de

    Lenzbourg est nommé administrateur apostolique du diocèse de Besançon. Il

    meurt à Fribourg en 1795 et est inhumé à l’église des Cordeliers. (apic/blba)

    Encadré

    Repères historiques sur Hauterive

    1131-1137: Guillaume de Glâne, vassal des comtes de Bourgogne, puis des

    ducs de Zaehringen, fonde un monastère sur son domaine. Des moines de Cherlieu (Haute-Saône actuelle, en France) s’y installent en 1138. Le monastère

    d’Hauterive est élevé au rang d’abbaye et consacrée par l’évêque de Lausanne.

    1150/1160: Déplacement de l’abbaye à l’endroit actuel et première étape

    de construction de l’église, du cloître et des bâtiments conventuels.

    1250-1330: Agrandissement progressif par ajouts et transformations.

    1386: Pillage de l’abbaye par les Bernois, contrecoup de la guerre de Sempach. 1452: Passage de l’abbaye à la ville de Fribourg. 1761: reconstruction du bâtiments conventuels sous la direction de l’Abbé Bernard- Emmanuel

    de Lenzbourg. 1848: Suppression de l’abbaye et dispersion des moines: 1850:

    Installation de l’école d’agriculture. 1859-1939: Ecole normale d’Instituteurs. 1939: Grâce à Mgr Marius Besson, évêque du diocèse et à Joseph Piller, conseiller d’Etat, retour des moines, venant de l’abbaye de WettingenMehrerau (Autriche). Le monastère reçoit le statut de "maison d’étude".

    1966: La fondation d’Hauterive est constituée par le Conseil d’Etat qui décharge l’Etat de l’entretien des bâtiments: en contrepartie, le couvent reçoit des biens agricoles et forestiers. 1973: Elévation du prieuré d’Hauterive au rang d’abbaye. (apic/bl/ba)

    Des photos pour illustrer ce reportage sont disponibles auprès de l’Agence

    CIRIC à Lausanne (Tél. 021/ 617.76.13)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus