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    apic/Haïti/Bilan

    Haïti: Les moyens et les dollars manquent... pas les promesses

    Rien n’a vraiment changé depuis le retour

    d’Aristide, plus otage que décideur (230395)

    Bruxelles, (APIC/CIP) Rien n’a vraiment changé en Haïti depuis le retour du

    président Jean-Bertrand Aristide, plus otage que décideur. Manque de moyens, et d’argent surtout. La base populaire pourrait s’impatienter. Retour

    à la démocratie compromis? Les Américains semblent en tout cas tenir les

    rênes avec leurs dollars, à quelques jours de l’arrivée d’une force de

    l’ONU, en cette année électorale. Jean-Claude Jean, directeur de l’Institut

    Karl Levêque à Port-au-Prince depuis sa fondation en 1989 et secrétaire général de la plate-forme des droits de l’homme en Haïti, était le 16 mars

    l’invité d’Entraide et Fraternité à Bruxelles. Il fait le point.

    Le retour du président Aristide le 15 octobre dernier a-t-il ramené la

    démocratie? Il faut rappeler que ce retour s’est fait à la faveur d’un déploiement de forces d’occupation américaines dans une "opération de soutien

    à la démocratie" lancée le 30 septembre. Il est vrai que la répression et

    les brutalités exercées par les militaires haïtiens ont diminué, qu’il y a

    moins de violations des droits de l’homme, que la population se sent plus

    en sécurité et se remet à bâtir des projets sociaux. Mais la situation reste fort préoccupante, constate Jean-Claude Jean.

    En réalité, sur les plans politique, économique et judiciaire, "rien n’a

    changé", estime Jean-Claude Jean. Le nouveau gouvernement est contraint de

    composer avec d’anciens membres de la junte putschiste, dont les ministres

    des Travaux publics, de la Défense ("un criminel notoire") et de l’Environnement. Leur présence bloque l’accès à l’espace politique pour les organisations populaires, d’ailleurs largement démantelées.

    1995 sera une année d’élections en Haïti: législatives et locales le 4

    et le 25 juin, puis présidentielle, fin décembre. Les élections seront encadrées et financées aux trois-quarts par les Américains. Les fonds promis

    risquent bien d’être versés ardivement. Rien n’est donc acquis sur le plan

    logistique. Faute de moyens en temps voulu, y aura-t-il des élections honnêtes et crédibles? Dans le cas contraire, Jean-Claude Jean craint que les

    résultats ne soient pas à l’avantage de la population.

    Manque de moyens

    Sur le plan socio-économique, rien n’a changé non plus. Les prix des

    biens de première nécessité ont flambé. Le gouvernement n’a pas de moyens.

    Face à la hausse du coût du carburant, la grève des transports en commun

    s’est durcie. Les conséquences ont été catastrophiques. Quant à la levée de

    l’embargo, elle favorise surtout les plus fortunés. Ils recommencent à importer à moindre coût, les prix n’étant pas contrôlés par le gouvernement.

    La signature d’accords avec le Fonds Monétaire International et la Banque

    Mondiale contraint le gouvernement à privatiser les entreprises publiques

    rentables dans le secteur bancaire, les communications, les activités portuaires, le transport aérien, l’électricité, les cimenteries... En contrepartie des accords signés, une aide a été promise, mais pas un dollar ne

    sera versé avant six mois. Cette situation est intenable pour la population: ne va-t-elle pas protester contre le gouvernement du président Aristide?

    Sur le plan de la Justice, beaucoup reste à faire. Le gouvernement prône

    la réconciliation nationale et la justice. Il n’a toutefois pas les moyens,

    ni de juger les criminels, ni d’amorcer une réforme judiciaire. La suppression des forces armées était aussi Une des revendications populaires. Le

    président Aristide a certes réussi à imposer une forte réduction des effectifs. Mais la mise en place d’une police contrôlée par les Américains se

    fait par recrutement de candidats qui, en grande partie, étaient engagés

    dans l’armée. Leur formation est d’ailleurs étrangement confiée aux Américains...

    La "Commission de la Vérité"

    Principal résultat positif aux yeux du directeur de l’Institut Karl Lévêque: la Commission de la Vérité et de la Justice se met en place. Elle mènera une enquête sur les violations graves des droits humains, perpétrées

    ces trois dernières années. Le rapport sera rendu public, donc endossé par

    l’Etat.

    En attendant, le retour du président Aristide ne signifie pas un retour

    à la démocratie. Celle-ci est actuellement dans l’impasse. Les effets du

    coup d’Etat continuent de se faire sentir. Car, parallèlement à une démilitarisation effective de la vie publique, d’anciens dirigeants compromis

    hier dans la répression se sont maintenus au pouvoir. "La marge de manoeuvre du président est réduite: il est l’otage de la Communauté internationale, essentiellement des Américains. Il a exigé une réduction des effectifs

    de l’armée, mais le contrôle exercé sur les militaires par les forces d’occupation reste formel: les militaires haïtiens n’ont pas été désarmés, par

    plus que leurs acolytes des groupes paramilitaires", observe l’invité d’Entraide et Fraternité.

    Mgr Etchegaray "confisqué" par les évêques

    Jean-Claude Jean n’était pas à Port-au-Prince lors de la visite du cardinal Roger Etchegaray, envoyé spécial du Vatican du 8 au 13 mars. Mais il

    déplore que les évêques haïtiens aient "confisqué" le passage du cardinal

    en lui imposant "un calendrier qui ne permettait pas de rencontrer les acteurs directs de la démocratie en Haïti". Il ajoute, sur un ton plus grave:

    "La hiérarchie catholique du pays s’est alignée sur les positions des secteurs les plus conservateurs. Seul Mgr Romélus, l’évêque de Jérémie fait

    exception. De nombreux groupes chrétiens de la base et les religieux en général se reconnaissent du reste en lui. Mais il est marginalisé par ses

    collègues. En fait, le peuple n’attache plus d’importance à l’épiscopat,

    qui lui paraît s’être rangé de l’autre côté de la barrière".

    "Le président Aristide garde le soutien des secteurs démocratiques et

    des groupes intellectuels. Mais que peuvent-ils face au pouvoir des forces

    d’occupation à dominance américaine ?", s’interroge J.-C. Jean. Fin mars,

    ces forces céderont le relais aux troupes de l’ONU. Mais le contrôle restera américain. Dès lors, quel que soit l’enthousiasme des groupes démocratiques, il est à craindre que leur action reste entravée, conclut J.-C Jean.

    (apic/cip/pr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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