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    apic/Golias/Copin/Rwanda/Accusations/Réponse

    Après la mise en cause de l’abbé Sibomana,

    "Golias" persiste et signe

    Noël Copin: président de "Reporter sans Frontières":

    "une accusation scandaleuse, qui peut devenir criminelle" (170895)

    Lyon/Paris, 17août(APIC/CIP) Pour avoir cité dans son dernier numéro le

    nom de l’abbé André Sibomana parmi les religieux rwandais qui ont participé

    au génocide, la revue "Golias" a été assignée en référé devant le tribunal

    de grande instance de Lyon. Mercredi soir, celui-ci a annulé, sans se prononcer sur le fond, la procédure en référé intentée contre la revue par

    "Reporters sans Frontières" et l’abbé Sibomana, qui, dénonçant "la mise en

    cause infamante" du prêtre rwandais exigeaient de la revue un démenti.

    L’avocat de "Golias" a rappelé qu’une partie assignée en diffamation

    doit bénéficier d’un délai de dix jours à partir du début de la procédure

    pour préparer sa défense et présenter la preuve de ses allégations. Le P.

    Sibomana et "Reporters sans Frontières" ne font pas appel de la décision,

    mais ils réassignent "Golias" en référé, pour une audience à dix jours.

    A "Golias", on est satisfait de cette décision, "sans vouloir polémiquer

    et sans triomphalisme aucun", a déclaré à l’agence CIP Christian Terras. La

    revue a proposé à "Reporters sans Frontières", par l’intermédiaire de son

    avocat, "la solution la plus décente et la plus pertinente dans le contexte

    actuel", - déjà proposée dès le premier jour de la procédure, observe Ch.

    Terras -, "celle d’un droit de réponse dans le cadre d’une édition spéciale

    qui pourrait sortir d’ici une dizaine de jours, puisqu’ils ne veulent pas

    attendre la prochaine livraison de "Golias" qui doit sortir dans la seconde

    quinzaine de septembre".

    "Nous ne cherchons pas à polémiquer ni à faire des procédures, assure

    Christian Terras. On nous attaque, nous répondons, et la justice nous donne

    raison sur le fait que les droits de la défense n’ont pas été respectés.

    Donc acte".

    La revue n’a donc pas l’intention de publier un démenti; elle reste sur

    sa position "d’une possibilité de droit de réponse à hauteur d’une page

    grand format journal dans le cadre d’une édition spéciale, qui peut sortir

    très rapidement". Le directeur de "Golias" ajoute: "Nous ne craignons pas

    le débat sur le fond, s’ils veulent continuer. Mais j’espère qu’on gardera

    raison dans ce débat, car je trouve un peu lamentable que des associations

    qui défendent la liberté de la presse se fassent des procès comme ça".

    L’"ennemi numéro un" du président

    Le débat sur le fond, "Golias" n’y échappera pas, puisque la revue a été

    réassignée. Noël Copin, président de "Reporters sans Frontières", explique

    pourquoi dans l’édition du vendredi 18 août de "La Croix L’Evénement", dont

    il a été directeur de la rédaction (jusqu’en décembre 1994).

    Le journal commence par s’insurger contre les méthodes de "Golias", qui

    annonçait dans son dernier numéro, sous le titre "Ma machette et le goupillon", un dossier "exclusif" sur une vingtaine de "prêtres et pasteurs qui

    ont assassiné ou encouragé les assassins". Malgré quelques références, les

    accusations "restent souvent vagues, sans indication de sources", constatet-il, quand elles ne sont pas formulées au conditionnel, exposant au déshonneur et à la vengeance les personnes expressément nommées.

    Noël Copin rappelle le combat d’André Sibomana, directeur du bimensuel

    "Kinyamateka", le plus vieux journal rwandais de l’Eglise catholique, et

    Prix "Reporters sans frontières-Fondation de France" 1994, à qui Jean-Paul

    II a confié en décembre dernier le diocèse de Kabgayi en qualité d’administrateur apostolique. A. Sibomana, écrit-il, a révélé sa forte personnalité

    dès qu’il commença a écrire dans "Kinyamateka", sous le régime d’Habyarimana, dénonçant très vite la corruption du système, ce qui en fit l’"ennemi

    numéro un" du chef de l’Etat. "Par son courage, sa rigueur, sa lucidité,

    André Sibomana devint vite un exemple, ajoute-t-il, et fut le chef de file

    d’une presse rwandaise jusque là trop complaisante". Recherché par des miliciens pendant le génocide, il "sauva des familles tutsies, au péril de sa

    vie". Aujourd’hui, comme prêtre et comme journaliste, il a repris son combat, "avec le même courage, la même lucidité, la même rigueur".

    Quand la vie des personnes est en jeu

    "L’accusation portée contre lui par "Golias" sans aucune preuve est

    scandaleuse, poursuit Noël Copin. Elle peut devenir criminelle dans un pays

    qui, malgré les efforts de quelques-uns de ses dirigeants, est loin d’être

    un pays de droit. Les procédés de "Golias" sont contraires aux principes

    élémentaires de la démocratie en matière de justice, contraires aux règles

    déontologiques du journalisme, contraires à l’exigence chrétienne de vérité. Un triste exemple donné, en ces trois domaines, au Rwanda".

    Le Rwanda a un impérieux besoin de justice, écrit encore N. Copin, "mais

    la meilleur façon d’aider la justice ne consiste pas à lancer des accusations sans preuve et à bafouer ouvertement le principe de présomption d’innocence sans lequel il n’y a plus de vraie justice". Le Rwanda a besoin

    d’une presse qui soit vraiment au service de l’information, mais "l’exemple

    de journalisme qui peut être utile au Rwanda est celui de "Kinyamateka" et

    non de "Golias"", un journalisme respectueux des faits et non un journalisme "de rumeurs, voire de ragots". Le Rwanda a besoin d’une Eglise qui,

    "après les compromissions, les fautes, les erreurs, les faiblesses - peutêtre les crimes - de certains des siens, soit capable de faire un examen de

    conscience. L’Eglise universelle doit le faire aussi. Des représentants de

    cette Eglise, au Rwanda ou ailleurs, n’ont pas attendu "Golias" pour le dire dès les premiers jours des massacres ni pour agir".

    Après avoir relevé qu’un effort considérable a été entrepris, notamment

    dans le diocèse de Kabgayi administré par le P. Sibomana, N. Copin rappelle

    que le prêtre rwandais lui disait lui-même dans une interview réalisée pour

    "Midi moins sept" combien il attendait des chrétiens des autres pays qu’ils

    aident les chrétiens du Rwanda dans leur effort de vérité. Le président de

    "Reporters sans Frontières" conclut: "Ce n’est pas hélas le chemin suivi

    par "Golias". L’auteur anonyme de son dossier "exclusif" a oublié que la

    vérité exigeait la rigueur. Quand on se croit une vocation de contestataire, mieux vaut respecter soi-même les principes au nom desquels on conteste". (apic/cip/pr)

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