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    apic/Giniewski/La Croix des Juifs/COE

    "La Croix des Juifs": Un plaidoyer passionné, (131294)

    souvent injuste, de l’écrivain Paul Giniewski

    Il faut écouter le cri d’un homme qui souffre, demande le Père Dujardin

    Genève, 13décembre(APIC) "Hier, l’abaissement des Juifs semblait témoigner de la vérité de certains passages des Evangiles, aujourd’hui TelAviv, le kibboutz et tsahal, l’armée d’Israël, témoignent à leur tour que

    certaines promesses faites aux Hébreux sont réalisées, que la Bible dit encore vrai".

    Le ton est donné:militant et passionné! Le dernier livre de Paul Giniewski, "La Croix des Juifs", paru cet automne aux Editions MJR Genève la seule maison d’édition juive spécialisée de langue française - se veut

    un "acte de résistance"; il "prend parti pour les Juifs". Cet ouvrage de

    450 pages a également l’ambition d’esquisser un "enseignement de l’estime".

    Son but:le substituer à un "enseignement du mépris" à l’égard du peuple

    juif, pour utiliser les termes de l’historien juif français Jules Isaac, un

    homme qui inspira d’une certaine façon le pape Jean XXIII, grand promoteur

    du dialogue judéo-chrétien.

    Un futur Jean XXIV convoquerait le Concile Vatican III...

    Dans son ouvrage, qui ne manquera certainement pas de faire des vagues

    pour ses partis pris et les libertés parfois prises avec la vérité, Paul

    Giniewski souhaite l’avènement d’un futur Jean XXIV qui convoquerait le

    Concile Vatican III. Ce pape, qui proclamerait l’encyclique "Pro Judaeis",

    "affirmant haut et clair le lien du peuple juif avec sa terre retrouvée",

    demanderait à Israël, pour l’héberger, "l’hospitalité de sa capitale unifiée et éternelle".

    Pour cet écrivain et journaliste engagé, auteur de plusieurs ouvrages

    sur les problèmes du judaïsme et sur le conflit israélo-arabe, Auschwitz

    n’est pas un volcan éteint, et "quatre autres millions de Juifs sont exposés à son réveil, à une nouvelle shoah, la shoah en keffia". Allusion

    claire au couvre-chef typique des arabes du Moyen-Orient. Ainsi, pour Giniewski, l’ennemi est tout désigné: les périls qui avaient pris le visage

    d’Hitler "sont représentés cinquante ans plus tard par les Etats totalitaires, les Etats-terroristes et la puissance corruptrice des arabo-dollars".

    Paul Giniewski, dans son plaidoyer réducteur, met volontiers sur le même

    pied Himmler, Arafat ou Mgr Hilarion Capucci (exarque patriarcal grec

    melkite catholique de Jérusalem, emprisonné par les Israéliens sous

    l’accusation d’avoir transporté des armes pour l’OLP), associant sans nuances arabes et nazis...

    Utile rappel de l’"enseignement du mépris" à l’égard du peuple juif

    Là où Giniewski a raison et nous interpelle au plus profond de nous-mêmes, c’est lorsqu’il rappelle cet "enseignement du mépris" à l’égard du

    peuple juif accusé de déicide, si longtemps prêché par les Eglises chrétiennes, notamment par l’Eglise catholique. Et le livre mentionne à satiété

    le cortège bi-millénaire des ségrégations, des ghettos, des inquisitions,

    des pogroms, des innombrables crimes qui ont trouvé leur paroxysme dans

    l’holocauste nazi. La responsabilité des chrétiens, à cet égard, est très

    lourdement engagée.

    "Les chrétiens doivent entendre un tel récit, si injuste qu’il leur paraisse", estime ainsi le Père Jean Dujardin, secrétaire du Comité épiscopal

    français pour les relations avec le judaïsme, qui a finalement accepté

    d’écrire la préface de "La Croix des Juifs". "On ne peut pas demander à

    quelqu’un qui souffre d’être tout de suite un homme paisible, ni d’emblée

    d’être impartial", insiste ce grand connaisseur et ami du judaïsme et des

    Juifs.

    Interrogé par l’agence APIC, le Père Jean Dujardin considère que cet ouvrage, "qui tourne parfois au pamphlet" et qui fait bien peu de cas d’une

    méthode historique rigoureuse, n’est certes pas un instrument du dialogue

    entre juifs et chrétiens. "Mais il est un préalable pour comprendre la gravité de la souffrance juive et du malheur qui lui a été infligé, et dont

    l’histoire de l’Eglise porte la trace". (apic/be)

    Encadré

    Colère au Conseil oecuménique des Eglises

    La colère est grande au Conseil oecuménique des Eglises (COE), à Genève. A

    la lecture de certains passages du livre de Giniewski, le lecteur a l’impression que le COE est également contaminé par l’antisémitisme. A la page

    227 de son livre, l’auteur cite ainsi un document du COE de mai 1990 qui se

    propose de "dénoncer et de lutter contre l’antisémitisme".

    Et l’auteur de citer la phrase suivante: "Le Juif, l’éternel étranger en

    notre milieu, refuse de s’assimiler, reste étranger même après des siècles,

    nous avertissant ainsi de ce qui nous arrivera si nous permettons aussi aux

    Africains et aux Arabes de s’établir dans nos pays". Il s’agit là d’une

    phrase tronquée; le début dénonçait en réalité le fait que l’on fasse des

    juifs - en utilisant les arguments cités ci-dessus - les boucs-émissaires

    de tous les maux qui frappent actuellement la société.

    Il s’agit d’un document interne en anglais du suédois Hans Ucko, pasteur

    luthérien lui-même d’origine juive, chargé au COE des relations avec le judaïsme. Daté du 29 mai 1990 et destiné à la "European Task Force", il dénonce la résurgence de l’antisémitisme en Europe et mentionne notamment les

    arguments utilisés par les groupes qui propagent des accusations antisémites. Le but est d’inciter à la vigilance et à la lutte contre l’antisémitisme.

    Dans une déclaration à l’APIC, Hans Ucko déplore que Giniewski utilise

    des exemples d’antisémitisme en Russie et en France donnés par le COE pour

    justifier ses initiatives contre l’antisémitisme, en les attribuant au COE

    lui-même. "Je suis attristé par la façon dont M. Giniewski a utilisé mon

    texte, c’est mensonger et diffamatoire". Le COE entend bien protester contre cette façon de faire. (apic/be)

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