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    apic/Genève/Session pastorale/Conférence

    Session pastorale à Genève sur fond de conférence

    Euthanasie: la médecine moderne en question (290496)

    Genève, 29avril(APIC) L’euthanasie ne laisse personne indifférent. Et

    surtout pas les chrétiens. A l’heure où la question de sa libéralisation

    alimente nombre de débats parlementaires, l’Eglise catholique genevoise a

    décidé de consacrer une session pastorale à ce sujet brûlant.

    Une soixantaine de permanents laïcs et de prêtres se sont ainsi retrouvés au Centre St-Boniface, à Genève, autour d’un spécialiste en la matière,

    l’abbé Hubert Doucet, professeur d’éthique à l’Université Saint-Paul d’Ottawa (Canada). Illustrant son propos de cas concrets, sur lesquels il a invité chacun à se prononcer, le conférencier a permis à ses auditeurs de

    prendre conscience de la complexité du problème, qui ne saurait être résolu

    par une quelconque décision juridique. La réflexion morale consiste, selon

    le professeur Doucet, à permettre aux gens de se poser les bonnes questions

    de fonds. "Tel doit être l’objectif de notre pastorale", a-t-il souligné.

    Première constatation: aujourd’hui, l’euthanasie ne préoccupe plus seulement les théologiens et les philosophes, mais l’ensemble de la société.

    Les juristes, les politiciens, le personnel médical et hospitalier - et,

    bien évidemment, les malades -, tous se sentent concernés. En Hollande, une

    procédure juridique en vigeur depuis 1984 permet aux médecins qui abrègent

    la vie d’un patient à sa demande de ne pas être poursuivi s’ils agissent

    pour des motifs humanitaires. Aux Etats-Unis et au Canada, où le débat

    tourne surtout autour de l’aide au suicide, de nombreux médecins admettent

    ouvertement avoir pratiqué l’euthanasie. En France, plusieurs motions réclamant sa libéralisation ont été déposées devant le Sénat ou au Parlement.

    En Suisse, la question est également à l’ordre du jour. Parallèlement,

    l’euthanasie revient à la une des revues médicales spécialisées, tandis que

    les associations de patients ou de citoyens se forment pour réclamer de

    pouvoir "gérer leur propre mort".

    La mort n’est plus ce qu’elle était

    Pourquoi cette question préoccupe-t-elle tellement notre monde moderne?

    Le professeur Doucet y voit plusieurs raisons, toutes liées au progrès même de la médecine actuelle. Une médecine dont les performances techniques

    permettent de sauver des vies jadis condamnées et de retarder continuellement la mort. Nous mourons vieux. Nous ne mourons plus "naturellement". La

    lutte contre la maladie a créé une nouvelle catégorie de malades: les malades chroniques. Si elle est capable de diminuer - voire de supprimer - la

    douleur physique, elle est impuissante face à la souffrance morale. Elle

    peut engendrer à la longue un tel épuisement de tout l’être que les patients ne le supportent plus, malgré les soins dits "palliatifs" dont il

    sont entourés.

    C’est le cas, par exemple, de certains malades du sida qui préfèrent le

    suicide à un lent dépérissement. En d’autres termes, l’idée d’euthanasie

    "est une suite naturelle de notre conception même de la médecine, laquelle

    doit nous permettre, estimons-nous, de vivre sans souffrir le plus longtemps possible. Dès lors qu’une vie sans souffrance n’est plus possible,

    nous trouvons logique de demander que la médecine y mette un terme, par

    compassion pour celui qui souffre. Pourquoi de le ferait-elle pas? Elle en

    a les moyens".

    Argumentation théologique

    Pourquoi, en effet? "Parce que ce serait une manière épouvantable et

    dangereuse pour des êtres faibles de jouer à Dieu", disent certains. Ce type d’argument, très en vogue dans les milieux fondamentalistes, "ne correspond pas à notre expérience de Dieu, qui n’est pas jaloux qu’on lui vole

    un peu de pouvoir", commente le professeur Doucet. Autre argument - jamais

    réfuté mais rarement défini - à l’encontre de l’euthanasie: "La vie a une

    valeur sacrée, nous devons la respecter, nous n’avons pas de pouvoir absolu

    sur elle". "C’est certain, avance l’orateur, encore faut-il savoir ce que

    les gens veulent dire par "sacré". Intouchable? Tabou?. L’interprétation

    chrétienne, quant à elle, dit que la vie est sainte, parce que c’est Dieu

    lui-même qui la fonde".

    "Ce qui conduit à un troisième argument, tel qu’énoncé par la Congrégation pour la Doctrine de la foi: "La vie est un don de l’amour de Dieu, que

    nous avons la responsabilité de conserver et de faire fructifier". "Un argument qu’on aura peut-être du mal à introduire dans une conversation séculière, d’autant qu’il contient une ambiguïté", estime le professeur d’éthique: "Si la vie nous est donnée comme un cadeau - objecteront certains alors elle est à nous et nous pouvons en faire ce que nous voulons. Et si

    elle ne nous appartient pas, alors, c’est qu’elle n’est pas un don. Cette

    apparente contradiction se résout lorsqu’on considère le don non pas en

    termes de possession, mais de relation", explique le profeseur Doucet.

    "Dans la perspective biblique, le don est important parce qu’il fonde un

    lien - une alliance - entre celui qui donne et celui qui reçoit. Vouloir

    mettre fin à cette vie, c’est détruire ce lien".

    Question métaphysique

    La vraie question, insiste avec force le prêtre canadien, ce n’est pas

    de libéraliser l’euthanasie. Car le problème n’est pas légal, mais moral.

    Quel est le rapport de la médecine avec l’être humain? Que signifie mourir

    humainement? Et enfin: est-ce que notre responsabilité de société à l’égard

    des malades consiste à les prolonger, ou à leur permettre d’être encore des

    personnes dans la maladie? Il s’agit là de questions de fond, de questions

    métaphysiques "qu’on évacue en en faisant des questions techniques", conclut le professeur Doucet. (apic/gladys théodoloz/pr)

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