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    apic/Genève/ "Le Courrier"

    Le texte contient 90 lignes (max. 75 signes), 961 mots et 6180 signes.

    Genève: Rupture entre "Le Courrier" et l’Eglise catholique (290896)

    La rédaction rejette la proposition de la SCR

    Genève, 29août(APIC) La rupture entre l’Eglise catholique de Genève et le

    quotidien "Le Courrier" semble désormais consommée. Le journal refuse clairement la solution votée mercredi soir par l’assemblée de la Société catholique romaine de Genève (SCR).

    La SCR a décidé de participer désormais au financement du "Courrier" non

    pas par une subvention fixe garantie sur deux ans, comme souhaité par le

    journal, mais en lançant chaque année une souscription auprès de tous les

    catholiques du canton.

    Pour l’année 1997 seulement, elle s’engage à compléter si nécessaire les

    fonds récoltés pour atteindre la somme de 250’000 francs attendue par le

    journal.

    "C’est la sortie d’une crise, nous allons continuer sans l’Eglise. C’est

    un risque qui nous semble moins grave que de continuer de travailler avec

    des gens au bout du compte de mauvaise foi", explique le rédacteur en chef

    Patrice Mugny. "Nous partons du principe que nous arriverons à trouver assez d’abonnés (environ 1’500) pour compenser les 250’000 francs de la SCR.

    Sinon ’Le Courrier’ n’a peut-être plus de raison d’être".

    La proposition du comité a été acceptée mercredi soir par 17 voix contre

    13. La seconde proposition - celle que "Le Courrier" attendait - à savoir

    le maintien de la subvention de 250’000 francs pour 1997 et 1998 a été rejetée par 18 voix contre 12. Le problème des déficits de l’Eglise genevoise

    (probablement 1,5 million pour 1996) semble avoir pesé lourd dans le rejet

    de cette solution.

    Soutien financier garanti pour 1997, refus de la NAC

    Aux yeux de la SCR cette décision devait être en mesure de satisfaire

    "Le Courrier" puisque le soutien financier est garanti pour 1997. Selon les

    estimations, le coût du lancement de cette souscription s’élevera à 50 ou

    60’000 francs. Le bureau élargi de la NAC, l’association éditrice, a décidé

    à l’unanimité de refuser la dernière proposition de la SCR et va donc proposer à l’assemblée générale de la NAC de la rejeter, a indiqué Patrice

    Mugny jeudi à l’APIC.

    Le coup de la souscription n’est pas inusable

    "’Le Courrier’ a décrété qu’une souscription ne fonctionnerait pas. Je

    ne suis pas d’accord", remarque de son côté Mgr Pierre Farine. La souscription sera envoyée aux quelque 120’000 "contribuables" catholiques genevois.

    Elle se fera à part de la contribution ecclésiastique ordinaire. Son coût

    sera pris en charge par la SCR.

    Pour 1997 les 250’000 francs sont garantis au "Courrier" même si la

    souscription donne moins; la souscription sera renouvelée les années

    suivantes. "Si la démarche est sympathique et bien faite, je crois que

    c’est jouable", estime le nouvel évêque auxiliaire à Genève.

    Une vision que ne partage pas Patrice Mugny: "Le Courrier" lance déjà

    chaque année une souscription. Les catholiques qui soutiennent le journal y

    participent. Que vont-ils alors faire? Celui qui verse à la souscription de

    l’Eglise ne versera pas une deuxième fois au "Courrier" et vice-versa. "En

    fait ce qui importe pour l’Eglise c’est le ’feu vert’ signalé par le versement des catholiques. Soit l’Eglise "mangera" une partie de nos souscriptions, soit elle pourra dire que peu de catholiques participent et donc que

    "Le Courrier" n’est pas aimé. Les deux souscriptions ne vont pas se cumuler

    mais s’annuler.

    "La souscription du "Courrier" nous rapporte entre 300 et 350’000 francs

    par an. A cela s’ajoutaient les 250’000 francs de la subvention qui nous

    permettaient bon an mal an de nous en sortir. De plus, à long terme, nous

    n’avons plus aucune garantie. Si un jour la souscription de la SCR ne rapporte plus que 30’000 francs nous n’aurions plus que cela."

    Le dialogue encore possible?

    La SCR a en outre insisté pour que le dialogue avec l’équipe rédactionnelle se poursuive et se renforce. La commission de dialogue mise sur pied

    l’an dernier doit continuer son travail, a recommandé l’assemblée.

    "Un certain nombre de personnes dans la SCR, mais il s’agit d’une infime

    minorité, veulent la peau du ’Courrier’", reconnaît Mgr Farine. Mais personne, lors de l’assemblée du 28 n’a repris l’histoire de la ligne rédactionnelle, ni celle de la tête de Patrice Mugny. "L’histoire du mois de

    juin que je n’avais pas aimée du tout n’a pas été discutée."

    "La SCR entend poursuivre le dialogue, mais ne respecte pas sa part de

    l’accord. Pour nous il n’est pas possible de continuer de travailler avec

    des gens qui ne respectent pas les choses convenues, rétorque P. Mugny.

    "Alors même que Mgr Farine avait dit qu’il défendrait le principe de la

    convention de mai, il ne l’a pas fait."

    Vers la disparition du "Courrier"?

    Un dialogue de sourds qui risque de mener à la mort du "Courrier"? On

    s’en défend formellement de part et d’autre.

    "Si ’Le Courrier’ disparaît c’est une voix importante à Genève qui disparaît. Elle doit nous rappeler notre mission auprès des marginaux, des

    pauvres, des blessés de la vie ici et ailleurs, remarque le nouvel évêque

    auxiliaire. Je ne veux pas non plus que ’Le Courrier’ devienne un bulletin

    paroissial."

    "Dans une histoire comme celle-là, il n’y aurait que des perdants et pas

    de vainqueurs. J’en suis persuadé. Nous n’avons malheureusement pas réussi

    à nous mobiliser autour d’une solution commune. Nous sommes tous très orgeuilleux et voulons chacun notre solution".

    Patrice Mugny relève qu’il n’a pas à faire "la preuve que nous tenons au

    ’Courrier’ mais nous n’y tenons pas à n’importe qu’elle condition." Mgr Farine et l’Eglise institutionnelle ont accepté le risque de laisser tomber

    ’Le Courrier’, déplore-t-il.

    L’avenir? ’Le Courrier’ prend le risque de l’assumer seul. "Nous allons

    refuser les 250’000 francs pour l’année 1997. Du moment que la SCR ne respecte pas l’accord, nous considérons que l’Eglise a rompu avec ’Le Courrier’ même si c’est par une manoeuvre ou une astuce", conclut P. Mugny.

    (apic/mp)

    Encadré

    Compromis ou fuite en avant?

    Par 17 voix contre 13, la décision de la SCR de transformer la subvention

    accordée au ’Courrier’ en souscription ’garantie’ a suscité de vifs débats.

    Pour Luc Thévénoz, membre du comité de la SCR, "cette proposition, envisagée comme un compromis entre deux mouvements contradictoires au sein de

    l’Eglise, préserve le lien entre l’Eglise catholique et le journal sans engager les mécontents."

    Eric Revillet, membre de l’assemblée, exprime l’aspect mitigé du vote:

    "La rédaction du "Courrier" a tout fait pour qu’on arrive à cette décision,

    même si je pense qu’elle n’est pas bonne. Elle représente une fuite en

    avant des responsables pastoraux et pourrait se généraliser à d’autres secteurs d’activités de la SCR. On ne peut pas demander aux gens de payer

    partout: la contribution ecclésiastique, l’abonnement de soutien, et une

    participation à la souscription."

    Pour Manuel Grandjean, rédacteur en chef adjoint, "l’Eglise veut se débarasser du journal sans le dire. L’argument majeur qu’elle avance est le

    manque de moyens. Mais lorsqu’en juin la SCR avait associé l’octroi de la

    subvention au départ de Patrice Mugny, elle avait implicitement reconnu

    pouvoir disposer de cette somme. Et en assurant pour l’année 1997 un montant de 250’000 francs plus 50’000 francs nécessaires pour lancer la souscription, il est difficile de faire croire à l’excuse budgétaire. Refuser

    l’inacceptable n’est pas désirer la rupture. C’est l’Eglise qui l’a achevée", conclut M. Grandjean. (apic/arl/mp)

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