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    apic/Gaillot/Débat à Antenne 2

    France: Débat sur "l’affaire Gaillot" à (220195)

    l’émission télévisée "Le jour du Seigneur"

    Programmation bouleversée par les remous suscités par sa révocation

    Paris/Bruxelles, 22janvier(APIC/CIP) A l’occasion de la Semaine de prière

    pour l’unité des chrétiens, une émission commune était prévue ce dimanche

    sur France 2 par les responsables de "Présence protestante" et ceux du

    "Jour du Seigneur". D’un commun accord, l’émission oecuménique a été déprogrammée en raison de l’importance des remous provoqués par la révocation de

    Mgr Gaillot comme évêque d’Evreux.

    L’émission catholique "Le jour du Seigneur" a donc présenté, le 22 janvier, un débat sur cet événement, qui a réuni Mgr Jacques Delaporte,

    archevêque de Cambrai, Mgr Gérard Defois, archevêque de Sens-Auxerre,

    Danièle Hervieu-Léger, sociologue, et Hervé Legrand, dominicain,

    spécialiste de l’ecclésiologie et professeur à l’Institut Catholique de

    Paris.

    La collégialité épiscopale et la transparence remises en question

    "Je regrette l’événement", déclare d’abord Mgr Delaporte, qui ajoute:

    "Apprendre cela à la radio est difficile à supporter pour un évêque. Nous

    avons beaucoup de progrès à faire dans la collégialité, y compris avec le

    premier des évêques dans la collégialité: le pape".

    Mgr Defois s’est entretenu avec un certain nombre des 300 personnes qui

    lui ont fait part de leurs protestations devant la décision romaine. "Le

    mouvement d’opinion ne m’a pas trop étonné. La presse, la radio et la télévision font sortir les débats de l’Eglise. Les 300 personnes m’ont dit

    qu’elles n’étaient pas forcément d’accord avec Mgr Gaillot, mais lui, ontelles souligné, était avec les exclus. Nous avons donc à l’entendre. Ces

    personnes n’étaient pas d’accord non plus avec la manière dont les choses

    se sont passées. Il y a effectivement un devoir de transparence."

    Pour Mme Hervieu-Léger, l’événement est "révélateur qu’un discours d’autorité ne passe plus dans notre société, mais révélateur en même temps

    d’une attente considérable à l’égard de gens qui apparaissent comme des témoins de sens. Mgr Gaillot est de ceux-là, mais il n’est pas le seul.

    L’événement fait donc apparaître une distorsion entre le discours de sens

    et le discours énonciateur de la norme."

    Les chrétiens ont aussi voix au chapitre

    Le Père Legrand souligne pour sa part que la collégialité, "ce sont les

    responsabilités portées ensemble et les décisions prises ensemble. Dans

    cette situation-ci, la collégialité a mal fonctionné." Le théologien laisse

    entendre que la décision aurait peut-être été prise en l’absence du pape,

    qui était en Asie. Il ajoute qu’un évêque est "inséparable de son diocèse"

    et que "les chrétiens ont aussi voix au chapitre".

    Mgr Defois admet qu’il y a "un problème de communication entre le monde

    et l’Eglise. Ce qui ne veut pas dire que l’Eglise doit faire siennes les

    positions du monde. Mais cette différence doit être exprimée d’une manière

    qui soit significative d’un point de vue évangélique." "Les questions qui

    éclatent, comment les gérer?" demande l’archevêque de Cambrai. "Comment

    l’Eglise propose-t-elle le message de l’Evangile?". Mgr Delaporte se réfère à l’exemple même de Jésus, "qui a toujours fait appel à la responsabilité des personnes. Quant à nous, nous avons encore beaucoup à faire, mais

    pas en solitaires : tous ensemble !"

    Rapports difficiles de l’Eglise avec la modernité

    Pour la sociologue, "l’Eglise voit encore la modernité comme une réalité

    qui est en face d’elle. Elle l’a longtemps condamnée. Au Concile Vatican

    II, elle ne l’a pas bénie dans tous ses aspects. Aujourd’hui, la modernité

    est la condition même où l’Eglise est prise dans notre société. La modernité, c’est une réalité où l’individu est au centre". A l’Eglise donc d’en

    tenir compte dans sa communication, explique D. Hervieu-Léger.

    "Il faut accepter d’être partenaire d’un débat et d’y entrer", insiste à

    son tour le Père Legrand. "Jacques Gaillot a accepté le débat. Ce qui fait

    que beaucoup l’ont compris et ont commencé, à partir de ce moment, à

    éprouver une certaine sympathie. Il ne suffit pas cependant d’écouter et de

    débattre. Mais les regards que nous donnons, de la part de l’Eglise, sont

    souvent trop lointains, trop éloignés de la vie quotidienne. Il nous

    revient donc à nous aussi d’organiser le débat. Sinon, nous en serons

    dessaisis."

    Retrouver tous ensemble le souffle de Vatican II

    "Le grand problème est que nous retrouvions tous ensemble le souffle de

    Vatican II", suggère Mgr Defois. L’archevêque dénonce cependant un certain

    regard unilatéral porté par les médias sur l’Eglise ou sur l’épiscopat: "Ne

    croyez pas que nous ayons peur de la divergence d’opinions." "Je suis sur

    le terrain en permanence: le débat ne manque pas", confirme Mgr Delaporte.

    "Le problème est que les évêques sont perçus avec un fort impact social. La

    télévision téléscope d’autres médiations. Il faudrait restaurer une diversité de médiations."

    Le Père Legrand rappelle : "Une Eglise sans opinion publique est une

    Eglise blâmable, disait Pie XII. Il y a longtemps eu des assemblées générales dans l’Eglise. Au Moyen Age, ce qui devait être accepté par tous devait

    être débattu par tous. Non que l’Eglise soit pour autant une démocratie. La

    foi est reçue. La résurrection n’est pas l’objet d’un vote." De son côté,

    la sociologue fait remarquer : "Le fait que le pape est reçu en direct à la

    télévision téléscope aussi le débat à la base. Mais le problème majeur

    porte sur la légitimité même du débat public, c’est-à-dire du débat où les

    réponses ne sont pas connues d’avance, même si l’on peut indiquer les

    références à la foi."

    Un coup porté à l’oecuménisme"

    Pour le Père Legrand, la révocation de Mgr Gaillot "est un coup porté à

    l’oecuménisme". "Nous avons du travail à faire pour la manière d’exercer

    l’autorité." Et de distinguer trois niveaux d’autorité : "Il faut redécouvrir l’exercice personnel de l’autorité. Il y a un exercice collégial de

    l’autorité ; et la collégialité, cela s’apprend. Enfin, il faut redécouvrir

    l’autorité avec l’ensemble du peuple chrétien."

    Pour l’avenir, les participants tiennent chacun à respecter d’abord la

    décision que Mgr Gaillot prendra lui-même. "La réponse lui appartient",

    souligne d’abord Mgr Defois, qui rappelle que Mgr Gaillot a lui-même déclaré qu’il envisageait de se retirer pendant un mois et demi dans un monastère. Et d’ajouter : ""Comme vous le savez, il demeure évêque et il sera tout

    à fait disponible. Ou bien il souhaite avoir des missions spécifiques en

    lien avec la Conférence épiscopale, ce qui est évidemment à voir avec lui

    et à étudier, ou bien il souhaite avoir un ministère dans un diocèse et là,

    si vous voulez, chacun d’entre nous serait prêt à l’accueillir dans un ministère, comme il le souhaitera, selon les possibilités."

    Hervé Legrand "souhaite beaucoup qu’un homme comme Mgr Gaillot ne reste

    pas haut le pied. Il a montré, dit-il, sa grande capacité à rejoindre les

    exclus sur des points vraiment spécifiquement évangéliques - car Jésus,

    dans l’Evangile, s’adresse spécifiquement aux exclus religieux. Eh bien, un

    homme comme ça doit continuer à apporter le message de Jésus chaque fois

    qu’il est oublié ou peut-être même trahi."

    Danièle Hervieu-Léger attire l’attention, en tant que sociologue, sur la

    manière dont Mgr Gaillot assurera "la gestion de son propre charisme et

    celle de la popularité qui l’entoure aujourd’hui". L’avenir de Mgr Gaillot,

    selon Mgr Delaporte, pourra s’envisager "en lien avec la Conférence épiscopale ou avec un groupe d’évêques". L’archevêque de Cambrai compte en tout

    cas sur lui et sur son charisme particulier pour aider les uns et les autres à progresser dans la qualité de la communication. "Puisqu’il a ce charisme, qu’il le mette au service de tous !", recommande-t-il. (apic/cip/be)

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