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    apic/Fribourg/Prier Temoigner

    Fribourg: Plus de 3’000 personnes pour ’Prier Témoigner’ (061194)

    "C’est beau, parce que c’est vrai’"

    Fribourg, 6novembre(APIC/ Maurice Page) Si quelqu’un te dit: "Tu comptes

    à mes yeux", c’est le plus merveilleux cadeau que l’on puisse te faire.

    Cette conviction, plus de 3’000 personnes ont pu la vivre samedi et dimanche à Fribourg pour la 5e rencontre "Prier Témoigner" à l’aula de l’Université. Toutes les salles étaient combles pour accueillir Guy Gilbert,le curé

    des loubards, chanter avec Patrick Richard, communier au spectacle ’Marie’

    de Daniel Facérias, et prier ensemble. "Ce n’est pas beau ... c’est vrai",

    dit une jeune toxicomane.

    Dès le samedi après-midi, l’ambiance chaleureuse se lisait sur le visage

    des enfants, des jeunes, des adultes, des vieux réunis pêle-mêle sur les

    gradins de l’aula magna dans un grand brouhaha qui sait se faire silence

    aux moments les plus intenses. "Prier? c’est rencontrer quelqu’un." explique le Père Charles Delhez, responsable de l’Apostolat de la Prière en Belgique francophone. "Dieu n’est pas une force, ni une énergie comme l’électricité, c’est un Père qui m’aime". "Je voudrais tant que tout le monde le

    sache et soit heureux". Cette parole d’Audrey, 12 ans, résume l’esprit de

    la rencontre: ne pas changer de monde mais changer le monde.

    La diversité des groupes présents en témoigne largement: des charismatiques du Verbe de Vie aux Pères jésuites, des Jeunes de Lourdes à ceux du

    centre d’accueil pour les toxicomanes Bethraïm, des militants de l’Action

    des chrétiens pour l’abolition de la torture aux membres des Petites

    âmes... et bien d’autres. "Nous n’avons pas tous la même gueule, mais nous

    sommes la même Eglise", souligne Guy Gilbert, ’prêtre des loubards’.

    "Combien de visages qui sont des jardins où j’ai rencontré Dieu, combien

    de visages qui sont des chemins où je vais guetter Dieu", chante Patrick

    Richard, musicien de la Bonne Nouvelle. La foule frappe dans les mains,

    danse, chante. La musique parle au coeur. Au-delà de la joie exprimée et

    vécue, la douleur du monde extérieur n’est pas si loin. Le chrétien n’est

    pas un optimiste, ni un pessimiste, il est réaliste, commente Nicolas Buttet, qui voit défiler dans son ermitage de Notre-Dame du Scex, au-dessus de

    St-Maurice, beaucoup de cabossés de la vie dont l’amour a été trahi, sali,

    humilié. "Je ne crois pas à un Dieu qui punit, je crois à un Dieu qui souffre à nos côtés".

    Samedi soir, Guy Gilbert n’a laissé qu’un message: "Je dois vivre de

    telle sorte pour qu’à ma façon de vivre plus personne ne puisse dire: ’Dieu

    n’existe pas’."

    Message reçu en se laissant "bronzer au soleil de Dieu" durant l’adoration nocturne à l’église Ste-Thérèse, en priant avec Soeur Bernardette, du

    Liban, pour transformer l’énergie de la haine et des guerres en amour, en

    célébrant l’Eucharistie enfin autour de Mgr Hansjörg Vogel, l’évêque de Bâle. Prier Témoigner n’est pas là seulement pour se gonfler à bloc, mais

    pour prendre la résolution de dire avec Jésus au Père: "Donne-nous notre

    pain de ce jour". (apic/mp)

    Encadré

    Guy Gilbert: "Je suis un pauvre mec, pas un grand témoin"

    Cheveux gris gominés, perfecto, jeans et santiags, langage franc frisant la

    vulgarité, Guy Gilbert n’est décidément pas un prêtre comme les autres."Je

    suis un pauvre mec, pas un grand témoin" a-t-il dit aux participants de la

    rencontre "Prier Témoigner", qui s’est déroulée dans une ambiance bon-enfant. Le public: jeunes, moins jeunes, enfants, croyants, non-croyants, religieuses et religieux, a été très attentif au témoignage de cet homme qui

    parle de l’Eglise comme d’un "magnifique foutoir, putain et marâtre, mais

    mère".

    Le ’prêtre des loubards’, s’adressant à Mgr Pierre Bürcher, évêque auxiliaire, l’a interpellé: "Nous n’avons pas la même gueule, pas le même look,

    mais nous sommes de la même Eglise".

    "Sois loubard avec les loubards". "Si je parle violemment c’est parce

    que j’évolue avec des jeunes violents à qui la vie n’a pas souri". Guy Gilbert dénonce avec violence une société qui n’offre que drogue, chômage et

    sida.

    "En 24 ans, j’ai enterré 51 jeunes décédés de mort violente". Tel Rachid, 13 ans, qui, forcé de retourner en centre éducatif, a préféré sauter

    d’un train. Ces jeunes ont besoin d’amour, de travail, de redécouvrir de

    cycle des saisons, de reprendre contact avec la vie hors des grandes cités

    et des HLM. Il y a 20 ans, il a acheté, avec ses droits d’auteur, une "belle" ruine dans les Alpes de Haute-Provence pour y accueillir les jeunes.

    Plus de 400 jeunes en difficulté se sont mis au travail pour restaurer ce

    lieu de vie. L’élevage de 27 espèces d’animaux, en passant par les chiens,

    les truites et les chevaux est selon lui la meilleure façon de reprendre

    contact avec la vie: "La bête ne reprend jamais ce qu’elle a donné, les humains oui", lui a dit un jour un jeune.

    Guy Gilbert a commencé le séminaire à 13 ans. C’est l’amour, indivisible

    mais multipliable, de ses parents qui lui a fait comprendre que "le ciment

    de Dieu est l’amour". "Je suis avant tout un homme d’Eglise et non pas un

    assistant social."

    "Il ne faut pas brandir Dieu, le foutre à la gueule de l’autre, ça fait

    mal, ça viole même". La plupart d’entre eux disent ne pas croire en Dieu

    mais, a-t-il raconté, un jour il a vu un jeune, qui se disait athée, porter

    un tatouage représentant une croix sur laquelle était inscrit: "Il a souffert avant moi". Selon lui c’est une prière. "Les oiseaux volent, les poissons nagent, l’homme prie". C’est l’élément naturel de l’homme de monter

    vers Dieu. "Le poisson qui ne nage pas crève, l’homme qui ne prie pas ne

    crève pas physiquement mais spirituellement".

    L’environnement des jeunes est souvent peu propice à la prière et au recueillement, constate Guy Gilbert. Ils sont constamment entourés de bruits,

    quand ce n’est pas la musique à pleins tubes dans la voiture, c’est le

    walkman et à peine arrivé à la maison c’est la télé ou la stéréo "à coin".

    Pour le prêtre des loubards, la prière ne peut se faire que dans le silence

    et la solitude. "La plus grande prière des jeunes, c’est quand ils ferment

    leur gueule". (apic/Emmanuelle Bindschedler)

    Encadré

    ’Marie’: de Daniel Facérias

    En s’attaquant au thème de la vie de Marie, le chanteur et musicien français Daniel Facérias lançait un défi difficile. Pari tenu, à en croire

    l’accueil réservé par les 3’000 participants à Prier Témoigner. En cherchant à ressusciter l’art des "mystères" du Moyen-Age, Daniel Facérias, auteur du texte, de la musique, et de la mise en scène cherche à donner à

    voir l’invisible. Utilisant habilement le récitatif, le chant, la chorégraphie et les éclairages, l’auteur invite le spectateur à l’aventure intérieure, dans un monde de sérénité et de candeur où les anges (au féminin) et

    le mystère sont omniprésents. L’histoire se déroule en une série de tableaux qui sont autant de paraphrases des récits évangéliques ou de la tradition: de l’Annonciation à l’Assomption en passant par la Visitation ou

    les noces de Cana. La douzaine d’acteurs, à l’étroit sur la scène de l’aula, n’ont pu donner toute l’ampleur voulue aux ballets. Mais la proximité

    immédiate avec le public en favorisait l’intensité.

    Le choix d’une mise en scène très symbolique et allusive évite le piège

    de la reconstitution. Le décor se réduit au minimum autour d’une croix,

    deux colonnes et quelques rochers. Les éclairages sur des costumes diaphanes renforcent l’ambiance méditative. Le spectacle n’évite cependant pas

    une certaine emphase renforcée par le récitatif écrit en vers ou des artifices comme les fumerolles. Un moment de bohneur hors du monde et du temps.

    Quelques esprits chagrins, dirons nous, auraient souhaité une Marie un peu

    plus ’femme’. (apic/mp)

    "Marie", de Daniel Facérias est à voir en Suisse romande le 7 novembre à

    Fully (VS), le 8 à St-Maurice, le 9 à Sâles (FR), le 10 à Lausanne, les 11,

    12 et 13 à Genève.

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