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    France: réveil de la guerre scolaire (120194)

    apic/France/guerre scolaire/Loi Falloux

    Grande manifestation à Paris contre l’abrogation de la loi Falloux

    Paris, 12janvier(APIC/Jean-Claude Noyé) Au moins 300’000 personnes sont

    attendues dimanche à Paris par le comité d’action laïque, pour la manifestation nationale contre l’abrogation de la loi Falloux. Cette décision prise à la hussarde par le parlement menace de réveiller la guerre scolaire en

    France. La fameuse loi Falloux, datant de 1850, limitait à 10% des dépenses

    annuelles le subventionnnement de l’Etat aux établissements scolaires privés. La nouvelle loi permet aux collectivités locales de subventionnent

    jusqu’à un taux de 50% les investissements des écoles privées notamment en

    matière d’immobilier.

    Le tollé soulevé après l’approbation de la nouvelle loi par le Sénat le

    14 décembre dernier n’est pas près de s’apaiser. La manifestation du 16

    janvier fera date et pourrait bien obliger le gouvernement à faire marche

    arrière. François Bayrou, ministre de l’Education nationale le sait. Quelle

    que soit la décision du Conseil constitutionnel, le 13 janvier sur la recevabilité de la nouvelle loi, la mobilisation du camp laïc à l’appel de toutes les organisations syndicales, des partis de gauche et des Verts sera

    très forte. 300’000 personnes au moins sont attendues dans la capitale

    française, 700 bus et 400 trains spéciaux se déplaceront de province.

    L’annonce par le Premier ministre Edouard Balladur, d’un plan quinquennal de 2,5 milliards de francs (650 millions de francs suisses) pour l’école publique n’a pas suffi à désarmorcer ce réveil de la guerre scolaire.

    Réveil embarrassant y compris pour la hiérarchie catholique, puisque 95%

    des écoles privées sont catholiques. Mgr Decoutray, archevêque de Lyon, déplorait le 20 décembre, "un certain manque de délicatesse dans les procédures" et reconnaissait que "les écoles privées, même s’il y a un manque de

    financement de travaux bien utiles, ne sont pratiquement nulle part en situation de péril". Cela contrairement aux conclusions du rapport Vedel rédigé trop à la hâte.

    Après consultation interne, la Conférence des évêques faisait deux jours

    plus tard une déclaration nettement en retrait. Elle exprimait sa "satisfaction devant un dipsositif législatif plus juste". Tout en précisant que

    les "évêques ne veulent pas prendre parti dans les choix qui relèvent des

    responsables politiques" et qu’il "n’est pas de leur ressort de porter un

    jugement d’opportunité sur les procédures".

    La nouvelle loi doit permettre aux collectivités locales (et non plus à

    l’Etat, suite aux lois de décentralisation) de subventionner au prorata du

    nombre d’élèves et jusqu’à hauteur de 50% les investissements des écoles

    privées notamment en matière d’immobilier. Un ballon d’oxygène pour l’enseignement catholique qui, selon son porte-parole, Marie-Michelle Lebret, a

    besoin, comme l’école publique, d’adapter ses locaux aux nouvelles pédagogies. L’enseignement privé cherche aussi à s’adapter aux mutations sociologiques, et à s’implanter dans les nouvelles zones urbanisées auprès de populations défavorisées. Mais la plupart des projets se heurtent à de gros

    obstacles de financement.

    C’est précisément cette idée, affirmant que l’école libre a droit à des

    financements publics, puisqu’elle assume une mission de service public

    (avec l’obligation théorique d’accueillir tous les élèves), qui est fortement contestée "par ceux de la laïque". Ceux-ci redoutent qu’à terme

    l’enseignement catholique soit à parité avec l’enseigment public sans toutefois en avoir toutes les obligations et les contraintes. Ils dénoncent le

    renforcement d’une société à deux vitesses, via le développement massif de

    l’école privée perçue comme l’école des riches, puisque les parents sont

    appelés à payer un écolage. Autre danger évoqué, les possibles conflits

    d’arbitrage au niveau des élus et responsables locaux, conseillers généraux

    ou maires. Au risque d’une guérilla scolaire chronique. Alors que plus que

    jamais, la France a besoin de cohésion sociale.(apic/jcn/mp)

    Encadré

    Un contentieux ancien

    Sur 12 millions d’enfants scolarisés en France, 2 millions le sont dans les

    écoles dites "privées", lesquelles sont à 95% catholiques. Historiquement

    l’Eglise a joué un rôle majeur dans l’éducation en France. La Révolution de

    1789 a mis fin à son quasi monopole dans le domaine. Napoléon introduit le

    concept de laïcité et celui d’un système éducatif d’Etat monopolistique.

    L’école catholique se développe très fortement durant tout le XIXè siècle

    pour faire face à la demande.

    La troisième République, sous la conduite de Jules Ferry, relance l’idée

    de la laïcitié et gagne en 1905 son bras de fer contre l’Eglise catholique

    avec la séparation Eglise-Etat et l’abolition des Congrégations. L’école

    catholique poursuit néamoins sa tâche. En 1959 la loi Debré supplée à son

    manque de moyens (appauvrissement de l’Eglise et baisse des vocations) en

    créant un système d’association par contrat avec l’Etat. Celui-ci paie dorénavant les salaires des enseignants et les frais de fonctionnement ordinaires des écoles privées, à charge pour elles de préparer les élèves aux

    examens d’Etat et de se soumettre à divers contrôles.

    L’arrivée des socialites au pouvoir en 1981 remet en vigueur l’idée d’un

    grand service public d’éducation, unique et laïc. En 1984, la très forte

    opposition, couronnée par une manifestation de 2 millions de personnes à

    Paris, y met un coup d’arrêt. L’équilibre instauré alors vient d’être à

    nouveau rompu par le changement de majorité et l’abrogation de la loi Falloux. (apic/jcn/mp)

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