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    apic/France

    APIC - interview

    Jean-Claude Noyé, pour l’agence APIC

    France: Le "Curé des sans papiers" dénonce la loi Debré (130397)

    Le père Henri Coindé justifie son combat pour l’intégration

    des immigrés en France dans un livre fraîchement publié

    Paris, 13mars(APIC) Le père Henri Coindé, surnommé "le curé des

    sans-papiers", publie un livre dans lequel il affirme vouloir continuer sa

    lutte pour l’intégration des immigrés établis depuis plusieurs années en

    France. Intitulé "curé des sans-papiers", ce livre de 180 pages édité par

    le Cerf contient la pensée profonde du prêtre, qui vient d’être nommé curé

    à la paroisse du Bon pasteur, dans le 11e arrondissement de Paris.

    Rencontre.

    APIC : Comment avez-vous réagi à la loi Debré?

    Henri Coindé : Avec les prêtres qui s’occupent des sans-papiers, nous avons

    envoyé l’an dernier une lettre au gouvernement en nous réclamant du Service

    interdiocésain de tous les immigrés (SITI). Nous exprimions certains doutes

    et réserves sur cette loi qui nous paraît faciliter ni l’intégration des

    immigrés en situation régulière ni celle de ceux qui vivent depuis longtemps en France, en attente d’une régularisation de leur situation. Avec

    cette loi, de fait tous les immigrés, réguliers ou non, sont suspectés. Elle fabrique de la précarité et renforce le pouvoir réglementaire de l’administration. Nous déplorons à ce sujet la suppression de la commission dite

    "de séjour". Elle permettait aux immigrés qui contestent leur expulsion de

    se faire entendre et d’obtenir le cas échéant un recours.

    APIC : La montée en puissance du Front national vous inquiète?

    H.C. : Bien sûr. C’est une question grave, cette dérive vers la xénophobie.

    Je constate qu’elle touche toutes les couches de la population, même si

    elle frappe surtout ceux qui vivent dans la plus grande précarité.

    Heureusement qu’il y a eu un sursaut dans l’opinion publique, avec

    notamment cette manifestation de plus de 100’000 personnes. Il y a, chez

    les jeunes notamment, une prise de conscience des dangers que représentent

    le Front national, dont la politique est absurde. Face à cette

    radicalisation xénophobe, beaucoup de jeunes immigrés de la deuxième

    génération se demandent si un jour on ne voudra pas, eux aussi, les

    renvoyer dans le pays d’origine de leurs parents.

    APIC : En quoi votre expérience à l’église saint Bernard vous a-t-elle

    transformé?

    H.C.: J’ai touché du doigt tout ce que la misère peut faire faire à des

    hommes et des femmes. Y compris mettre en péril leur vie par des grêves de

    la faim très dures. Dans cette église, j’ai vu une partie du continent

    africain qui va à la dérive et cherche un havre de paix ailleurs. J’ai été

    frappé de leur respect de la parole donnée. Ils avaient dit que le culte ne

    serait pas empêché et que le choeur de l’église ne serait pas occupé: Cela

    a toujours été le cas. Quand je les retrouve, ils me manifestent beaucoup

    d’amitié et de reconnaissance, ce qui m’étonne car leur situation n’a guère

    changé. Sur les 210 personnes qui ont été évacuées en centre de rétention

    le jour où les portes de l’église ont été forcées, 40 ont obtenu un titre

    de séjour d’un an seulement et 60 autres ont des autorisations diverses de

    séjour, pour la plupart renouvelables tous les mois. J’ai expérimenté à

    saint Bernard comment on est les mains nues, face à l’Etat.

    APIC : Dans votre nouvelle paroisse, garderez-vous des liens avec les

    sans-papiers?

    H.C. : Oui, car c’est important. Il y a des actions à mener. Cette

    paroissse a par ailleurs une tradition d’ouverture à l’événement et aux

    problèmes de société avec laquelle je suis en accointance. Ainsi, vendredi,

    deux sans-papiers maliens viendront, en lien avec le CCFD, expliquer

    comment l’immigration tournante contribue au développement de leur pays.

    (apic/jcn/fd)

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