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    apic/Forum Caritas /L’Etat démissionne-t-il?

    Neuchâtel: Face à la crise économique, Caritas s’interroge (260197)

    L’Etat démissionne-t-il? Non répondent deux parlementaires fédéraux

    Réponses divergentes sur les moyens de vaincre la pauvreté

    Neuchâtel, 26janvier (APIC) Devant la situation précaire des finances fédérales et de la mondialisation de l’économie, Caritas Suisse ne veut pas

    rester indifférent. Son personnel est inquiet. Que fait l’Etat face à la

    crise sociale? Démissionne-t-il? 150 personnes ont suivi vendredi, à l’Université de Neuchâtel, ce débat passionnant.

    Des professeurs d’université, deux parlementaires suisses et un prêtre,

    ont tour à tour exposé leur position personnelle. Positions pas toujours

    convergentes, car les défis sont immenses et les solutions complexes.

    Répondant au thème proposé par le 5e Forum romand de Caritas: "L’Etat

    démissionne? Place au privé!", Marc-Henry Soulet, titulaire de la chaire de

    travail social à l’Université de Fribourg, a surtout développé le fait que

    la crise de l’Etat social est une crise idéologique. Et plus spécialement

    la crise d’efficacité de l’Etat-Providence. Un tir croisé de critiques

    s’adresse à cet Etat, car malgré l’ampleur des moyens investis, les inégalités entre citoyens et les exclusions s’amplifient. Il a par ailleurs mis

    en garde son auditoire contre l’utopie communautaire qui anime souvent

    l’action bénévole et les solidarités familiales et contre le risque d’un

    "romantisme réactionnaire" qui accompagne bien souvent les appels à la revivification de la société civile.

    Riccardo Petrella, enseignant de l’Université catholique de Louvain, a

    proposé un langage moins théorique. L’animatrice du Forum, la journaliste

    Joëlle Kuntz, rédactrice en chef adjointe au "Nouveau Quotidien", parlera

    d’un exposé "plus confortable et plus séduisant" pour le public réuni à

    Neuchâtel. Le professeur de Louvain n’a pas hésité à condamner avec ironie

    les "six commandements nouveaux" que sont la mondialisation, la libéralisation, la déréglementation, la privatisation, le court-terme et la compétitivité. Usant d’une parabole indienne ou citant des exemples concrets de la

    vie quotidienne, il demande que l’on ne se laisse trop impressionner par

    ces six commandements aux noms barbares, venus surtout des Etats-Unis. Ils

    ne doivent surtout pas nous faire perdre le goût de lutter pour une autre

    société. Et de demander à l’Etat de garder sa place irremplaçable face au

    privé et au néo-libéralisme qui veut tout dévorer. Le combat sera rude, affirme encore Riccardo Petrella. Il donne au monde une trentaine d’années

    pour faire jaillir un véritable renouveau social.

    Politiciens sur la sellette

    Deux parlementaires romands bien connus avaient accepté l’invitation de

    Caritas à ce débat. La Vaudoise Francine Jeanprêtre, conseillère nationale

    socialiste et le Valaisan Pascal Couchepin, conseiller national radical.

    Tous deux sont conscients que le monde politique n’a plus la cote et qu’il

    est dépassé par la crise. Ils récusent cependant ensemble l’affirmation que

    l’Etat a démissionné. Très vite, les différences idéologiques apparaissent

    entre eux. Pascal Couchepin, se dit certes impressionné par des gens paumés

    rencontrés, un soir de Noël, dans un restaurant populaire. Il faut faire

    quelque chose pour eux. Mais sur le plan mondial, il estime que le libre

    échange, la mondialisation est aussi une chance pour certains pays du Sud,

    en Asie particulièrement. "Certaines poches de pauvreté ont diminué, grâce

    à eux, aux Etats-Unis". Il déclare, chiffres à l’appui, que l’Etat ne démissionne pas, puisque en Suisse, de 1986 à 1993, les dépenses sociales ont

    augmenté, dans le budget fédéral, de 15 à 20%. On ne peut trop outrepasser

    certaines limites, face aux autres dépenses des autres départements. Devant

    le récent rapport sur la pauvreté en Suisse, qui estime à 700’000 les personnes qui sont dans un état de précarité économique, le conseiller national valaisan aura cette réplique: "On ne peut tout de même pas transformer

    la société en fonction d’un seul groupe minoritaire".

    Francine Jeanprêtre insistera surtout sur le fait que l’Etat est le garant de l’intérêt général et du bien social. Le pouvoir politique doit

    avoir une vision ferme sur ce point. Et s’en donner les moyens. Pas d’assistance, car chacun, dans ce pays, doit être respecté dans sa dignité. Il

    faut un projet de vie et instituer un revenu social minimum qu’un des pays

    les plus riches du monde peut s’octroyer. La conseillère nationale vaudoise, tout en réclamant des allocations familiales substantielles s’écrie:

    "Qui assume les dégats sociaux actuels? C’est bien l’Etat, et c’est son rôle. Mais il faut augmenter la fiscalité sur les opérations bancaires et

    boursières, pour que cet Etat puisse assumer sa responsabilité sociale".

    La tâche ethique de la solidarité

    La fin de la journée du forum sera moins polémique. Le Père jésuite Albert Longchamp, rédacteur en chef de "L’Echo Illustré", a évoqué le rêve

    d’un enfant sud-africain: "m’asseoir sur un petit carré d’herbe verte". Il

    convient que l’Etat et les ONG agissent pour transformer l’espérance en

    réalité et faire passer les exclus de l’état d’assistance à la dignité.

    "Créer un emploi, c’est faire reculer l’exclusion". Les campagnes contre la

    faim ne sont pas suffisantes. En un mot, sortir du "charitable" pour rechercher "l’équitable". Ceci par exemple, dans le commerce international ou

    dans des banques de développement qui ne recherchent pas le seul profit. La

    vraie solidarité, en Amérique latine, a pris le nom "d’action préférentielle pour les pauvres" (réunion épiscopale de Medelin), ce qui a débouché sur

    une action subversive et politique, mettant fin, pour une part, au règne

    des dictatures militaires dans ce continent.

    En conclusion, le journaliste affirme avec force: "la solidarité humanise le politique et l’économique". Elle a une tâche ethique essentielle à

    long terme. Son but est de tranformer les mentalités et d’arracher les notions malsaines d’"assistés" chez les pauvres et de "domination" chez les

    nantis. (apic/ba)

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